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Sida en Afrique du Sud : fin du déni après des chiffres records

Par Frédérique Harrus@GeopolisAfrique | Publié le 10/06/2016 à 11H24, mis à jour le 11/06/2016 à 16H24

Bougie commémorative
Membres de la Clinique Themba Lethu de Johannesbourg (Afrique du Sud), plus grand lieu de distribution d'antirétroviraux du pays. Ils participent à la journée mondiale contre le sida.


© ALEXANDER JOE / AFP

L'Afrique du Sud bat plusieurs records dont elle se serait volontiers passée. C'est le pays qui compte le plus grand nombre de personnes vivant avec le VIH au monde, soit 6,5 millions. Après avoir vécu dans un déni total, qui a favorisé la propagation de la maladie, l'Afrique du Sud a enfin pris le problème à bras le corps et commence a enregistrer des résultats, qu'elle dévoile fièrement.

La réunion à New York, de l’Assemblée générale des Nations Unies, dont l’objectif est d'accélérer les mesures pour mettre fin à l'épidémie de sida d'ici 2030, permet de se pencher sur l'avancée de la bataille que livre l'Afrique du Sud contre le Sida.

Un déni meurtrier
L'Afrique du Sud bat plusieurs records dont elle se serait volontiers passée. C'est entre autre le pays, qui compte le plus grand nombre de personnes vivant avec le VIH au monde, soit près 6,5 millions d'hommes, de femmes et d'enfants, environ 11% de la population, dont 70% souffrent aussi de tuberculose. En effet les autorités ont longtemps soutenu que le Sida était une invention pure et simple, puis qu'il n'y en avait pas dans le pays, favorisant la propagation du virus dans toutes les strates de la population. A partir de 2000 près de 600.000 personnes s'infectaient chaque année. Rapports non-protégés, seringues utilisées plusieurs fois, tout contribuait à répandre la maladie. 2001, c'est aussi l'année de la conférence internationale de Durban et du tournant que le pays a amorcé, en commençant par une prise de conscience. 

Les ravages d'une vieille croyance
C'est un mythe ancien qui relève presque de la légende urbaine et qui prêterait à sourire s'il n'avait pas fait de tels ravages. Le mythe du rapport sexuel avec une personne vierge qui permettrait de guérir de la maladie. Cette croyance existe depuis plusieurs siècles, sur plusieurs continents. A l'origine cela «concernait» la syphillis, mais aussi d'autres maladies sexuellement transmissibles comme la gonorrhée. Ce mythe dans sa version moderne «s'applique» désormais au Sida dans une grande partie de l'Afrique Australe, on y a vu se développer une épidémie de viols parallèlement à la montée du Sida (tout en le propageant via les viols). Une étude de l'Université d'Afrique du Sud (UNISA) révèle qu'un million de femmes et d'enfants, pour ne pas parler de bébés, sont violés chaque année. 

Un président, héraut de l'ignorance
L'ignorance sur le VIH empêche aussi de pratiquer une prévention efficace. Le coup de grâce est donné, en 2009, par le président Jacob Zuma, polygame, ayant des rapports sexuels non protégés, avec pour preuve (s'il en fallait) la naissance de son vingtième enfant, eu avec la fille d'un ami. «La polygamie ne signifie pas promiscuité et son attitude n'est en aucun cas défendable», a déclaré dans un communiqué le responsable du Congrès du peuple (Cope), parti dissident de l'ANC, Terror Lekota. «Le public sud-africain doit se faire entendre et dire au président Zuma qu'il commence à se comporter comme un président et non un gigolo», a-t-il poursuivi.
Il avait suscité l'indignation en 2006, après avoir été acquitté du viol d'une femme séropositive, argant de rapports sexuels entre adultes consentants et avoir minimisé les risques de transmission en assurant s'être prémuni du virus «en prenant une douche» après le rapport non protégé.

Prise de conscience et virage salvateur
Depuis quelques années, l'Afrique du Sud a enfin pris le problème à bras le corps et commence à enregistrer des résultats, qu'elle dévoile fièrement. Le pays a passé un accord avec trois grands laboratoires pour la fabrication de médicaments antirétroviraux à des prix défiant toute concurrence et dont la posologie se résume à une prise par jour. «Le principal avantage pour nous est que la logistique sera améliorée, mais aussi que nous allons maintenant traiter un patient pour 89 rands (7,50 euros). C’est du jamais vu», a souligné lors d’un point presse dans une clinique proche de Pretoria, le ministre de la Santé Aaron Motsoaledi rapporte Libération. «Avant 2010, nous achetions les traitements ARV les plus chers du monde. Maintenant notre pays a les ARV les moins chers du monde, ce qui signifie que nous pouvons augmenter le nombre de personnes soignées», a-t-il ajouté. Et le même d'étendre le dépistage et la distribution d'antirétroviraux à 90% de la population. L’accent est donc mis à la fois sur le dépistage et le suivi des patients. Le ministre veut que « la majorité, voire la totalité de la population soit testée chaque année ». Il envisage même « des dépistages de masse […] à l’école, dans les universités ou au sein des églises ». Dès 2014, la contamination annuelle est de 340.000 personnes contre les 600.000 de 2000. Grace à ces antirétroviraux, la transmission du virus mère-enfant est pratiquement éradiquée et l'espérance de vie vient, quant à elle, de progresser de près 6 ans.

Tous ces efforts et leurs résultats seront fièrement annoncés lors de la 21e conférence internationale sur le Sida qui se tiendra en juillet 2016, à Durban, justement en Afrique du Sud.