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Satisfecit du FMI à la Tunisie, alors que la colère sociale semble apaisée

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 30/01/2018 à 15H24

Manifestation en Tunisie 26 janvier 2018
Manifestation le 26 janvier 2018 à Tunis à l'appel du mouvement Fech Nestanew (Qu'est ce qu'on attend?) contre la hausse des prix (texte des panneaux). © Chedly Ben Ibrahim / NurPhoto

Alors que les manifestations contre les hausses des taxes semblent s’être calmées en Tunisie, le FMI a adressé un satisfecit à Tunis dont les engagements, selon lui, vont «dans la bonne direction», malgré la hausse des prix due aux décisions budgétaires. Une position peu étonnante pour l'organisation internationale qui a accordé une ligne de crédit importante à la Tunisie.


Le FMI a débloqué un financement à la Tunisie de 2,9 milliards de dollars en plusieurs tranches. Parallèlement, la Tunisie a décidé de mesures budgétaires destinées à améliorer ses comptes publics qui sont entrées en vigueur début 2018.

Il est vrai que la situation du pays n’est guère brillante. En 2018, les paiements au titre du service de la dette atteindront un niveau record de 22% du budget du pays. «Pour réduire le déficit budgétaire, le gouvernement a été invité à réduire les dépenses par le gel des recrutements, les retraites anticipées et les gels salariaux dans le secteur public, et à augmenter les recettes de l'Etat grâce à des impôts indirects sur les dépenses. Les augmentations de prix ont été accentuées par une hausse de la TVA et des taxes à la consommation  les formes d'imposition les moins progressives, payées par tous, peu importe ce qu'ils gagnent», affirme l’économiste tunisienne Jihen Chandoul dans le Guardian.

«Le FMI ne préconise pas l’austérité»
Résultat: ces mesures, qui ont entraîné des hausses de prix souvent difficiles à suivre pour une partie de la population, ont provoqué une vague de colère en début d’année dans toute la Tunisie, surtout dans les régions les plus défavorisées. 

la directrice générale du FMI, Chrisitine Lagarde, a clairement défendu la politique menée par Tunis en affirmant le 30 janvier: «Nous soutenons les réformes du gouvernement et continuerons de travailler en étroite collaboration avec lui pour garantir que les réformes soient socialement équilibrées. Parmi les principales réalisations du gouvernement figurent la loi de finances de 2018 et la stratégie de réforme de la fonction publique visant à améliorer la qualité du service et à ralentir la croissance de la masse salariale du secteur public.» 

Jihed Azour, directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI, avait déjà affirmé que la Tunisie était dans la bonne direction. Il a préconisé l'amélioration de l'environnement des affaires dans le pays tout en continuant la réforme du secteur public. Le coût des salaires dans ce secteur avoisine les 15% du PIB. Il s'agit, selon le FMI, d'un taux les plus élevés dans le monde. «Toute réforme a sa phase de transition. Durant cette dernière, ce qui est important est de s’assurer qu’ils ont les bons facteurs d’atténuation, les bons programmes sociaux», a-t-il ajouté, indiquant que les fonds publics seront «libérés» pour des dépenses sociales plus ciblées grâce à la réforme du secteur public et à la réduction des subventions des carburants...

Le porte-parole du FMI Gerry Rice avait déjà expliqué à la mi-janvier que «le FMI ne préconise pas l’austérité. Nous préconisons des réformes bien conçues, bien appliquées et socialement équilibrées.» 

Fech Nestanew reste mobilisé

«Nous avons constamment souligné la nécessité de répartir équitablement le fardeau de l’ajustement et de protéger les classes les plus vulnérables de ses effets. Cela comprend le maintien des subventions sur les produits alimentaires de base; l’augmentation des taxes sur les produits principalement consommés par les plus aisés; le renforcement de la collecte des impôts; la répression de l’évasion fiscale; et la veille sur la réduction des salaires via les départs volontaires et les retraites anticipées, et les licenciements obligatoires», avait expliqué le responsable de la banque internationale.

De son côté, le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, a tenu à dire le 29 janvier que la réforme des caisses sociales et du secteur public sont une nécessité et non des mesures dictées par le Fonds monétaire international.

«Les réformes économiques sont essentielles pour atteindre la croissance et l'équité que le peuple tunisien exige à juste titre», selon Christine Lagarde. Une opinion qui ne semble pas partagée par ceux qui protestent contre les mesures gouvernementales. Pour l'instant, ces opposants semblent en retrait, mais rien n'indique que les manifestations ne puissent reprendre facilement. Le mouvement Fech Nestanew (Qu’est-ce qu’on attend), à l'origine de plusieurs manifestations, estime en effet que les promesses sociales du gouvernement restent insuffisantes.