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Sénégal : la corruption, ennemi public N°1

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 27/05/2016 à 15H41, mis à jour le 28/05/2016 à 13H11

Le président sénégalais Macky Sall
Le président sénégalais Macky Sall dans son bureau à Dakar, le 16 février 2016. L'Office national de lutte contre la fraude et la corruption qu'il a mis en place après son élection en 2012 vient de remettre son premier rapport. Le Sénégal reste dans le rouge. © Photo AFP

Le sujet pourrait s’inviter dans les débats du dialogue national, convoqué par le président Macky Sall à partir du 28 mai 2016: la corruption, un fléau qui gangrène la société sénégalaise. L’Office national de lutte contre la fraude et la corruption vient de rendre son rapport. Sa conclusion est sans appel : le pays est loin de sortir de la zone rouge.


Lorsqu’il accède au pouvoir en 2012, le président sénégalais, Macky Sall, se retrouve aux commandes d’un pays rongé par une corruption endémique. Classé en zone rouge. L’ONG Transparency International lui a attribué la note de 41 sur 100 en 2013. Pas assez pour être considéré comme un pays intègre. Il faut dépasser le score de 50%.
 
Macky Sall prend les choses en main. Il met en place un organe indépendant chargé de lutter contre cette pratique illicite. L’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) commence ses activités en août 2014. Il vient de remettre son premier rapport.
 
Tout le monde est prié de s'exécuter
A la tête de ce gendarme anti-corruption, une femme de poigne, Nafi Ngom Keïta. Elle a reçu de ses compatriotes plusieurs centaines de plaintes et de dénonciations. Par lettre et téléphone, au numéro vert 800.000.900 mis à leur disposition par ses services. Personne n’a été épargné, y compris les hommes politiques.
 
«Il faut que les gens acceptent de rendre compte. Il faut que les hommes politiques, qu’ils soient chefs de partis ou autres, des leaders de la société civile, de l’opposition. Il faut qu’ils répondent. Il ne faut pas aller dire au président que madame Keïta est compliquée. Je ne crée des problèmes à personne. Nous voulons simplement clarifier», a-t-elle martelé devant la presse à Dakar.
 
Les services de Madame Keïta ont ouvert des enquêtes sur l’affaire Lamine Diack, l’ex-président de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme, accusé d’avoir illégalement financé l’opposition sénégalaise entre 2008 et 2012. Ses collaborateurs ont passé au peigne fin 385 déclarations de patrimoine déposées par des personnalités politiques sénégalaises.

La presse sénégalaise a largement commenté ce rapport et répertorié «les niches de corruption» épinglés par les enquêteurs. Pour le journal Sud Quotidien, le foncier, l’école, les transports, la sécurité publique et la santé sont les domaines de prédilection de la corruption au Sénégal.
 

Presse sénégalaise

La presse sénégalaise commente abondamment les conclusions du premier rapport de l'Office national de lutte contre la fraude et la corruption © Capture d'écran


«Les champions de la magouille»
Parmi «les champions de la magouille» figure notamment la direction des transports où il est possible d’obtenir son permis de conduire en un seul jour moyennant le versement d’une enveloppe de 150.000 francs CFA.
 
Au service des impôts et domaines, le code fiscal est vendu à 50.000 francs CFA au lieu de 20.000 francs exigés par la législation fiscale.
 
Sur la liste des tricheurs figure aussi le Centre des œuvres universitaires de Dakar, le Coud, qui devrait faire l’objet de poursuites judiciaires. Le rapport propose le limogeage de son Directeur général, accusé de détournement de deniers publics, pour avoir laissé filer plus de 454 millions de francs CFA de subventions versées frauduleusement à des tiers, sans identification formelle des bénéficiaires.
 
Les enquêteurs sénégalais ont été surpris de constater que le Centre incriminé avait recruté, «à titre posthume», un agent décédé en novembre 2014 dans un accident de la circulation. Ses salaires ont été versés jusqu’en janvier 2015.
 
«Il n’y a jamais de petite corruption. L’argent public, les biens publics, c’est pour la nation. Et la corruption, ça tue l’économie», confie Madame Keïta à RFI. Elle veut désormais s’attaquer à la corruption de la rue, notamment aux pots de vin demandés aux chauffeurs par les forces de l’ordre pour que leurs véhicules ne soient pas mis à la fourière :
 
«Nous recevons énormément de dénonciations sur ces questions et nous allons parcourir des axes pour surveiller, montrer qu’on est là», a-t-elle assuré.
 
Les citoyens sénégalais se plaignent de la corruption qui gangrène la police, soupçonnée de toucher des dessous de table dans le cadre du traitement de dossiers d’enquête liés aux trafic de drogues, aux conflits conjugaux ou aux viols sur mineurs.

Des transferts frauduleux dans les hôpitaux 
Dans le secteur de la santé, le rapport a révélé des pratiques de détournement de malades d’une structure publique vers un cabinet médical privé sur fond de corruption. Des pratiques décriées par la patronne de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption, décidée à poursuivre sa mission contre vents et marées.
 
«Les attaques contre ma personne ne m’ébranlent pas», a-t-elle lancé à ceux qui résistent aux enquêtes lancées par ses collaborateurs.
 
Coup de balai dans les services de la douane
Au lendemain de la publication de ce premier rapport sur la corruption, le journal Le Quotidien annonce un grand coup de balai dans les services de la douane sénégalaise. Le gouvernement, précise le journal, veut mettre un frein au laxisme et à la corruption généralisée qui commençait à gangrener ce service important de l’Etat.