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Somalie: l’interdiction du Khat à Mogadiscio fait grincer les dents

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 08/09/2016 à 16H10

Vendeuses khat à Mogadiscio
Des Somaliennes vendent des bottes de khat sur le marché de Mogadiscio, le 18 juin 2012. © Mohamed Abdiwahab/AFP

Depuis le 6 septembre 2016, le Khat n’a plus droit de cité à Mogadiscio. Le gouvernement somalien a décidé d’interdire l’importation de cette plante euphorisante consommée dans toute la Corne de l’Afrique et au Yémen. Une mesure qui a suscité le mécontentement de milliers de consommateurs et de négociants de la chose. Tous les deux doutent d’ailleurs que cette interdiction puisse être durable.


Plus aucun sac de khat en provenance du Kenya, où il est cultivé, n’a été livré à Mogadiscio ces derniers jours. Le gouvernement somalien vient en effet d'interdire «temporairement» l’importation de cette plante euphorisante dans la capitale.

Le gouvernement somalien interdit le khat sans explication
Cette décision, pour laquelle aucun membre du gouvernement n’a accepté de fournir d’explication, a été accueillie avec stupéfaction par les consommateurs et les milliers de personnes vivant de son commerce.
 
Pourtant, comme dans d’autres pays de la Corne de l’Afrique (Ethiopie et Djibouti) ou de la Péninsule arabique (Yémen ou Oman), le khat est consommé en Somalie dans le cadre de pratiques sociales culturelles et religieuses.
 
Habituellement, les feuilles de cet arbre qui rappellent celles du fusain, sont consommées en début d’après-midi. Elles doivent être fraîchement cueillies, puis mâchées et «emmagasinées» dans la joue pour en tirer un suc astringent.
 
Le khat, une plante au double effet
Une opération qui dure deux ou trois heures, avant de libérer la joue en recrachant une purée vert-claire qu'on retrouve aux quatre coins des rues. La consommation de ces feuilles permet d’obtenir dans l'intervalle ce qu’on pourrait qualifier de double-effet : apaisant physiquement et excitant intellectuellement.  
 
Des propriétés connues des anciens Egyptiens, décrites dans un ouvrage médical d’Al-Biruni, un auteur perse du Xe siècle, et mentionnées au XIXe siècle par l’écrivain malais Abdullah bin Abdul Kadir, qui fait état de son usage à al-Hudaydah au Yémen.
 
L’interdiction en Somalie de ces feuilles, mâchées par quelques 20 millions de personnes dans les pays mentionnés, a suscité le mécontentement tant chez les consommateurs que chez les milliers de personnes qui vivent de leur commerce.
 
Le mécontentement des consommateurs et des producteurs
«Vous ne pouvez pas juste décréter que le Khat est interdit sans dire pourquoi ou sans proposer d’alternative aux gens qui dépendent de ce négoce», a déploré auprès de l’Agence France Presse Naciimo Abdiweli, une mère de cinq enfants qui vend du Khat sur un des nombreux étals qui parsèment la capitale. 
 
A Mogadiscio, les opérations commerciales sont au point mort. «On est assis devant des étals vides dans le marché en attendant des nouvelles, mais il semble que le gouvernement ne veuille pas nous dire ouvertement pourquoi il a arrêté ce commerce», explique de son côté Ahmed Ugaas, négociant en khat.
 
Même incompréhension du côté du Kenya, principal producteur de cette «drogue» pour laquelle les accrocs dépensent sans compter malgré ses répercussions sur la santé, notamment sur le système digestif.
 
«C’est une grosse perte pour nous», s’inquiète Dave Muthuri, président de l’association des producteurs et commerçants kenyans de khat. «Les cultivateurs se lamentent sur leurs pertes. Ca a pris tout le monde par surprise», explique-t-il, alors que des dizaines de tonnes de feuilles ont été perdues à Méru au centre du Kenya ou à l’aéroport Wilson de Nairobi.
 
Pour rappel, le commerce du khat vers la Somalie, mais aussi le Yémen ou Djibouti rapporte en effet quelque 90 millions d’euros par an au Kenya et le double à l’Ethiopie, selon RFI.

«Même Siad Barré ou les shebabs n'ont pas réussi à interdire le khat»
De leur côté, les consommateurs somaliens se rassurent comme ils peuvent et parlent d’expérience. «Ce n’est qu’une question de jours et ensuite ce sera le retour à la normale», prédit Zakariye Mohamed, un consommateur régulier de khat.
 
«Le régime militaire de Siad Barré était plus puissant que ce gouvernement et il n’a pas réussi à l’interdire. Même les shebabs, qui tuent des gens, n’y sont pas arrivés. C’est un sujet très délicat», a-t-il ajouté, montrant peu d’affolement face à l’interdiction.