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Economie,  Afrique

L’Afrique se digitalise à grande vitesse

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 28/07/2017 à 14H02, mis à jour le 29/08/2017 à 10H43

Cyber café à Bouaké en Côte d'Ivoire
Dans un cyber café de Bouaké (centre de la Côte d'Ivoire), le 16 avril 2005. Le numérique s'est particulièrement développé ces dix dernières années en Côte d'Ivoire. © Photo AFP/Issouf Sanogon

L’Afrique sera-t-elle sauvée par l’économie numérique? Plusieurs spécialistes en sont convaincus. Tout peut se faire désormais en ligne. Le développement spectaculaire de la téléphonie mobile et d'internet a totalement changé la donne. Des applications innovantes, il s’en crée tous les mois à travers le continent. Et ça marche.



Dans la sous-région ouest-africaine, chaque pays ambitionne d’être un pionner, de devenir un hub régional de négoce et de distribution à forte valeur ajoutée numérique.
 
C’est le cas au Nigeria dont la capitale, Lagos, dispose de sa «Silicon Valley». Installée dans le quartier de Yaba, elle abrite plusieurs incubateurs de start-up digitales.
 
Dans cette métropole de la première économie du continent, mieux vaut ne pas se séparer de son ordinateur, de ses téléphones portables et de ses tablettes. Tout peut se faire en ligne aujourd’hui à Lagos. L’économie virtuelle s’est considérablement développée. Elle génère un milliard d’euros de chiffres d’affaires.
 
Fournitures, meubles de bureau, textiles, accessoires de mode... les Nigérians peuvent acheter toutes sortes de produits sur internet. La capitale s’est installée sur le podium de l’innovation africaine, note l’Usine Digitale. Dans son dossier «Silicon Africa», le site raconte l’expérience de Jobberman, un succès  de l’économie numérique au Nigeria.
 
«Cette plate-forme de recherche d’emploi achetée par One Africa Media a étendu son activité au Ghana. Elle a signé avec Microsoft pour développer des plateformes facilitant la recherche d’emplois au Nigeria, au Ghana, au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie, au Rwanda et en Ethiopie. Jobberman compte 1,5 millions d’utilisateurs et a déjà placé plus de 70.000 personnes», précise le site.

Téléphones portables
Le téléphone mobile est devenu un objet de la vie courante en Afrique. En 2017, le continent devrait compter 346 millions d'utilisateurs. © Photo AFP/Simon Maina

Le M-Pesa, une application populaire au Kenya
Sur le podium des champions, le Kenya est devenu en quelques années le nouveau pôle africain de l’innovation technologique.
 
L’arrivée du téléphone portable dans ce pays au début des années 2000 a opéré une véritable révolution dans le secteur bancaire. En 2007, l’opérateur kenyan Safaricom a eu l’idée géniale de lancer le M-Pesa (Pesa signifie argent en swahili).
 
Le concept est simple: donner aux nombreux Kenyans qui ne possèdent pas de compte bancaire, la possibilité de déposer de l’argent sur un compte, d’en envoyer à un contact ou d’en retirer dans certains distributeurs du pays à l’aide de messagerie-texte (SMS).
 
Le succès fut immédiat. Le service comptait début 2016 plus de 15 millions d’utilisateurs, soit un Kenyan sur trois. Et générait chaque mois 650 millions de dollars de transactions.
 
«L’Afrique est ainsi le premier continent en termes de m-banking, une technologie qui prouve encore une fois que l’innovation n’est pas l’apanage des pays du Nord», note l’opérateur SFR sur son site internet.
 
mPedigree, pour lutter contre les faux médicaments
Des applications innovantes, il s’en crée tous les mois à travers le continent.
 
Avec le Ghana, le Kenya, le Nigeria, le Niger, l’Ouganda et la Tanzanie, le Rwanda a mis à l’essai un système de contrôle des médicaments du nom de mPedigree.
 
Le système permet aux consommateurs d’envoyer un code par SMS à un numéro spécial et de recevoir, généralement quelques secondes plus tard, un message indiquant si le médicament répond aux normes.
 
Cette plateforme conçue par un Ghanéen pourrait bien devenir une arme décisive dans la lutte contre les faux médicaments sur le continent.
 
Pour pallier aux systèmes de santé défaillants, quatre étudiants ougandais de l’université de Makerere à Kampala ont mis au point l’application Matibabu (centre médical en swahili). Un détecteur à infrarouges relié au smartphone dans lequel l’utilisateur insère son index permet de vérifier s'il est contaminé ou non par le plasmodium, le parasite qui cause le paludisme. La malaria est la première cause de mortalité en Ouganda.

Examen cataracte à l'aide l'application «Peek Vision»

Un médecin examine le fond de l'oeil d'une patiente qui souffre de la cataracte à l'aide de l'application «Peek Vision» installée sur un smartphone le 29 octobre 2013 dans une clinique du Kenya. © Photo Reuters/Noor Khamis

Des ministères de l’Economie numérique
Depuis quelques années, une nouvelle fonction est apparue au sein des cabinets ministériels africains, celle de ministre de l’Economie numérique et de l’Innovation. C’est le cas au Togo où le poste a été confié à une femme. Cina Lawson, diplômée de Sciences-Po Paris et de la Harvard Kennedy School.  
 
Pour elle, le numérique doit être au cœur du développement socio-économique de l’Afrique. «Le décollage de l’économie numérique suppose une généralisation des connaissances techniques à tous les niveaux. L’Afrique doit développer une offre variée et diversifiée avec un contenu utile à la fois au développement social et aux entreprises»explique-t-elle dans une interview à Forbes Afrique.