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Royaume-Uni: les uns veulent des immigrés, les autres moins

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 09/03/2015 à 14H20, mis à jour le 09/03/2015 à 14H20

Etudiante bulgare à Londres
Une étudiante bulgare, Miglena, proteste contre des mesures jugées discriminatoires contre les étudiants venant de Bulgarie et de Roumanie en 2014. © ANDREW COWIE / AFP

565.000 immigrés en plus depuis 2011. Alors que le Premier ministre britannique s'est engagé à faire reculer l'immigration, les derniers chiffres montrent une forte progression de celle-ci. Mauvaise nouvelle pour David Cameron à quelques semaines des élections législatives. De leur côté, les employeurs britanniques se mobilisent pour attirer les travailleurs étrangers.

D'un côté, David Cameron, aiguillonné sur sa droite par la poussée du parti europhobe et anti-immigration Ukip, avait promis de réduire l'immigration. De l'autre, les employeurs britanniques qui font tout pour recruter des salariés dans toute l'Europe. Au milieu, les derniers chiffres montrent une forte progression de l'immigration, européenne notamment.

Le journal britannique The Guardian a rendu public le 6 mars 2015 une étude qui met à mal les ambitions gouvernementales d'une réduction de l'immigration. «La population migrante en Angleterre a augmenté de plus de 500.000 personnes en trois ans, selon une enquête de l'Université d'Oxford.» Le journal précise qu'«environ deux tiers des 565.000 migrants entrés dans le pays entre 2011 et 2014 sont nés dans d'autres pays de l'UE».


David Cameron, le Premier ministre conservateur, avait promis qu'il ferait baisser le solde migratoire. «Les chiffres d'aujourd'hui prouve que son objectif est anéanti», a déclaré sur Twitter le parti travailliste d'Ed Miliband, à qui les sondages accordent une légère avance sur les Tories.

Ukip, le parti europhobe et anti-immigration dont la victoire aux européennes de 2014 avait poussé M.Cameron à durcir son discours sur l'immigration, a estimé de son côté que «le gouvernement devrait avoir honte de son échec».

«Le Royaume-Uni est l’usine à emplois de l’Europe»
L'échec de M.Cameron sur cette question peut en partie s'expliquer par les succès de l'économie anglaise. Au Royaume-Uni, le chômage a fortement reculé (5,6% de la population active, selon Eurostat, son plus bas niveau depuis septembre 2006).

La baisse du chômage «venait en grande partie de l’explosion des emplois précaires et temporaires. Le nombre d’autoentrepreneurs a fortement progressé, souvent à la limite de l’abus du code du travail. On trouve ainsi des «autoentrepreneurs» qui sont chargés de relever les compteurs de gaz ou d’électricité, alors qu’ils n’ont pas le choix de leurs horaires de travail ni de l’endroit où ils doivent se rendre. Dans le même temps, les salaires ont été gelés, tandis que l’inflation flambait. Sur les sept dernières années, les Britanniques ont connu la plus forte baisse de leur pouvoir d’achat depuis la crise des années 1930 », rappelle Le Monde qui montre cependant que les dernières tendances pour 2014 font état d'une hausse du salaire et des emplois à temps plein.

«A l’heure actuelle, le Royaume-Uni est l’usine à emplois de l’Europe», a d'ailleurs estimé David Cameron.

Les patrons britanniques sont d'ailleurs les premiers à profiter de cette immigration liée à la libre circulation en Europe. Et ils en sont les grands défenseurs. «Les employeurs anglais dans certains secteurs recrutent activement des travailleurs étrangers, expliquant que souvent ils ne parviennent pas à pourvoir les postes. Le service de santé de Leicester a un programme de deux ans pour faire venir 500 infirmières d’Espagne, Portugal ou Irlande. Même chose chez le fabriquant de sandwich Greencore qui a annoncé un plan de recrutement en Hongrie», rapporte le New York Times.

Et le journal américain de citer Jonathan Portes, directeur de l'Institut national de recherche économique et sociale, qui affirme que «la majorité des économistes pensent que l'immigration est largement positive pour l'économie britannique».

Reste à savoir si les Anglais auront la même opinion ques les économistes lors des élections, le 7 mai 2015.