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Suède,  Europe

Salman Rushdie: l’Académie suédoise dénonce la fatwa iranienne de 1989

Par Dominique Cettour-Rose (avec agences)@GeopolisFTV | Publié le 24/03/2016 à 16H10, mis à jour le 24/03/2016 à 16H38

Sous coup d'une fatwa depuis 1989 Salman Rushdie vit sous haute protection.
L'auteur des «Versets sataniques», invité d'honneur de la Foire du livre de Guadalajara, le plus grand événement littéraire dans le monde hispanophone, le 29 novembre 2015. © HECTOR GUERRERO / AFP

Vingt-sept ans après la fatwa lancée contre Salman Rushdie par l'Iran, l’Académie suédoise, qui décerne le Nobel de Littérature, affiche son soutien à l’auteur des «Versets sataniques». L'institution s'est décidée à prendre position après l'annonce des médias iraniens, fin février 2016, qu'ils augmentaient la récompense offerte pour l’assassinat de l’écrivain britannique d’origine indienne.


Il est l'ennemi désigné des musulmans intégristes depuis presque trois décennies. Salman Rushdie, 69 ans, vient de recevoir le soutien de l’Académie suédoise de littérature. Une «condamnation à mort prononcée pour châtier une création littéraire» constitue, selon l’institution tricentenaire, une «grave violation de la liberté d’expression»

Dans une tribune publiée le 24 mars 2016 dans le quotidien Dagens Nyheter, son secrétaire perpétuel, Tomas Riad, écrit que «l’indépendance de la littérature vis-à-vis du contrôle politique est impérieuse pour la civilisation et doit être préservée des attaques des partisans de la vengeance et de la censure».

Condamné à mort pour un roman
C'est pourtant au nom de ce principe d'indépendance que les académiciens s'étaient abstenus de prendre position sur l'affaire Rushdie en 1989, déchirés entre tenants d'un soutien franc à l'écrivain et garants de la neutralité du cénacle. Trois de ses 18 membres (nommés à vie, NDLR) indignés par son silence, n'avaient pas pu démissionner.

Le 14 février 1989, jour de la Saint-Valentin, le guide de la révolution iranienne, l'ayatollah Ruhollah Khomeini, qui devait mourir quelques mois plus tard, avait appelé tout «bon musulman» à tuer Salman Rushdie pour ses Versets jugés blasphématoires par Téhéran. Le romancier y met en scène des prostituées rêvant qu'elles étaient les femmes du prophète Mahomet.


A l'époque, un organisme religieux iranien avait offert 2,7 millions de dollars à toute personne qui appliquerait cette fatwa. En 2012, cette prime est passée à 3,3 millions de dollars. A cette somme sont venus s'ajouter 600.000 dollars, provenant de quarante médias iraniens, a annoncé le 22 février 2016 l'agence de presse semi-officielle Fars. Cette dernière a précisé qu'elle y particperait à hauteur de 30.000 dollars.

Si l’augmentation de la récompense a mis fin aux espoirs de ceux qui s'imaginaient que la fatwa tomberait dans l’oubli, elle aura eu le mérite de déclencher le soutien de l’Académie royale suédoise.

Depuis 1989, Salman Rushdie vit sous haute protection, les autorités iraniennes ayant fait savoir que la fatwa était irréversible.

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