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Réconciliation en vue entre le Vatican et Pékin: les catholiques chinois divisés

Par Dominique Cettour Rose@GeopolisFTV | Publié le 08/02/2016 à 17H51, mis à jour le 09/02/2016 à 14H51

Le pape François place Saint-Pierre 16 décembre 2015.
Le pape François, place Saint-Pierre, le 16 décembre 2015. © Massimo Calicchia / NurPhoto

A l'occasion du Nouvel an chinois, le pape François a de nouveau exprimé sa fascination pour la Chine et sa culture millénaire. De discrets échanges entre Pékin et le Vatican ont alimenté la rumeur selon laquelle le souverain Pontife pourrait nommer prochainement plusieurs évêques en Chine. Cet éventuel accord est loin de faire l'unanimité chez les catholiques chinois profondément divisés.


Même si l'Eglise «officielle» de Chine ne reconnaît pas l'autorité du Vatican, Jorge Bergoglio n'a jamais caché son désir de se rendre en Chine. Missionnaire dans l'âme, le pape argentin ressent une fascination personnelle pour cette civilisation et demande qu'elle soit «respectée avec un grand R».

Le pape François a tenu ses propos dans une interview à Asia Times, publiée le 2 février 2016, à quelques jours du Nouvel an chinois (le 8 février). Lors de celle-ci, le souverain pontife a fait part de son «admiration» pour la grande histoire de la sagesse de la Chine et ce qu'«elle a à offrir au monde», y compris à la «grand-mère Europe».

Les vœux de François
«A la veille du Nouvel an, je désire transmettre mes meilleurs souhaits au président Xi Jinping et à tout le peuple chinois», écrit François, qui fait appel à la «force» de la Chine pour s'associer au «monde occidental» et au «monde oriental» dans le maintien de «l'équilibre de la paix».

Mais le fait que le souverain pontife n'ait jamais évoqué, dans cet entretien, les restrictions imposées à la minorité catholique en Chine, ni le statut des évêques et du clergé, risque, selon les connaisseurs du dossier au Vatican, de choquer les catholiques «clandestins» fidèles à Rome. Ces derniers, qui sont opposés à tout compromis entre les deux Etats, rappellent les sanctions imposées à des prêtres ou évêques désobéissant au Parti communiste, comme Mgr Thaddeus Ma Daqin, évêque auxiliaire de Shanghaï, placé en résidence surveillée depuis 2012.

Catholiques dits «clandestins»
Ces catholiques dits «clandestins» soulignent que le régime continue de réprimer l'expression des droits individuels. C'est le cas de l'évêque émérite de Hong Kong, le cardinal Joseph Zen Ze-kiun qui a demandé au Saint-Siège de «ne pas conclure d'accord à tout prix» avec Pékin sans «réelles garanties quant à la liberté de fonctionnement et d'organisation de l'Eglise en Chine». 


Sur ce point, deux lignes s'opposent au sein du Vatican: la première, autour du cardinal secrétaire d'Etat Pietro Parolin, préconise de la souplesse vis-à-vis du gouvernement chinois qui répondra en accordant plus de libertés aux catholiques. La seconde critique vivement cette approche, estimant que le régime chinois n'a pas vraiment évolué par rapport au passé.

Réponse de Pékin
La réponse de Pékin ne s'est pas fait attendre: un éditorial du très officiel quotidien Global Times, publié le 4 février, réaffirme que la Chine ne fera aucun compromis sur le statut de la religion des Eglises sur son territoire, selon La Croix.


Bien que titré Les propos du pape sur la Chine sonnent bien, l'article (non signé) contredit des sources bien informées selon lesquelles le Vatican et Pékin seraient sur le point de tomber d’accord sur le mode d’ordination des évêques.

Un possible rapprochement 
Certains observateurs y ont vu un possible rapprochement entre le Vatican et Pékin, alors que les relations diplomatiques entre les deux Etats sont rompues à la suite de l'expulsion du nonce apostolique en 1951. D'autres ont dit craindre, en revanche, une tentative de manipulation de Pékin vis-à-vis du «Saint-Siège que le gouvernement chinois cherche à embrasser, pour mieux étouffer l'Eglise qui est en Chine», a commenté pour sa part Regis Anouil, rédacteur en chef d'Eglises d'Asie, interrogé par l’AFP.

En 2005, une tentative de rapprochement avec le Vatican avait échoué alors que Pékin avait salué l'élection de Benoît XVI et exprimé le souhait de débloquer les relations. La Chine élève deux conditions à leur rétablissement: la rupture du Vatican avec Taïwan (où le nonce apostolique s'était réfugié) et la «fin des ingérences» de l'Eglise dans les affaires intérieures chinoises, allusion à la volonté du pape de nommer, comme dans tout pays, ses évêques.

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