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Rentré en Algérie, Bouteflika pourra-t-il tenir?

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 19/07/2013 à 17H55, mis à jour le 20/07/2013 à 01H12

Bouteflika 16juillet2013
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le 16 juillet 2013, date de son retour en Algérie. © APS / AFP

Le président Bouteflika est rentré en Algérie, le 16 juillet 2013, après deux mois et demi d’absence suite à un accident vasculaire cérébral. S'il semble acquis qu'il ne briguera pas un 4e mandat, reste à savoir s'il pourra exercer ses fonctions jusqu'à la prochaine élection présidentielle, en avril 2014, et ainsi peser sur le choix de son successeur.

Les images de la télévision publique algérienne montrant le président Bouteflika, 76 ans, affaibli, en fauteuil roulant, ont ravivé les doutes sur sa capacité à diriger. «Incha'allah» (Si dieu le veut) sont les seuls mots audibles qu’il a prononcés durant la séquence diffusée pour son retour à Alger.

Vidéo AFP publiée le 17 juillet 2013.

«Il poursuivra une période de repos et de rééducation», a indiqué dans un communiqué laconique la présidence. Toutefois, elle n'indique pas quand il reprendra ses fonctions. De quoi alimenter les rumeurs sur son état de santé.

La presse algérienne s’est interrogée: «Pourra-t-il exercer ses fonctions?», titrait, le 17 juillet 2013, en Une le quotidien francophone El Watan«L'incertitude quant à sa capacité de gouverner est totale (...). S'il est admis que Bouteflika ne se présentera pas à un quatrième mandat, a-t-il la capacité jusqu'à la fin de son mandat prévu en avril 2014?», s’est encore demandé ce journal, habituellement critique envers le chef de l'Etat.

Le quotidien Liberté s’est lui aussi interrogé de savoir si le président irait jusqu'au bout de son mandat «quitte à gouverner sur un fauteuil roulant, ou a-t-il à présent fini par admettre qu'il est temps de se retirer de son plein gré pour cause de santé?»

Pour Le Soir d'Algérie, le retour de M.Bouteflika «n'évacue pas pour autant les questionnements sur sa capacité à reprendre ses fonctions et finir son mandat». Le journal arabophone El Khabar titrait en Une: «Bouteflika revient sur un fauteuil roulant» tandis que le quotidien Echorouk notait en première page : «Bouteflika est arrivé à l'aéroport de Boufarik (sud d'Alger) dans le secret et il en est reparti dans le secret».

«AVC mineur» selon Alger
Le 27 avril 2013, Abdelaziz Bouteflika avait été admis en urgence à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, à Paris, pour un AVC «mineur» et «sans retentissement sur ses fonctions vitales», selon Alger. Il avait ensuite été transféré le 21 mai dans une enceinte militaire des Invalides, pour convalescence, toujours selon les autorités algériennes.
 
Mais Alger assure que même malade, le président a continué à donner ses directives. Et pour dissiper les rumeurs sur son état de santé, la télévision nationale algérienne avait même diffusé, le 12 juin 2013, les premières images depuis son hospitalisation où l’on voyait le président algérien recevant son Premier ministre et du chef des armées, Gaïd Salah.

«Maintenant que Bouteflika est de retour, cela signifie le retour à la normale en Algérie», a commenté Anis Rahmani, propriétaire de la chaîne de télévision Ennahar TV. Si les institutions algériennes ont semblé fonctionner normalement durant son dernier séjour à Paris, l'absence du chef de l'Etat est quand même apparue handicapante en raison des pouvoirs étendus qui lui sont conférés par la Constitution.

L'aricle 88 de la Constitution
L’absence prolongée du chef de l’Etat a poussé certains partis d’opposition à réclamer l’application de l’article 88 qui prévoit une procédure d’empêchement en cas de maladie «grave et durable» mettant le chef de l’Etat dans «l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions». Dans ce cas, le président du Sénat, Abdelkader Bensalah, le remplace jusqu'à la tenue d'élections dans un délai de soixante jours.

M. Bouteflika, s’il reprend ses activités, pourrait réduire son programme au quotidien. C’est ce que prédit Geoff Porter, spécialiste de l'Afrique du Nord chez Risk Consulting. Selon lui, le chef de l’Etat algérien pourrait déléguer une grande partie de ses responsabilités au Premier ministre Abdelmalek Sellal et au ministre de l'Intérieur, Daho Ould Kabila. 

M.Sellal a déjà «joué un rôle crucial dans la gestion des affaires de l'Etat au quotidien pendant l'absence de Bouteflika et il n'y a aucune raison de penser qu'il renoncera à cela», souligne M. Porter. 

Préparer sa succession
Le 5 juillet 2013, lors du 51e anniversaire de l’indépendance, c'est le général Gaïd Salah qui, en l’absence de M.Bouteflika –premier chef de l'Etat algérien à avoir manqué ces festivités– avait présidé la cérémonie. Mais certains dossiers, plus techniques, sont du seul ressort du président, comme la signature d’une loi des finances complémentaire pour 2013 ou encore la gestion des mouvements dans la diplomatie, la magistrature et la gestion préfectorale.

Il doit aussi conclure le cycle des réformes politiques lancées dans la foulée du Printemps arabe, jugées insuffisantes par l'opposition. Autre réforme en cours, celle de la Constitution sur laquelle peu d'informations ont filtré.

Les Algériens se sont habitués aux absences plus ou moins prolongées du président algérien. Il avait déjà été hospitalisé fin 2005 pendant près d'un mois à Paris pour «un ulcère hémorragique», toujours selon Alger. Ce qui ne l’a pas empêché d’être réélu en avril 2009 pour un troisième quinquennat. 

A moins d'une aggravation de son état de santé, le président Bouteflika devrait aller jusqu'au terme de son mandat, en avril 2014. L'enjeu pour les neuf mois qui viennent est désormais de préparer sa succession et de peser sur le choix du futur président. 

France 24, débat le 20 mai 2013, avec Hichem Haboud directeur de publication des deux quotidiens « Djaridati » et « Mon journal».