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RDC : Joseph Kabila, seul maître à bord faute d’élections… «Une imposture»

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 14/05/2016 à 15H41

Le président congolais Joseph Kabila
Le président congolais Joseph Kabila est au pouvoir depuis 2001. Au terme de la Constitution, il ne peut plus se représenter après son deuxième et dernier mandat qui se termine en décembre 2016. © Photo AFP/Carlo Allegri

La colère gronde à Kinshasa depuis que la Cour constitutionnelle du Congo a autorisé le président Joseph Kabila à rester à la tête du pays au-delà de son mandat qui s’achève en décembre 2016. La perspective de la tenue d’une élection présidentielle avant cette date s’éloigne chaque jour davantage.


L’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle est sans appel : «Suivant le principe de la continuité de l’Etat et pour éviter le vide à la tête de l’Etat, le président actuel reste en fonctions jusqu’à l’installation du nouveau président élu.» 
 
La Cour donne ainsi carte blanche au président Kabila de se maintenir à la tête de l’Etat tant qu’un autre président n’aura pas été élu. Il était censé quitter le pouvoir fin 2016 après son deuxième et dernier mandat à la tête du pays.
 
La colère gronde à Kinshasa
La formation du vieil opposant Etienne Tshisekedi a aussitôt réagi. Elle dénonce une imposture.
 
«L’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle est une imposture, une modification de la Constitution dans ses dispositions verrouillées sur le nombre des mandats d’un président de la République. Si la présidentielle ne se tient pas dans un délai constitutionnel, le 19 décembre, Monsieur Kabila doit quitter le pouvoir», a aussitôt réagi le porte-parole de l’Union pour la démocratie et le progrès social.
 
Le Mouvement de libération du Congo, la deuxième force d’opposition à l’Assemblée nationale a, lui aussi, lancé une mise en garde: «La cour n’a pas compétence à violer la Constitution… Si jusqu’au 19 décembre il n’y a pas d'élections, si M.Kabila reste, il sera considéré comme un putschiste, et nous le traiterons comme tel», a annoncé Eve Bazaïba, secrétaire-général du Mouvement.
 
Même réaction de la part de l’opposant Vital Kamhere, chef de l’Union pour la nation congolaise (UNC). Pour lui aussi, «le chef de l’Etat sera coupable de haute trahison s’il se maintient au pouvoir au-delà du 19 décembre».
 
L’opposition demande que Joseph Kabila s’éloigne au profit du président du Sénat dans le cas où la présidentielle ne serait pas tenue dans les délais constitutionnels.
 
A Kinshasa, plus personne ne croit vraiment à la tenue d’un scrutin présidentiel avant fin 2016. Plusieurs proches du président sortant ont même réclamé une transition de deux à quatre ans pour organiser des élections crédibles et apaisées. Ils évoquent des problèmes logistiques et financiers.
 

L'opposant Moïse Katumbi

L'opposant congolais Moïse Katumbi au stade de Lubumbashi, le 18 novembre 2015. Ancien allié du président Kabila et ex-gouverneur de la province du Katanga, il est poursuivi pour recrutement de mercenaires. Il dénonce une instrumentalisation de la justice déstinée à lui nuire. © Photo Reuters/Kenny Katombe


«La méthode Kabila est en marche»
Après Kabila, c’est encore… Kabila, titre le site d’information Guinée Conakry. «Comme le caméléon, il avance à son rythme. L’opposition peut crier à la trahison, il poursuit imperturbablement sa trajectoire.»
 
Le site guinéen note que Joseph Kabila n’hésite même pas à harceler ses anciens alliés comme Moïse Katumbi aux prises avec la justice de son pays, alors qu’il vient d’annoncer sa candidature à la prochaine présidentielle. L’ancien gouverneur du Katanga est accusé d’avoir recruté des mercenaires étrangers.
 
«Tant qu’il faisait les affaires, voire le bonheur de Kabila et ne se prenait pas à rêver d’être calife à la place du calife, l’ex-gouverneur du Katanga était un ange», écrit le Pays.
 
Le journal burkinabè note que l’ange est subitement devenu démon dès lors qu’il a bruyamment claqué la porte du parti au pouvoir et décidé de croiser le fer avec Kabila sur le terrain politique.
 
Moïse Katumbi avait démissionné en septembre 2015 de ses fonctions de gouverneur du Katanga et quitté le parti du président Kabila, en accusant celui-ci de chercher à s’accrocher au pouvoir.