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Retour sur Transaqua, un canal de 2600 km pour renflouer le lac Tchad à l’agonie

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 01/03/2018 à 15H09, mis à jour le 01/03/2018 à 15H09

Vue aérienne lac Tchad près Ndjamena
Une vue aérienne du lac Tchad dans la région de Ndjamena, la capitale tchadienne. © Photo AFP/Zohra Bensemra

C’est un méga projet imaginé dans les années 80 mais qui n’a jamais connu un début de réalisation. L’idée est de creuser un canal de 2600 km depuis la République démocratique du Congo, puis à travers la Centrafrique jusqu’au lac Tchad, à cheval sur le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad. L’arrivée d’un partenaire chinois a relancé les espoirs et les critiques autour de ce projet pharaonique


La Power Construction Corporation of China (Power China), c’est la société chinoise à l’origine de l’exhumation de Transaqua, ce projet fou qui vise à sauver le lac Tchad qui fait vivre quelque 40 millions de personnes. En 40 ans, le lac a perdu 90% de sa superficie, coupant toute une population de pêcheurs et d’agriculteurs de ses moyens de subsistance.

La société a signé un accord en 2017 avec les initiateurs du projet dont le coût est évalué à près de 12 milliards d’euros. Le géant chinois a été chargé de conduire une étude de faisabilité.

Transaqua suscite la controverse et de fortes résistances
Pour le secrétaire exécutif de la Commission du lac Tchad, qui supervise l’utilisation de l’eau et des ressources naturelles dans cette région, c’est le seul moyen de faire face à l’actuelle crise humanitaire et environnementale.

«Le transfert d’eau entre les différents bassins hydrographiques n’est pas une option mais une nécessité. Nous sommes confrontés à la possibilité que le lac Tchad disparaisse et ce serait catastrophique pour l’ensemble du continent africain», a déclaré Moussa Sanussi à la tribune de la conférence sur le lac Tchad qui vient de s’achever à Abuja, au Nigeria.

Mais ce projet fou suscite la controverse, voire de fortes résistances dans certains pays censés ouvrir les vannes pour alimenter le lac Tchad à l’agonie. C’est le cas de la République démocratique du Congo.

«Le transfert des eaux congolaises vers le lac Tchad est inacceptable. Cela reviendrait à perturber le débit du fleuve Congo avec des conséquences sur les écosystèmes en RDC. On ne doit pas chercher à résoudre un problème dans un coin et en créer chez nous», explique un sénateur congolais à l’AFP.

Des défis techniques, financiers et sécuritaires
Le gigantesque canal du projet Transaqua devrait traverser la République démocratique du Congo, puis la Centrafrique pour acheminer les eaux du fleuve Congo et celles du fleuve Oubangui jusqu’au lac Tchad.

Des défis techniques et financiers auxquels s’ajoutent des problèmes sécuritaires dans cette région empêtrée dans une instabilité chronique. Outre les combattants de Boko Haram établis autour du lac Tchad, la Centrafrique est dévastée par des années de guerre et les exactions des groupes armés qui y contrôlent de vastes régions.

Ce projet pharaonique pourrait ne jamais voir le jour. Mais il a le mérite de poser indirectement une question essentielle: «Comment satisfaire les besoins d’une population qui est appelée à grossir dans le bassin du lac Tchad»?

Question posée par Gérard Magrin dans le journal La Croix. Ce professeur de géographie dans une université parisienne rappelle que la population dans le bassin du lac Tchad pourrait passer de 50 millions aujourd’hui à 130 millions en 2050. Dans une région où les ressources en eau vont devenir de plus en plus incertaines à cause du changement climatique.