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RDC- présidentielle : Joseph Kabila sème le doute parmi ses alliés

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 10/10/2015 à 16H23, mis à jour le 10/10/2015 à 18H13

Joseph Kabila
Aux termes de la Constitution, le président de la RDC, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, ne peut plus se représenter en novembre 2016. © Photo AFP/Dubourthoumieu Gwenn

Joseph Kabila briguera-t-il un troisième mandat «anticonstitutionnel» en novembre 2016 ? C’est la question que tout le monde se pose à Kinshasa. Ses opposants ne sont pas les seuls à l’accuser de chercher à se maintenir en poste. Certains de ses alliés, saisis par le doute, ont décidé de s’en éloigner. Ils dénoncent «des dérives inacceptables» à 14 mois du scrutin.

Le gynécologue congolais Denis Mukwege a tenu à féliciter «les frondeurs» qui quittent le navire de Joseph Kabila : «bravo aux compatriotes qui, par leur démission, ont eu le courage de s’opposer à la dérive du pouvoir en République démocratique du Congo, écrit sur son compte Twitter le lauréat 2014 du «prix Sakharov pour la liberté de l’esprit» du Parlement européen. Un médecin réputé pour son aide aux victimes de violences sexuelles dans l’Est de la RDC.
 
Pour lui, «ces gestes sans précédent en RDC peuvent inaugurer une ère nouvelle, où l’intérêt public passe avant l’intérêt privé».
 

Moïse Katumbi

Moïse Katumbi Chapwe, ancien proche du président Kabila. Il a claqué la porte du parti au pouvoir et a démissionné de son poste de gouverneur de la province du Katanga le 29 Septembre 2015 © Photo AFP/Federico Scoppa


La majorité présidentielle se fissure
Rien ne va plus au sein de la majorité présidentielle dont sept partis (G7) ont fait dissidence à la mi-septembre, accusant son clan de comploter pour maintenir le président Kabila en poste. Ils dénoncent le mystère entretenu sur les intentions de Joseph Kabila qui arrive bientôt au terme de son deuxième et dernier mandat à la tête du pays.
 
Le 29 Septembre 2015, c’est un pilier du régime, le très populaire gouverneur de la riche province minière du Katanga, Moïse Katumbi qui a ouvertement défié Joseph Kabila en l’accusant de chercher à violer la Constitution pour se maintenir au pouvoir. «Depuis maintenant un an, tout est mis en œuvre pour ne pas respecter la Constitution», dénonce le richissime président du célèbre club de football TP Mazembe de Lubumbashi, la capitale du Katanga.
 
Il a aussitôt claqué la porte du parti au pouvoir et annoncé sa démission de son poste de gouverneur de la province du Katanga. Moïse Katumbi envisage la création d’un Front Républicain regroupant toutes les forces opposées à la révision constitutionnelle. Il se positionne désormais comme un potentiel et sérieux adversaire de Joseph Kabila.
 
Meeting l'opposition à Kinshasa
Rassemblement de l'opposition à Kinshasa le 15 Septembre 2015 pour demander au président Kabila de respecter la Constitution © Photo AFP/Junior Kannah

Une bouffée d’oxygène pour l’opposition
Les proches du président ont qualifié cette démission de non-événement. Mais le départ de Moïse Katumbi qui dénonce des «intimidations … des répressions policières violentes… et des arrestations arbitraires» a marqué les esprits.
 
La rue s’était déjà enflammée en janvier et en septembre 2015. Des milliers d’opposants s’étaient rassemblés à Kinshasa pour exiger le départ de Kabila après son deuxième et dernier mandat en 2016.
 
Les défections qui affectent le camp présidentiel ne peuvent que réconforter les chefs de file de l’opposition. Ils pressent Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, à clarifier sa position sur son avenir politique. «Nous aurions aimé que le président de la République, en tant que garant de la Constitution, puisse sortir de son silence et apaiser les esprits en disant que tout ce qu’on dit ne le concerne pas».
 
Le président Kabila dénonce «un procès d’intention»
Joseph Kabila affirme «n’avoir jamais demandé la révision de la Constitution». Il a vivement dénoncé «un procès d’intention» devant tous les députés et sénateurs de son camp réunis dans la périphérie de Kinshasa le 4 Octobre 2015.
Pas un mot en revanche sur les frondeurs dans sa famille politique qui l’accusent «d’amener le peuple à un suicide collectif».