Le point sur...

Environnement,  Afrique

Réchauffement climatique: alerte rouge en Afrique, selon le GIEC

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 09/10/2018 à 17H15

Inondations au Kenya
De fortes averses inhabituelles ont marqué le début de la saison des pluies en 2018 au Kenya. Des phénomènes appelés à se répéter plus souvent avec le réchauffement climatique. © Tony Karumba/AFP

Il pèse 400 pages, a mobilisé 91 auteurs et plus de cent contributeurs. Il compile des études menées dans 40 pays. Le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) doit accompagner la mise en œuvre de l’Accord de Paris signé lors de la COP 21 en 2015. Sans réaction, le réchauffement atteindra +1,5° dès 2030. L'Afrique est en première ligne.


Les Nations-Unies estiment que 1,5 milliard de personnes vivent dans un état de pauvreté maximum dans les zones rurales d’Asie du Sud et d’Afrique sub-saharienne. Un autre milliard d’habitants est menacé de tomber dans cette pauvreté. Or, une grande partie de ces personnes pauvres et vulnérables dépendent pour vivre de l’agriculture. Le changement climatique menace directement leur activité, et donc in fine leur existence.

Car, avec une hausse des températures de 1,5°, les phénomènes extrêmes comme les inondations, les sécheresses et les pics de chaleur vont se répéter. Les conséquences sont multiples, y compris en dehors du secteur agricole. Ces épisodes impactent la vie familiale, le travail, les infrastructures… Les crues détruisent les voies de communication, la sécheresse réduit la fourniture électrique et impose de rationner l’eau potable.
 
Accès à l’eau et sécheresse
Des publications récentes, basées à la fois sur des observations et des modèles mathématiques, suggèrent que les émissions de CO2 par l’homme ont nettement augmenté la probabilité de sécheresse dans le bassin méditerranéen et en Afrique de l’Ouest.

Niamey au Niger sous eaux

Niamey, au Niger, sous les eaux. © BOUREIMA HAMA / AFP


En Afrique comme ailleurs, limiter la hausse des températures à 1,5 degré reste la cible. Mais les conséquences sur des régions ou sur des secteurs d’activité peuvent apparaître bien avant d’atteindre cette valeur globale pour l’ensemble de la planète. Ainsi, la hausse des températures en Afrique sub-saharienne sera bien supérieure. Elle sera plus sévère pour les régions situées entre 15° Nord (latitude de Dakar) et 15° Sud (Tananarive). Les nuits y seront plus chaudes et les périodes de canicules seront plus longues avec des températures plus élevées.

Selon 70% des modèles, sur les côtes du golfe de Guinée et en Afrique centrale, la saison des pluies sera plus courte, mais les précipitations seront plus denses, entraînant des risques de crues. Dans l’ouest du Sahel, la saison sèche durera sensiblement plus longtemps qu’aujourd’hui.
 
Moins de surfaces cultivées
L’Afrique de l’Ouest apparaît comme un haut lieu du changement climatique, avec toutes les conséquences négatives sur les récoltes que cela entraîne. Globalement, selon les modèles, les pluies seront plus faibles. Selon la Banque mondiale, un réchauffement de 1,5° à l’horizon 2030 conduirait à une réduction de 40% des surfaces cultivées en maïs.

Le barrage Theewaterskloof 20 février 2018
Le barrage de Theewaterskloof, qui fournit plus de la moitié de l'eau potable du Cap, le 20 février 2018. © REUTERS/Mike Hutchings

Cela ne s’arrête pas là. Les régions du sud de l’Afrique, en particulier de Namibie et du Botswana, vont connaître des périodes d’exceptionnelles hausses des températures. La zone du Cap en Afrique du Sud, déjà confrontée à d’importants problèmes de distribution d’eau potable, va subir des périodes de sécheresse particulièrement marquées, tout comme le sud de la Namibie. Si la hausse des températures atteint 2 degrés, les précipitations devraient se réduire de 10 à 20%.
 
Les effets pervers de la lutte contre le réchauffement
Mais le remède peut être pire que le mal, avertit le GIEC, et il faut se méfier des solutions hâtives.

En ce qui concerne la sécurité alimentaire, le rapport note que la limitation à 1,5° pourrait être plus grave qu’une hausse de 2 degrés. Ainsi, une étude récente montre que la bio-énergie peut entrer en compétition avec les cultures dédiées à l’alimentation. L’objectif de produire une énergie durable amène un changement de finalité aux produits agricoles. Le blé, le maïs, vont servir à faire du bioéthanol. Or, la raréfaction de ces produits à des fins alimentaires va provoquer une hausse des prix des aliments. Une hausse insupportable dans les pays en voie de développement.
 
Accès à l’énergie
L’absence d’accès à une énergie propre et bon marché concerne de nombreux pays d’Afrique et d’Asie du Sud. Là où la population utilise essentiellement des combustibles solides pour cuisiner. Un prix de l’énergie en hausse pour inciter à réduire la consommation ralentirait le passage à une énergie propre pour cuisiner comme l’électricité ou le GPL. Sans mesures compensatoires, le nombre de personnes n’ayant pas accès à une énergie propre pourrait s’accroître.

Battage blé dans massif l'Atlas au Maroc
Battage du blé dans le massif de l'Atlas au Maroc © AFP/Jacques Sierpinski / Aurimages

Le tableau dressé dans le rapport du GIEC rappelle que les pays pauvres ne doivent pas être les victimes, ni du réchauffement ni de la lutte contre cette hausse des températures. La solidarité doit être planétaire car les habitants les plus menacés vivent dans les régions où souvent les conditions de vie ne sont pas transformables. Couper la clim à Paris pour économiser l’électricité ne coûte rien. Se passer de charbon de bois pour vivre est impossible en Somalie.