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Retour sur le massacre du 28 septembre 2009 qui a traumatisé les Guinéens

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 28/09/2017 à 11H25

Une victime massacres 28 septembre 2009
Des Guinéens se recueillent à l'arrivée du corps d'une victime des massacres du 28 septembre devant la grande mosquée de Conakry, le 2 octobre 2009. © Photo AFP/Seylou Diallo

Le 28 septembre 2009, 157 Guinéens qui manifestaient pacifiquement se font massacrer dans un stade de Conakry. Des dizaines de femmes sauvagement violées, des opposants portés disparus. 8 ans après, pas le moindre procès. Les familles des victimes réclament toujours justice. Retour sur cette journée de triste mémoire.


Ce 28 septembre 2009, le stade de Conakry est plein à craquer. Des milliers d’opposants se sont rassemblés pour dire non à la candidature du chef de la junte militaire guinéenne, le capitaine Moussa Dadis Camara, qui a pris le pouvoir par les armes en décembre 2008. Il veut se présenter à l'élection présidentielle.
 
La veille, il a interdit toute manifestation dans la capitale. La répression menée par ses hommes est brutale. Ils tirent à bout portant. Ils violent et massacrent tout sur leur passage. Les témoignages recueillis par Human Rights Watch font froid dans le dos.
 

Un manifestant guinéen
Un manifestant de l'opposition emmené par les forces de sécurité dans le stade de Conakry, le 28 septembre 2009. © Photo/AFP


«Ils tirent à bout portant et violent des dizaines de femmes»
Un homme rescapé du massacre raconte: ils «sont entrés par le grand portail du stade. Ils ont commencé à tirer directement sur la foule. J’ai entendu un soldat crier : "Nous sommes venus faire du nettoyage!" J’ai décidé de courir à la porte située à l’extremité. J’ai vu de nombreux corps gisant sur la pelouse.»
 
Un dirigeant de l’opposition présent ce jour-là à la tribune du stade: «Les soldats ont mis les portes en métal sous tension en coupant les câbles électriques avant d’encercler le stade. Ils sont ensuite entrés dans le stade en tirant. Les gens tombaient. C’était incroyable. Il y avait des cadavres partout.» 
 
Des viols collectifs et des violences sexuelles particulièrement cruelles ont été commis contre des dizaines de filles et de femmes au stade, souvent avec une brutalité extrême. Certaines victimes sont mortes suite aux blessures infligées.

Une enseignante âgée de 35 ans à l’époque a décrit à Human Rights Watch: «Lorsque les tirs ont commencé, j’ai essayé de courir, mais (les soldats) m’ont attrappée et traînée au sol. L’un d’eux m’a frappé deux fois sur la tête avec la crosse de son fusil. Et quand je suis tombée, les trois se sont jetés sur moi. Deux m’ont maintenue à terre tandis que l’autre me violait. Ensuite le second m'a violée, puis le troisième. Ils me battaient tout le temps.»
 
Puis elle raconte le calvaire d’une jeune femme violée aussi à ses côtés. «A environ trois mètres, une autre femme avait été violée. Lorsqu' ils ont fini, l'un d'entre eux a pris sa baïonnette et l'a enfoncée dans son vagin. J'ai vu cela, juste à côté de moi... J'ai été tellement effrayée qu'ils ne le fassent à moi aussi.»

Morgue Conakry
Les victimes du massacre du 28 septembre affluent à la morgue de Conakry. Des corps seront ensuite enlevés par des militaires et enterrés dans des fosses communes. © Photo Reuters


Des unités de la garde présidentielle à l'œuvre
Selon une enquête menée par Human Rights Watch, le massacre était prémédité et a été perpétré par des unités d’élite de la garde présidentielle.
Depuis son exil doré du Burkina Faso, le capitaine Moussa Dadis Camara a toujours nié être responsable de cette tragédie. Il avait accusé son aide de camp, le lieutenant Toumba Diakité d’avoir supervisé cette opération. Excédé, ce dernier lui avait tiré une balle dans la tête.

Laissé pour mort, Dadis Camara avait été évacué le 3 décembre 2009 pour des soins au Maroc avant de trouver refuge à Ouagadougou, au Burkina Faso. C'est là que des juges guinéens l'ont auditionné et inculpé le 8 juillet 2015. Depuis, les familles des victimes attendent qu'il soit extradé et traduit devant la justice.