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Sierra Leone: les joggeurs priés de courir sur la plage, pas dans la rue

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 01/08/2017 à 16H28, mis à jour le 03/08/2017 à 15H13

Le jogging rue interdit en Sierra Leone depuis 27 juillet 2017.
En Sierra Leone, le jogging de rue est interdit depuis le 27 juillet 2017 à cause des nuisances: embouteillages, musique, etc. © SIA-KAMBOU / AFP

La Sierra Leone interdit, depuis le 27 juillet 2017, aux groupes de joggeurs de courir dans la rue. Ils sont, d'après la police, à l'origine d'incidents: gêne de la circulation, insultes et dégradation de véhicules. La mesure a suscité un tollé sur les réseaux sociaux. En 2014, le maire de la capitale du Burundi, Bujumbura, avait interdit lui aussi la pratique collective du jogging.


Courir sur la plage ou dans des aires de loisirs: voilà la nouvelle règle imposée aux joggeurs de Sierra Leone. Car courir en groupe dans la rue, nuit à la quiétude des «citoyens pacifiques», selon la police, qui cite une série d'incidents: obstruction de la circulation, insultes, dégradations de véhicules... Un porte-parole officiel, Michael Kelly Dumbuya, assure que «pendant les week-ends en particulier, les forces de l’ordre ont constaté un nombre croissant d’atteintes aux propriétés privées, sans parler de la diffusion de musique à fort volume par les coureurs».

Mohamed Kamara, un fonctionnaire de Freetown, juge la décision trop radicale. «En général, on constitue des groupes avec des jeunes du quartier pendant les week-ends. On court jusqu'à a plage, où on joue au foot, puis on rentre tranquillement», a-t-il expliqué, en soulignant que la course et le football avaient permis de sortir de nombreux jeunes de la violence.

«Comment vont-ils assurer la sécurité lors des élections de 2018 s'ils ne sont pas capables de la garantir pour la majorité des jeunes qui veulent juste faire du sport dans un pays où l'accès aux zones récréatives est limité?», s'est interrogé sur Facebook, Amadu Lamarana Bah, une personnalité de la télévision.

 
 
Pour la CHRDI, cette décision est une entrave à la démocratie. L'ONG de défense des droits de l'homme doute d'ailleurs que la mesure soit conforme au droit national et international. «Nous voulons rappeler aux policiers qu'il y a des lois garantissant à chaque citoyen de Sierra Leone le droit de se réunir. Ils ne doivent dès lors pas agir d'une manière qui ne serait pas raisonnable et justifiée dans une société démocratique».
 

Mais cette interdiction pourrait avoir des raisons plus politiques: certains hommes politiques aux ambitions présidentielles ont organisé à Freetown et Makeni (centre) leurs propres séances de jogging, aux cours desquelles leurs partisans arborent des t-shirts aux couleurs de partis politiques.

En mars 2017, le ministère de l'Education avait déjà interdit la pratique du sport dans les écoles primaires et secondaires de Freetown après des incidents ayant causé la mort d'un étudiant.
 
Le jogging collectif interdit au Brunundi 
En mars 2014, le maire de la capitale burundaise, Bujumbura, avait pris un arrêté interdisant la pratique collective du jogging, foot et autres distractions fréquemment pratiquées par les habitants le week-end dans les rues de la capitale. Ceci, dans le but de prévenir les «soulèvements à caractère politique», rapportait à l'époque Libération