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République Démocratique du Congo (RDC),  Afrique,  Afriques

RDC: qui a assassiné les enquêteurs de l’ONU en mission dans le Kasaï central?

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 29/03/2017 à 17H13, mis à jour le 30/03/2017 à 10H22

Blindé Monusco à Tshimbulu Kasaï central
Un blindé de la Monusco devant les bureaux de l'Hotel de ville de Tshimbululu. C'est dans cette région du Kasaï central qu'ont été enlevés les deux experts de l'ONU assassinés. © Photo Monusco/Biliaminou

Les deux enquêteurs de l’ONU, un Américain et une Suédoise, avaient été enlevés le 12 mars avec leurs accompagnateurs congolais. Leurs corps ont été retrouvés au fonds d’une fosse commune. Qui est derrière ces assassinats? Géopolis a posé la question à Jean-Claude Katende, le président de l’Asadho, une association congolaise de défense des droits de l'Homme.

Jamais des experts de l’ONU n’avait été portés disparus en République démocratique du Congo. Pour le gouvernement de Kinshasa, ces assassinats sont l’œuvre des miliciens de la rébellion Kamwina Nsapu en conflit avec le pouvoir central dans la région du Kasaï. Une version contestée par l’association congolaise des droits de l’Homme, l’Asadho.
 
«Nous, nous pensons que compte tenu des massacres qu’il y a eu et qui se poursuivent dans le Kasaï, les miliciens seraient contents de rencontrer des étrangers qui viennent enquêter. Cela leur permet de faire connaître leurs problèmes au niveau international. C’est aussi une opportunité pour eux de pouvoir montrer à ces experts que des membres de leur communauté ont été massacrés par les forces armées de la République démocratique du Congo. On ne voit pas ces miliciens s’en prendre aux experts qui viennent se pencher sur leur situation. Il est établi aujourd’hui que beaucoup d’entre eux ont été tués par des militaires congolais», explique Jean-Claude Katende, président de l'Asadho.
 

Jean-Claude Katende président l'Asadho

Jean-Claude Katende est président de l'Asadho, une association congolaise des droits de l'Homme. Il conteste la version du gouvernement sur l'identité des assassins des experts de l'ONU dans le Kasaï central. © Photo/Asadho

L’Asadho appelle à une enquête internationale
Dès leur disparition, l’ONU avait dépêché sur place un enquêteur pour coordonner les recherches. Les deux experts onusiens, la Suédoise Zahida Katalan et l’Américain Michael Sharp étaient chargés d’enquêter sur les violations des droits de l’Homme au Kasaï central.
 
Cinq jours après leur arrivée, ils sont tombés dans une embuscade avec leurs quatre accompagnateurs congolais. Ils n’avaient plus donné signe de vie jusqu’à la découverte de leurs corps dans une fosse commune le 27 mars. Des fosses communes dans cette région, l’ONU en a recensées plus d’une douzaine depuis le début de l’année.
 
«Le gouvernement avait déjà attribué aux miliciens les fosses communes découvertes là-bas. Donc le fait d’enterrer ces corps dans une fosse commune est la suite logique, pour que ces assassinats soient mis sur le dos des miliciens. Nous, nous demandons à ce qu’une enquête internationale soit diligentée. Nous ne sommes pas d’accord avec le Secrétaire général de l’ONU qui demande à la RDC de mener cette enquête. Le gouvernement a déjà pris partie en accusant les miliciens. Nous ne voyons pas comment le gouvernement pourrait mener une enquête indépendante», explique Jean-Claude Katende.
 
La femme a été retrouvée décapitée, le corps de l’homme entier, de même que celui de leur interprète congolais. Les trois autres accompagnateurs congolais sont toujours portés disparus.
 
Manifestations anti-Kabila à Kinshasa

La tension est perceptible dans la capitale. Des manifestations ont éclaté à Kinshasa, le 28 mars 2017. © Photo/Jean-Claude Katende


Grande tension dans la capitale
L’annonce de l’assassinat des experts de l’ONU intervient alors que la tension est montée d’un cran à Kinshasa, au lendemain de l’échec de la médiation menée par l’Eglise entre le pouvoir et l’opposition pour la mise en place d’un gouvernement de transition, constate le président de l'Asadho.
 
«Les assassinats sont partout. On veut créer une psychose qui ne permettrait pas aux gens de continuer à réclamer le départ du président Kabila et l’organisation des élections prévues à la fin de cette année», explique à Géopolis Jean-Claude Katende.
 
A Kinshasa, le parti historique de l’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès, a annoncé qu’il organiserait une marche le 10 avril contre le pouvoir, si la nouvelle équipe gouvernementale tardait à être formée.