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Sénégal: la pénurie d’eau potable à Dakar fait des vagues

Par Dominique Cettour Rose@GeopolisAfrique | Publié le 02/08/2018 à 11H58, mis à jour le 02/08/2018 à 11H58

A Dakar en 2013 pénuries d'eau potable.
La capitale sénégalaise Dakar, en 2013, avait connu des problèmes d'approvisionnement en eau potable. © Thierry Gouegnon / Reuters

Depuis trois mois, les habitants de plusieurs quartiers de Dakar sont approvisionnés de façon aléatoire en eau courante. La banlieue est plus affectée. La principale usine d’alimentation est en travaux et ne peut donc pas couvrir les besoins de la population. La grogne monte parmi les usagers appelés à participer à un grand rassemblement dans la capitale sénégalaise, le 3 août 2018.


Les Dakarois sont privés d'un «élément vital», l'eau potable, depuis la mi-mai. Quotidiennement, entre 60 et 80 camions-citernes sillonnent la capitale et ses environs, générant de longues files d'attente d'usagers en colère. Les travaux de réhabilitation de l'usine de Keur Momar Sarr, qui fournit 40% des besoins en eau de la capitale sénégalaise, ont pris du retard et l'empêche de tourner à plein régime.

L'attente en vain du retour à la normal, pourtant promis par les autorités le 20 juillet 2018, est en train de prendre une tournure sociale et polique. Un grand rassemblement est prévu le 3 août, dans le quartier de Khar Yalla, devant les locaux du groupe de presse Walfadjri, auquel sont conviés «acteurs politiques, forces vives de la nation et populations riveraines», à l'appel de Cos-M23 et Pencum Askan Wi.

Respectivement président et coordinateur de ces deux plateformes d'opposition, Abdou­rahmane Sow, entend dénoncer certains choix de gouvernance «portés sur des dépenses onéreuses dans des investissements infrastructurels, alors que l’eau est dans le domaine de la sécurité nationale». 

La situation est intenable
Sans eau potable, la situation devient intenable pour les habitants dont certains ont recours au système D. Comme le raconte à RFI Pape Abdou Gueye, chef de quartier, qui a installé un robinet alimenté directement par la nappe phréatique. «J'ai acheté une pompe électrique, j'utilise mon courant, j'ai fait un forage avec les moyens du bord. Maintenant les gens viennent nuit et jour. Le robinet ne se ferme pas», confie-t-il.

De son côté, le chef de l'Etat sénégalais, Macky Sall, a tenté de calmer la grogne en annonçant la tenue prochaine d'un conseil présidentiel sur l'eau. Objectif: apporter des solutions aux pénuries récurrentes en plein pic de chaleur qui a commencé en juin au Sénégal comme dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest.

L'exploitation​ et la gestion du service public de l'eau potable en milieu urbain est assurée par la Sénégalaise Des Eaux (SDE) depuis 1996. La société civile réclame pourtant, depuis des années, la fin de ce monopole. En 2014, une étude publiée par l'ONG Transparency international et Forum civil, intitulée La gouvernance de l'eau potable au Sénégal, appelait le gouvernement sénégalais à plus de transparence, notamment dans un souci de santé publique en raison de la qualité de l'eau distribuée dans certaines zones du pays, souvent impropre à la consommation. 

L'eau sénégalaise trop chère
Transparency international plaidait alors pour une baisse du prix de l'eau: pour 86,5% des chefs de familles de la capitale sénégalaise, les tarifs sont trop chers. 

La difficulté d'approvisionnent en eau potable qui frappe les Dakarois depuis trois mois intervient dans un contexte de réchauffement climatique et de prélèvement sur les ressources qui sont de plus en plus importants. L'Etat sénégalais doit étendre ses capacités de production et ses réseaux de distribution s'il veut tenir le rythme imposé par une croissance démographique inédite.  

1,2 milliard d'habitants en Afrique
Abdoul Ball, qui dirige la SDE, indiquait récemment au Point qu'«à l'échelle du continent, près de 320 millions de personnes n'ont accès ni à l'eau potable ni à l'eau courante. Le continent compte à l'heure actuelle 1,2 milliard d'habitants. En 2050, il en est prévu un milliard de plus, pour une population à 50% urbaine.» 

Dans ce contexte de poussée démographique, les questions de l'assainissement et de la distribution de l'eau sont une priorité pour le Sénégal et tous les autres Etats africains. Un défi à relever, alors l'Afrique dispose, selon M. Ball, de «5.000 milliards de mètres cubes d'eau dans les nappes phréatiques, sans compter les fleuves et les eaux littorales», y compris «dans les zones sèches et désertiques où les nappes phréatiques profondes sont très présentes.»

En septembre 2013, Dakar avait déjà connu un épisode de dix jours de manifestations suite à une pénurie d'eau. Cinq ans après, la situation pourrait dégénérer en raison de la lassitude des Sénégalais.