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Sénégal: le nouvel aéroport international, premier acte pour désengorger Dakar

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 01/02/2018 à 09H31

L'aéroport international Blaise Diagne opérationnel depuis janvier 2018
L'aéroport international sénégalais Blaise Diagne, opérationnel depuis janvier 2018. © AFP PHOTO / SEYLLOU

Inauguré en décembre 2017, le nouvel aéroport international Blaise Diagne, situé à 50 km au sud de Dakar, se veut la première pierre d’un nouvel aménagement du territoire. Il doit permettre de désengorger une capitale totalement saturée. La presqu’île de Dakar réunit plus de 25% de la population du pays, sur 0,3% du territoire. Une nouvelle vision doit permettre une urbanisation moins chaotique.


«Paris et le désert français», écrivait dans les années 50 le géographe Jean-François Gravier. De même pourrait-on parler de «Dakar et du désert sénégalais», tant la capitale sénégalaise est le lieu où se concentre la population, l’administration, les infrastructures, la représentation politique et diplomatique. Dakar, c’est aussi 55% du PIB du pays, 83% des étudiants et 46% des fonctionnaires.

51% des Sénégalais vivent sur moins de 4% du territoire, principalement sur la côte, dans l’ouest du pays. Si le rythme de croissance démographique de la capitale se maintient au même rythme, la population s’y établirait en 2030 à 4.198.422 habitants, soit un nouvel accroissement de 1.497.312 habitants. Cette configuration de l’espace sénégalais, avec une capitale macrocéphale, est loin de constituer un aménagement cohérent et harmonieux du territoire national.

Urbanisation chaotique
Le ministère de l’Aménagement du territoire dressait en 2015 le tableau suivant de la capitale sénégalaise: «Une extension urbaine rapide et  non maîtrisée, encore moins planifiée, résultat d’une croissance démographique insoutenable.» «Une installation chaotique sur l’espace géographique régional avec une insuffisance des équipements et des infrastructures minima, associée à l’édification d’un habitat urbain précaire.»

Sur la presqu’île de Dakar, les réserves foncières se font rares, celles qui sont disponibles sont situées plus loin, dans les départements de Rufisque, Thiès, Mbour.

La fermeture de l’aéroport Léopold Sédar-Senghor situé au nord-ouest (Yoff) de la capitale va libérer une emprise au sol de plusieurs centaines d’hectares. L’occasion de repenser la ville afin de la faire respirer, de la doter en équipements collectifs qui manquent cruellement.

Pour le ministre sénégalais des Transports aériens et des infrastructures aéroportuaires, ce nouvel aéroport doit donner une nouvelle impulsion au tourisme et à l’économie sénégalaise. Le nouvel aéroport permet notamment de mieux desservir la zone touristique de Sally.

Densité urbaine presqu'î Dakar villes Thiés Mbour
Densité urbaine de la presqu'île de Dakar, et des villes de Thiés, Mbour  © ANAT

Une vision prospective
Pour désengorger Dakar, qui capte près d’un tiers de la population du pays et aspire les jeunes diplômés, il faudrait aménager les villes de l’intérieur.

Historiquement, le développement du pays a été essentiellement côtier. Les autorités veulent, dans un premier temps, développer les villes proches de la capitale: Thiès, Mbour. Ces futures «métropoles d’équilibre» bénéficient de réserves foncières pour l’extension urbaine, d’une position de carrefour et de zone tampon entre Dakar et le reste du pays.

«La fonction des métropoles d’équilibre est de contrebalancer l’agglomération dakaroise en mettant à profit leurs atouts économiques, créer de l’emploi et offrir du logement en quantité, afin de recueillir une partie de l’excédent démographique de la métropole de Dakar», affirme le plan de l’Agence nationale d’aménagement du territoire du Sénégal (Anat).
 
Cela passe également par la mise en place de réseaux routiers et ferroviaires, l’accès à l’eau et à l'assainissement sans oublier les hôpitaux, les universités et les télécommunications. Une condition nécessaire pour attirer et retenir les habitants. Il faut revitaliser ces territoires en fonction de leurs atouts économiques: agriculture, pêche, tourisme, industrie…
 
Grands projets structurants
Autre projet structurant, la construction dans la région de Rufisque d’un port en eau profonde. Le gouvernement a concédé quelque 500 hectares à des investisseurs privés à Sendou, à 35km de Dakar. Ce future port minéralier et vraquier va transformer la localité en un hub industriel de référence dans la sous-région ouest-africaine.

Avec l’actuel port autonome de Dakar, seuls quelques navires de relativement petite taille accostent au Sénégal du fait de la profondeur limitée du chenal. La construction à Bargny-Sendou d'un port de 18 mètres de tirant d'eau sera à même d'accueillir des navires de 120.000 tonnes et plus.

Port minéralier et vraquier, il sera notamment composé d’un dépôt pétrolier d'une capacité de 2,5 millions de tonnes et d'un centre de stockage de gaz. Un terminal va accueillir le gros de l'exploitation minière du Sénégal, phosphates de Matam au Nord, fer, bauxite, zircon et autre alumine à l'Est. Un troisième terminal sera réservé aux céréales, oléagineux et matériaux de construction.

Selon le Premier ministre Mohammed Abdallah Boune Dione, la nouvelle zone industrielle contribuera «à améliorer l'ouverture maritime du Sénégal, fort de sa position géographique privilégiée à la pointe Ouest du continent.»

«La position géographique de la capitale sénégalaise face aux Amériques fait d’elle une véritable escale du transport aérien et maritime», explique l’urbaniste Daouda Thiandoum. Plus largement, le Sénégal se rêve en port d’entrée du commerce international en Afrique de l’Ouest. «L’aménagement de corridors routiers qui mènent directement vers les pays limitrophes ouest-africains donnera un avantage concurrentiel au port de Dakar», pense Daouda Thiandoum.
 
La question urbaine n’est évidemment pas propre au Sénégal. C’est sans doute la question centrale des prochaines décennies pour nombre de pays africains.