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Bolivie,  Amérique

Référendum en Bolivie: fin de parcours confirmée pour le président Evo Morales

Par Véronique le Jeune (avec AFP)@GeopolisFTV | Publié le 24/02/2016 à 18H19, mis à jour le 25/02/2016 à 11H36

Le président bolivien Evo Morales
Le président bolivien Evo Morales au lendemain du référendum sur la possibilité pour lui de briguer un 4e mandat. © David MERCADO / REUTERS

Evo Morales, 56 ans, le plus ancien président en exercice d'Amérique latine, vient de perdre son pari. Convoquant un référendum pour demander à ses compatriotes de lui accorder le droit de briguer un quatrième mandat, le chef de l'Etat bolivien a reçu la réponse: c'est non. Il essuie là sa première défaite politique depuis son arrivée au pouvoir en 2006. M. Morales devra céder sa place en 2020.


Evo Morales, premier président amérindien de Bolivie, demandait par référendum la possibilité de modifier la Constitution pour pouvoir rester au pouvoir jusqu'en 2025. Une décision sans doute suscitée par ses deux réélections très confortables: la première en 2009, après un mandat écourté en raison de tensions dans le pays, avec 64% des voix, la seconde en 2014 avec 61%. Ce troisième mandat était déjà le résultat d'un changement des règles constitutionnelles.

Dans ce pays où le vote est obligatoire, 6,5 millions de Boliviens, plus 300.000 à l'étranger, étaient appelés à s'exprimer le 21 février 2016. Mais la réforme a été rejetée par 51,33% des suffrages. Un résultat que M. Morales, ayant reconnu avoir «perdu la bataille» s'est engagé à «respecter» car «cela fait partie de la démocratie

Avant le scrutin, l'ancien berger de lamas, issu de l'ethnie aymara, s'était, il est vrai, montré serein face à une éventuelle défaite: «Je suis prêt. Avec un tel bilan (à la tête de la Bolivie), je retournerai heureux et content chez moi. J'adorerais être dirigeant sportif», avait-il confié au quotidien espagnol El País.

Le président bolivien Evo Morales ne pensait pas prendre trop de risques en organisant un référendum pour lui permettre de se représenter - Vidéo Euronews publiée le 21 février 2015.

Peu de temps avant la consultation, les partisans de la révision constitutionnelle étaient à égalité avec les opposants dans les intentions de vote. Mais, après les révélations d'un journaliste de télévision, des accusations de corruption à l'encontre de M. Morales ont largement contribué à avantager le non.

Morales: «Tout ça, c'est un montage de l'ambassade des Etats-Unis»
Le toujours président bolivien est soupçonné d'avoir usé de son influence en faveur de son ex-compagne, Gabriela Zapata (28 ans), dont l'entreprise chinoise a signé des contrats avec le gouvernement pour des centaines de millions de dollars. Plusieurs enquêtes sont en cours.

Evo Morales, champion autoproclamé du socialisme du XXIe siècle, a nié catégoriquement: «Quel trafic d'influence ? Tout ça est un montage de l'ambassade des Etats-Unis !» Il a d'ailleurs menacé d'expulser l'un des diplomates américains qu'il accuse de «conspiration».

Quoi qu'il en soit, son éviction de la prochaine course à la présidentielle aiguise déjà les appétits dans son camp. L'analyste politique Andrés Torres prédit «des batailles internes pour succéder» à Evo Morales. Mais ce sera «très difficile de trouver un successeur qui ait la même capacité de cohésion», prévient-il.

L'ex-candidat Samuel Doria Medina se frotte les mains
Ses succès économiques et son combat en faveur des plus démunis avaient jusqu'à présent entretenu sa popularité. La construction du téléphérique urbain le plus haut et le plus long du monde, premier vrai transport public du pays, la mise en orbite d'un satellite, des résultats tangibles dans la lutte contre la pauvreté et la faim, salués au niveau international, ont transformé la vie quotidienne des Boliviens.

Après le désaveu infligé par les électeurs au président Morales, ses opposants ont organisé des fêtes populaires dans plusieurs villes, comme Santa Cruz (est) et Trinidad (nord-est). Samuel Doria Medina, ex-candidat à l'élection présidentielle, vaincu à deux reprises par M. Morales, se frotte les mains. Pour le chef du Front d'unité nationale (parti de centre gauche), la prochaine tentative sera peut-être la bonne. Il a trois ans pour s'y préparer.

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