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Sahara occidental: les tensions ravivées entre le Maroc et le Front Polisario

Par Alaoin Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 21/07/2017 à 09H23

Camp déplacés sahraouis Gdeim Izik
Le camp de déplacés sahraouis de Gdeim Izik, après son démantèlement par les forces de l'ordre marocaines, le 8 novembre 2010, près de Laâyoune au Sahara occidental. © MAP/AFP

La condamnation de 23 Sahraouis par la justice marocaine et l’arrestation de 19 trafiquants marocains au Sahara occidental relancent les tensions entre le Royaume chérifien et le mouvement indépendantiste du Front Polisario. Révélées le même jour, ces informations semblent se répondre sur fond d’impasse dans les tentatives de résolution d’un conflit vieux de 42 ans.


Hasard du calendrier ou réponse du berger à la bergère, deux informations différentes mais rendues publiques le même jour sont venues illustrer l’impasse dans laquelle se trouve le conflit territorial qui oppose depuis 1975 le Royaume du Maroc et le Front Polisario soutenu par l’Algérie.
 
Un procès dénoncé pour irrégularités et soupcons d'aveux «extorqués sous la torture»
Mercredi 19 juillet 2017 à l’aube, la Chambre criminelle près la Cour d’appel à Salé a rendu son verdict. Vingt-trois Sahraouis accusés d’avoir tué onze membres des forces de l’ordre marocaines en 2010 ont été condamnés à des peines allant de deux ans de prison à la perpétuité.
 
Au cours de ce procès dit «de Gdeim Izik», du nom du camp de déplacés près de la ville de Laayoun où policiers et gendarmes ont trouvé la mort, le Maroc et le mouvement indépendantiste sahraoui s’étaient accusés mutuellement de la responsabilité d'affrontements meurtriers qui y avaient éclaté entre manifestants et forces de l’ordre.
 
A l’issue d’un premier procès organisé en 2013 devant un tribunal militaire, les accusés avaient été condamnés à des peines allant de 20 ans de réclusion à la perpétuité. Toutefois, face aux condamnations d’ONG et de proches des accusés, et à la suite d’une réforme de la justice militaire, l’affaire avait été renvoyée devant une juridiction civile.
 
Même si le nouveau verdict semble moins lourd que le précédent, l’issue de ce procès fleuve restera marquée par des contestations pour irrégularités. L’action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) a fustigé un «procès inique» et dénoncé des «aveux signés sous la torture».
 
Au lendemain du verdict, Amnesty international et Human Rights Watch ont même appelé à veiller à ce que les jugements «ne se fondent pas sur des aveux extorqués sous la torture ou les mauvais traitements lors d’interrogatoires policiers».

Des trafiquants de drogue marocains agissant avec la «complicité des militaires et de l'administration» royale 
Le jour même, le Front Polisario rendait publique une information résonnant comme en écho au procès. Mhamad Khadad, membre de la direction du groupe indépendantiste, révélait à l’Agence France Presse l’arrestation, le 16 juillet au soir, de dix-neuf trafiquants de drogue marocains dans la portion de Sahara sous son contrôle.
 
Selon le responsable sahraoui, les trafiquants ont traversé le mur de défense érigé par le royaume «avec la complicité des militaires» marocains postés «au niveau de la région de Guelta Zemmour», à une trentaine de kilomètres de la frontière avec la Mauritanie.
 
Mhamad Khaddad en a profité pour dénoncer «l’ampleur du trafic organisé de drogue en direction des pays voisins du Maroc et au-delà vers le Sahel et le Moyen-Orient». Trafic «qui jouit de complicités au sein de l’administration et des hauts gradés marocains. Nous avons intercepté des dizaines de tonnes durant l’année 2016 et depuis 2017», a-t-il ajouté.

Le Maroc, premier producteur mondial de haschich 
Selon l’office de l’ONU contre la drogue et le crime (ONUDC), le Maroc est en tout cas le premier producteur mondial de haschish et l’un des principaux exportateurs de résine de cannabis, écoulée essentiellement en Europe.
 
Près de 50.000 hectares de terres agricoles sont consacrées à cette culture, en particulier dans la région du Rif (nord), affirmait de son côté l’Organisation internationale de contrôle des stupéfiants (OICS), estimant le chiffre en baisse grâce aux efforts des autorités.
 
Même si un cessez-le-feu supervisé par la Minurso, la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, est en vigueur depuis 1991 entre l’armée marocaine et le Polisario, le conflit couve toujours.
 
Cette nouvelle guerre «de procédures» vient en tout cas rappeler que les négociations sur l’avenir du territoire sont au point mort depuis 2012. Le front Polisario réclame toujours un référendum d’autodétermination alors que Rabat se dit prêt à accorder au Sahara occidental une large autonomie mais sous souveraineté marocaine.