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Sahara occidental: le pari d'un nouveau round de négociations

Par Falila Gbadamassi avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 28/04/2018 à 17H04, mis à jour le 28/04/2018 à 18H05

Des soldats Front Polisario autour d'un drapeau RASD
Des soldats du Front Polisario se tiennent, le 17 octobre 2017, près d'un drapeau de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) dans le camp de réfugiés de Boujdour, à proximité de de la ville de Tindouf, dans l'ouest de Algérie.  © RYAD KRAMDI / AFP

La communauté internationale veut relancer les pourparlers sur le Sahara occidental qui ont été interrompues en 2012. Le mandat de la mission onusienne (Minurso) a été ainsi prolongé de six mois. Le temps, espèrent les diplomates, de ramener toutes les parties à la table des négociations.

 
Les Nations unies, notamment les Etats-Unis, souhaitent relancer le dialogue sur la question du Sahara occidental. D'autant que le Front Polisario, qui lutte pour son indépendance, s’est dit «prêt» le 5 février 2018 à des «négociations directes» avec le Maroc qui contrôle la majeure partie de ce territoire.
 
La prorogation (de six mois au lieu d’un an, comme prévu) du mandat de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso), qui arrivait à expiration le 30 avril, est un nouveau jalon.

Le Conseil de sécurité a ainsi adopté le 27 avril 2018 une résolution appelant les parties au conflit au Sahara occidental à des «négociations sans préconditions». En outre, elle renouvelle jusqu'au 31 octobre la Minurso qui emploie environ 400 personnes pour un budget annuel de 52 millions de dollars.
 
Trois pays, sur les 15 membres du Conseil de sécurité, se sont abstenus de voter la résolution. La Chine, la Russie et l'Ethiopie ont accusé les Etats-Unis, rédacteurs du texte, d'avoir précipité le vote sans donner de temps aux négociations.

«Des progrès» souhaités «dans les six mois à venir»
Washington a expliqué «avoir choisi cette année une approche différente», allant contre un prolongement «comme d'habitude» de la Minurso. Les Etats-Unis «(veulent) voir des progrès» et des négociations «dans les six mois à venir», a indiqué la diplomate américaine Amy Tachco.

Six mois, «cela permet d'avoir un levier» pour pousser les parties aux négociations, analyse un diplomate européen sous anonymat. C'est «un moyen politique pour avoir une clause de rendez-vous et espérer une reprise du processus politique d'ici là», ajoute-t-il.
 
Les dernières négociations remontent à 2012. Après des années d'impasse, l'ONU s'est doté en août 2017 d'un nouvel émissaire, l'ex-président allemand Horst Koehler. Au début de l'année 2018, ce dernier a rencontré les différentes parties et promis au Conseil de sécurité, sans échéance, une reprise des négociations courant 2018. 
 
Le Conseil de sécurité de l'ONU avait demandé le 21 mars 2018 à l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara occidental, qui lui présentait un premier rapport à huis clos, de poursuivre les discussions relatives à la relance des négociations. 
 
Alger dans la boucle
Horst Koehler a informé les membres du Conseil de ses discussions avec des représentants du Maroc et du Front Polisario, mais également de l'Algérie et de la Mauritanie que les Nations unies associent aux pourparlers. 
 
Dans cette perspective, la résolution prorogeant le mandat de la Minurso souligne «l'importance d'un engagement renouvelé des parties à faire avancer le processus politique pour préparer un cinquième round de négociations». Elle exhorte également ces derniers à «reprendre des négociations (...) sans préconditions et de bonne foi» afin de parvenir à une «solution politique mutuellement acceptable» vers «l'autodétermination» de son peuple.
 
Visant implicitement l'Algérie, le texte demande aussi «aux Etats voisins de faire d'importantes contributions pour ce processus» politique et «d'accentuer leur implication dans le processus de négociations». Le Maroc réclame depuis longtemps à l'Algérie de s'impliquer directement dans des négociations. 

«L'Algérie soutient les droits légitimes du peuple sahraoui», mais le conflit au Sahara occidental n'est «pas une affaire entre l'Algérie et le Maroc», a déclaré début avril 2018 le chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel. «C'est une affaire entre le Maroc et le peuple sahraoui» et «entre le Maroc et les décisions des Nations unies», avait-il insisté.
 
Désescalade
Le Front Polisario indépendantiste, soutenu par Alger, réclame un référendum d'autodétermination pour le Sahara occidental, une étendue désertique de 266.000 km2, seul territoire de l'Afrique au statut post-colonial non réglé. Le Maroc rejette toute solution autre qu'une autonomie sous sa souveraineté.

Concernant des tensions récentes entre le Maroc et le Polisario, le premier reprochant au second des violations du cessez-le-feu, la résolution du 27 avril 2018 «exprime sa préoccupation face à une présence du Polisario dans la zone tampon de Guerguerat et appelle à son retrait immédiat». Elle charge le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, d'oeuvrer pour faire retomber ces tensions.

Le Maroc a pris en 1975 le contrôle de la majeure partie du Sahara occidental au départ de la puissance colonisatrice espagnole. Le Polisario, qui luttait contre la domination espagnole, y a proclamé en 1976 une République arabe sahraouie démocratique (RASD) et combattu les troupes marocaines, jusqu'à un cessez-le-feu conclu en 1991 sous l'égide des Nations unies.