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Politique,  République Démocratique du Congo (RDC),  Afrique

RDC: l’église catholique peut-elle déboulonner le pouvoir de Joseph Kabila?

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 02/01/2018 à 16H15, mis à jour le 02/01/2018 à 16H48

Marche catholiques contre Kabila à Kinshasa
Des catholiques congolais marchent à Kinshasa, le 31 décembre 2017, pour demander le départ de Kabila du pouvoir. © Photo AFP/John Wessels

La communauté catholique de Kinshasa est encore sous le choc. Elle dénonce la répression aveugle dont elle a été victime ces dernières 48 heures. Une violence policière inédite qui s’est introduite jusqu’à l’intérieur des lieux de prières dans les églises, envahies par des gaz lacrymogènes. L’église, une force très redoutée par le pouvoir de Kinshasa.


Pourquoi l’église catholique est-elle tant redoutée par le pouvoir congolais? Parce que c’est la seule force bien structurée dans ce pays qui prend l’eau, constate Thierry Nlandu, analyste politique congolais et professeur de lettres à l’université de Kinshasa. 

«Je crois que la grande force qui peut encore tenir les choses, c’est sans aucun  doute l’église catholique. Si l’église parvient à avoir quelques laïcs qu’elle peut soutenir, je crois qu’elle peut déclencher un processus à partir des accords du 31 décembre 2016  et de leur application. C’est la seule organisation qui est structurée et qui fonctionne réellement dans tout le pays», explique-t-il à Géopolis Afrique.

«Jamais des citoyens n’avaient été gazés dans une église»
Ces dernières 48 heures, les autorités de Kinshasa n’ont pas hésité à sortir la grosse artillerie pour étouffer la contestation des chrétiens qui dénoncent un pouvoir devenu «illégitime».

Il y a quinze ans, une marche de chrétiens avait été réprimée dans le sang par l’armée du Maréchal Mobutu. Mais ses hommes de main n’avaient pas osé franchir les portes des lieux de prière pour violenter les chrétiens, se souvient l’opposant congolais Vital Kamerhe.

Le 31 décembre 2017, il se trouvait à la paroisse Saint-Michel dans le centre de Kinshasa lorsque les policiers et les militaires ont fait irruption.

«Ce qui s’est passé à l’Eglise Saint-Michel où j’étais, c'est inacceptable. Nous avons dû secourir le pauvre curé qui n’arrivait plus à voir à cause des gaz lacrymogènes. Les mamans pleuraient et ne faisaient que maudire Kabila», a témoigné Vital Kamerhe sur l’antenne de Radio Okapi.

Il affirme que le processus de départ de Monsieur Kabila vient de commencer. L’opposition congolaise, très morcelée et affaiblie, a trouvé désormais un partenaire de poids au sein de l’église catholique.

«Peuple congolais, prenons notre destin en main. Le Congo, notre beau pays va mal.» Ainsi commence l’appel lancé début décembre par des «laïcs chrétiens» sous la bannière d’un comité de coordination qui invite les catholiques congolais à se mobiliser.

Des prêtres dans marche anti-Kabila 31 décembre 2017
 Des prêtres congolais ont pris part à la marche anti-Kabila du 31 décembre 2017 à Kinshasa. 
© Photo AFP/John Wessels

Kinshasa dénonce «une agitation déstabilisatrice»
De quoi inquiéter le régime de Joseph Kabila qui affirme avoir affaire à «une agitation déstabilisatrice» qui vise à créer une situation insurrectionnelle dont l’objectif est de «prendre le pouvoir par des voies non démocratiques».

Officiellement, la très puissante conférence épiscopale du Congo ne soutient pas les marches des catholiques, mais aucun évêque congolais ne les a condamnées non plus.

En septembre 2016, le représentant du Vatican à Kinshasa avait dénoncé «un Etat prédateur», après une visite auprès des déplacés dans la province du Kasaï. Il avait rappelé que le pape refusait de se rendre en RDC dans le contexte actuel, pour ne pas soutenir «un pouvoir illégitime».

Le  bras de fer s’annonce périlleux dans les prochaines semaines. Les organisateurs, regroupés au sein du comité laïc de coordination de l'église catholique sont déterminés. Malgré la mort de plusieurs personnes tombées dans les églises le 31 décembre, ils entendent poursuivre la mobilisation jusqu’à la satisfaction de leurs revendications.

Ils exigent du président  une déclaration publique qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession et la libération sans conditions de tous les prisonniers politiques. Ils veulent aussi un calendrier électoral consensuel à la place de l’actuel qui prévoit des élections le 23 décembre 2018.