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Slovaquie : Robert Fico, un Premier ministre fougueux et démagogue

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 16/09/2016 à 14H00, mis à jour le 16/09/2016 à 15H21

Le Premier ministre slovaque Robert Fico à Strasbourg 6 juillet 2016
Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, à Strasbourg le 6 juillet 2016. © REUTERS - Vincent Kessler

Le sommet des 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE a lieu le 16 septembre 2016 à Bratislava, en Slovaquie. A 52 ans, l’hôte de la rencontre, le Premier ministre social-démocrate, Robert Fico, est déjà un vieux routier de la politique. Lequel occupe le pouvoir pour la troisième fois. Il est connu pour sa fougue. Mais aussi pour sa démagogie populiste. Portrait.


En mars 2016, Robert Fico a remporté les législatives avec sa formation, le Smer-SD qu’il a créé en 1998. Pour autant, il a dû former une coalition avec un parti d’extrême droite, le SNS (Parti national slovaque), avec qui il s’était déjà allié lors de son passage au pouvoir entre 2006 et 2010. Ce rapprochement n’est donc pas nouveau et peut expliquer en partie ses positions nationalistes et sa stigmatisation de l’islam et des migrants. En 2009, il s’en est ainsi pris à la minorité hongroise en Slovaquie (10% des 5,6 millions d’habitants) en interdisant l’usage de sa langue dans les administrations.

A l’été 2015, au plus fort de la crise migratoire en Europe, il va expliquer que son pays n’acceptera que des réfugiés chrétiens. Pendant la campagne électorale, il n’a cessé de dénoncer la politique d'accueil de l'UE comme «un suicide rituel», mettant en avant le fait que des djihadistes peuvent se glisser parmi les réfugiés. Après les attentats de novembre 2015 à Paris, il a juré de «surveiller chaque musulman en Slovaquie».

Retour des réalités sociales
Son impact sur l'opinion a faibli quand il est devenu clair que les migrants préféraient largement l'Allemagne à la Slovaquie. Avant le vote de mars, des salariés du secteur public, notamment des enseignants et des infirmières, qui se sentent laissés au bord de la route, se sont mis en grève pour réclamer des augmentations. Les réalités sociales du pays sont alors revenues au premier plan, rappelant au Premier ministre les réalités du quotidien. Et ce au moment où la croissance du pays atteignait 3,5% (chiffre 2015), ce qui lui vaut parfois le surnom de «Tigre de l’Europe centrale». Une croissance dopée par les investissements étrangers, «composante essentielle de l’économie slovaque». En janvier, 2016, le chômage, en baisse, s’élevait à 10,4%.

Au pouvoir entre 2006 et 2010, puis à nouveau à partir de 2012 (après un raz-de-marée électoral qui avait donné la majorité absolue à un seul parti pour la première fois depuis l’indépendance du pays en 1993), il s’est toujours efforcé de mener une politique sociale généreuse. Pendant la crise financière des années 2008-2009, il a refusé des mesures d’austérité. Il a aussi supprimé un taux d’imposition unique de 19% pour les entreprises et les particuliers. En 2014, il a lancé une série de mesures ciblées comme les trains gratuits pour les étudiants et les retraités. Il a aussi réduit la TVA sur les produits alimentaires de base, augmenté les allocations familiales et le salaire minimum.

Un «Bonaparte» bling-bling
Né en 1964, Robert Fico est d’origine modeste. Il reçoit une formation de juriste dans la Tchécoslovaquie communiste, mélange d’Ubu et de Kafka. En 1987, il entre au PC local. Après la Révolution de velours de 1989, qui renverse la dictature stalinienne, il rejoint les rangs du SDL, successeur du Parti unique. Entre 1994 et 2000, il représente son pays à la Cour européenne des droits de l’Homme.

Robert Fico à Bruxelles 19-2-2016
Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, à Bruxelles le 19 février 2016 © REUTERS - Francois Lenoir

Maîtrisant bien l’anglais, le Premier ministre slovaque, marié et père d’un enfant, aime le football, le patin à roulettes. Et les voitures rapides. Il semble, non plus, ne pas détester le luxe.

L’homme est ainsi logé à prix d’ami dans un complexe immobilier bling-bling surplombant Bratislava. Une résidence baptisée… «Bonaparte». Selon la légende, c’est de ce lieu que l’empereur français contemplait ses conquêtes territoriales. Le complexe appartient à un homme d’affaires, Ladislav Basternak, accusé de corruption, notamment par une enquête de l’hebdomadaire économique Trend. La corruption toucherait le ministre de l’Intérieur, Robert Kalinak, ancien avocat et homme d’affaires, «personnage-clé de l’exécutif slovaque» (Le Monde). Ce dernier est actionnaire de la compagnie du promoteur, qui aurait escroqué le fisc.

Le ministre ne voit pas le problème dans la mesure où l’entreprise de Ladislav Basternak n’a pas bénéficié de commandes publiques. Robert Fico, non plus, qui n’envisage pas de déménager.

Qu’est-ce qui fait courir Fico?
L’affaire est exploitée par l’opposition qui mène campagne pour faire tomber le gouvernement et son chef. Et organise régulièrement des manifestations de protestation devant le «Bonaparte». «Fico, c’est (un) super-menteur. Toute sa carrière politique est un énorme cirque. Il utilise (le) culte de la personnalité (…). Ça me rappelle Poutine. Fico est comme lui : imprévisible. Personne n’ose lui dire: ‘‘Ça suffit !’’», explique ainsi une manifestante citée par le site Café Babel.

Il faut dire que le Premier ministre slovaque a toujours suscité des réactions contradictoires: certains le jugent tenace et fin stratège, d’autres démagogue populiste. Lui rejette cette dernière étiquette. A ses yeux, «les forts et les riches» doivent assumer le coût de la consolidation des finances publiques.

Reste une question: qu’est-ce qui fait encore courir cet homme de 52 ans, qui va disant qu’il souhaite abandonner la politique? Il a connu tous les honneurs. Malgré son camouflet en 2014 à l’élection présidentielle: il avait alors été battu par un millionnaire philanthrope sans expérience politique, Andrej Kiska. Il a eu des problèmes cardiaques. Mais il s’est parfaitement remis d’un pontage coronarien en avril. Et il est toujours en piste…