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Sénégal-Gambie: des relations tumultueuses au plus haut sommet de l’Etat

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 30/09/2016 à 14H15

Les président Macky Sall à gauche Yaya Jammeh à droite 3 Mai 201
Le président sénégalais Macky Sall (à gauche) accueille son homologue gambien Yaya Jammeh (à droite) le 3 Mai 2012 à Dakar à l'occasion  d'un sommet de la CEDEAO. © Photo AFP/Seyllou Diallo

Il voit la trahison et le complot partout. Le président gambien Yaya Jammeh mène une répression impitoyable contre ses opposants et leurs proches. La plupart trouvent refuge au Sénégal voisin où il menace d’aller les chercher. Ses relations avec tous les présidents sénégalais n’ont cessé de se dégrader, comme l'explique à Géopolis Seydi Gassama, chef de la section sénégalaise d'Amnesty.

 Entre le président sénégalais Macky Sall et son homologue gambien Yaya Jammeh, les relations ne cessent de se dégrader. L’homme fort de Banjul ne rate aucune occasion pour dire tout le mal qu’il pense de ses relations avec son voisin de Dakar.
 
«Elles sont bien pires que du temps d’Abdoulaye Wade», confie-t-il à l’hebdomadaire Jeune Afrique. Yaya Jammeh affirme que contrairement à Abdoulaye Wade qui opérait discrètement, son successeur Macky Sall a choisi de l’affronter ouvertement en laissant les dissidents gambiens proférer leurs menaces dans les médias publics sénégalais. Et d’accuser le président du Sénégal et son gouvernement de «protéger tous ceux qui complotent» contre son pays.
 

Seydi Gassama
Seydi Gassama, directeur exécutif de la section/Sénégal d'Amnesty International © Photo/Amnesty International

Des réfugiés gambiens affluent à Dakar
Dakar est devenu le refuge pour les Gambiens qui fuient la répression dans leur pays. Ils sont nombreux, tous les jours, à frapper à la porte du bureau de la section sénégalaise d'Amnesty International, pour demander de l’aide.
 
«Tous fuient le climat de terreur qui règne dans leur pays à l’approche de l’élection présidentielle. Ils nous racontent les arrestations qui ont lieu tous les jours, les menaces des services de renseignement que reçoivent les activistes de l’opposition. Arrestations, harcèlements, menaces, c’est tout cela qui font que les gens quittent le pays», explique à Géopolis Seydi Gassama, directeur exécutif de la section/Sénégal d’Amnesty International.         
 
Yaya Jammeh n’y va pas par quatre chemins. Il menace le président Macky Sall d’envoyer ses troupes au Sénégal pour y dénicher ses ennemis.
 
«J’ai envoyé un message et j’ai été très clair, a-t-il martelé dans un entretien avec Jeune Afrique, si ces personnes qu’il protège attaquent la Gambie, alors j’attaquerai le Sénégal. J’y suis prêt».
 
Des propos belliqueux qui n’impressionnent personne au Sénégal, constate Seydi Gassama : «Ses menaces, personne ne les prend au sérieux. Le Sénégal est une société libre. Tant que les gens n’appellent pas à le renverser par la violence, je ne vois pas pourquoi l’Etat du Sénégal interdirait aux médias d’accorder la parole aux opposants gambiens. Le président de la République du Sénégal lui a dit clairement que lui-même était vilipendé par les médias tous les jours et qu’il n’avait pas emprisonné des journalistes pour cela».
 
«La Gambie, un bantoustan à l’intérieur du Sénégal»
Le rapport de force est plutôt inégal, estime Seydi Gassama. Selon lui, ce serait suicidaire pour Yaya Jammeh d’attaquer le Sénégal. «Cela signifierait tout simplement la fin de son régime». La plupart des Sénégalais en sont d’ailleurs conscients. Et ils ne comprennent pas pourquoi les autorités sénégalaises ne font rien pour mettre fin aux dérives du président Yaya Jammeh.
 
«Jusque quand le Sénégal va tolérer l’une des dictatures les plus sanglantes du continent? demande le journaliste et analyste politique sénégalais Yoro Dia. «Il suffit de regarder une carte pour constater que la Gambie est un bantoustan à l’intérieur du Sénégal. C’est comme la France et Monaco ou l’Afrique du Sud et le Lesotho. Nous, on peut se passer de la Gambie. Par contre le pays de Jammeh a besoin du Sénégal pour exister», analyse Yoro Dia dans un entretien publié sur le site seneplus.

Des réactions de colère que Seydi Gassama explique par la proximité entre les peuples sénégalais et gambien:
 
«Vous savez, au Sénégal, il y a très peu de Sénégalais qui vous diront qu’ils n’ont pas de parents en Gambie. Et la plupart des gambiens qui fuient leur pays sont hébergés par des familles ou des parents qui sont au Sénégal. Donc ils en ont vraiment assez d’assister aux persécutions d’un peuple frère. Et si Macky Sall devait aujourd’hui écouter ses compatriotes, c’est sûr qu’il interviendrait militairement en Gambie».
 
Mais cela ne risque pas de se produire, explique-t-il. Il rappelle que les chefs d’Etat sénégalais depuis Abdou Diouf ont tout le temps affirmé leur volonté de respecter la souveraineté de la Gambie et le droit international. «L’attitude des autorités sénégalaises a toujours été d’ignorer Yaya Jammeh et d’éviter de faire grand cas de ses excès», ce qui est une bonne chose, obsèrve le directeur exécutif de la section/Sénégal d’Amnesty au Sénégal.