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Sierra Leone: climat politique tendu pour le 2e tour de la présidentielle

Par Géopolis (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 29/03/2018 à 12H08, mis à jour le 30/03/2018 à 16H59

Un lecteur regarde journal annonçant report élection en Sierra Leone
Un lecteur regarde la une d'un journal annonçant le report de l'élection en Sierra Leone le 27 mars 2018 à Freetown, capitale de la Sierra Leone.  © ISSOUF SANOGO / AFP

Les Sierra-Léonais doivent élire leur président le 31 mars 2018, avec quatre jours de retard sur le calendrier initial. Un second tour très indécis oppose l'héritier du président sortant et le candidat du principal parti d'opposition, arrivé de peu en tête au premier tour. La campagne a été marquée par une montée des tensions ethniques.


Quelque 3,1 millions d'électeurs (sur une population de 6,3 millions d’habitants) sont appelés à choisir le successeur du président Ernest Bai Koroma. Celui-ci ne peut plus se représenter après deux mandats à la tête de ce pays anglophone très pauvre d'Afrique de l'Ouest, gangréné par la corruption. Les premiers résultats sont attendus à partir du lundi 3 avril.

Au premier tour, le 7 mars, marqué par une participation de plus de 84%, le peu connu Samura Kamara, homme lige d’Ernest Bai Koroma et candidat de l'APC (All People’s Congress, le Congrès de tout le peuple), le parti au pouvoir, avait remporté 42,7% des suffrages. Il avait été devancé par celui du principal parti d'opposition, le SLPP (Sierra Leone People’s Party, Parti populaire de la Sierra Leone), l'ancien général Julius Maada Bio, avec 43,3% des voix. Agé aujourd'hui de 53 ans, ce dernier «faisait partie d'un groupe de jeunes soldats emmenés par le capitaine Valentine Strasser (...), qui ont renversé le régime répressif de Joseph Mornoh, accusé d'avoir créé les conditions qui ont plongé le pays dans la guerre civile (1991-2002)», rappelle le site voaafrique.   

Le second tour, entre les deux partis qui se succèdent au pouvoir depuis l'indépendance de cette ancienne colonie britannique en 1961, était programmé pour le 27 mars. Mais la campagne a été marquée par des échauffourées entre partisans des deux camps et une montée des tensions ethniques. Le 21 mars, le Guardian signalait, outre «des affrontements», «des jets de pierre et des incendies volontaires».

Dans le même temps, les préparatifs du vote ont été suspendus le 24 mars par la justice à la suite d'un recours d'un avocat de l'APC. Recours rejeté le 26 mars. Mais compte tenu du retard pris dans l'organisation du scrutin, la Commission électorale nationale a réclamé et obtenu un délai de quatre jours pour tenir le second tour.

Julius Maada Bio avait fait monter la pression en accusant le président Koroma de «pousser la Sierra Leone au bord du chaos» par des manœuvres dilatoires. Mais les deux candidats ont finalement accepté de bonne grâce le report du scrutin.

Affrontements avec police dans rues Freetown 7 mars 2018
Affrontements entre la police anti-émeute et les militants du parti d'opposition SLPP dans les rues de Freetown le 7 mars 2018 © REUTERS/Olivia Acland

Ecoles et commerces fermés
Depuis cette affaire, le pays retient son souffle et espère un vote sans violence. Le bon déroulement général du premier tour, qui combinait élections présidentielle, législatives et locales, a été salué par les observateurs internationaux.

«J'aimerais simplement demander aux deux candidats qu'ils expliquent les choses à leurs partisans pour qu'ils restent calmes. Ce dont nous avons besoin, c'est d'avoir des élections pacifiques», a déclaré à l'AFP un commerçant du centre de Freetown, Emmanuel Kalokoh.

Dans la capitale, écoles et universités sont fermées et de nombreux commerces ont gardé leurs volets baissés. Une épreuve du baccalauréat, organisé simultanément par quatre pays anglophones d'Afrique de l'Ouest, qui devait avoir lieu le 28 mars, a été reportée en Sierra Leone à l'après-élections.

L'administration sortante a réussi à attirer les investisseurs pour reconstruire le pays, dévasté par la guerre civile qui a fait quelque 120.000 morts. Mais l'économie reste fragile après les chocs de l'épidémie d'Ebola en 2014-2016 et de la chute des cours mondiaux des matières premières.
«Ce pays a connu la guerre civile. Nous avons aussi eu ce glissement de terrain» (plus de 1000 morts à Freetown en août NDLR), «donc nous ne voulons plus de combats», explique un autre commerçant, Mohammed Alpha Bah. Ce dernier espère «une transition pacifique d'un gouvernement démocratique à un autre», comme celle qu'a connue le Liberia voisin en janvier.

Résultats imprévisibles
En l'absence de sondages crédibles, tout pronostic sur le vainqueur s'annonce hasardeux. L'issue est d'autant plus incertaine que si le candidat de l'opposition a viré en tête à la présidentielle, l'APC frôle la majorité absolue à l'Assemblée nationale, selon les résultats des législatives, encore partiels. Ceux d'une poignée des 132 sièges sont encore attendus.

Autre facteur d’incertitude : les deux nouveaux partis, arrivés respectivement troisième et quatrième, cumulent à eux deux près de 10 % des suffrages, réserve de voix décisive pour les deux protagonistes, mais n'ont pas donné de consigne de vote. Ce ne sont pourtant pas les sollicitations des deux camps qui ont manqué.