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Somalie : les Shebab multiplient les attaques contre le Kenya et l’Ouganda

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 01/08/2017 à 12H18, mis à jour le 15/10/2017 à 16H24

Voiture piégée à Mogadiscio
Les forces de sécurité somaliennes inspectent le site de l'explosion d'une voiture piégée, qui a fait 5 morts et une dizaines de blessés, à Mogadiscio, le 30 juillet 2017. © Sadak Mohamed/ANADOLU AGENCY/AFP

A une semaine d’élections générales au Kenya et une semaine après l’arrivée d’un contingent de soldats ougandais en Somalie, les Shebab repartent à l’offensive. Attentats contre des villages frontaliers kenyans, voiture piégée à Mogadiscio et attaque contre un convoi de l’AMISOM: les islamistes somaliens continuent de défier les autorités et la mission de paix de l’Union africaine dans le pays.

En Somalie, la journée du 30 juillet 2017 a été particulièrement meurtrière. Dans la matinée, une voiture piégée explose en plein embouteillage dans la rue Maka al Murakama, l’artère la plus fréquentée de Mogadiscio menant au palais présidentiel.

«J'ai vu plusieurs cadavres éparpillés» 
L’explosion, «déclenchée à distance, a eu lieu devant des boutiques» faisant au moins cinq morts et une dizaine de blessés, a précisé Ahmed Mohamud, le porte-parole du ministère de la Sécurité.
 
«J’ai vu plusieurs cadavres éparpillés et des véhicules en feu. L’explosion a été très forte», a témoigné de son côté Abdukadir Mohamed, un habitant de la capitale.
 
L’attaque n’a pas été revendiquée, mais les islamistes radicaux des Shebab ont l’habitude de mener de telles opérations dans Mogadiscio pour déstabiliser le fragile pouvoir central somalien.
 
Le jour même, une attaque était menée a environ 150 kilomètres au sud de la capitale. Un convoi de soldats de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) est tombé dans une embuscade dans le district de Bula Mareer.
 
Le mouvement islamiste affilié à al-Qaïda a revendiqué l’opération et avancé le bilan de 39 soldats de la mission de paix de l’Union africaine (UA) tués. Un chiffre démenti par le porte-parole de l’AMISOM, Joe Kibet, cité par l’agence chinois Xinhua.
 
«Je peux confirmer qu’un convoi de nos soldats a été attaqué ce matin par un dispositif explosif improvisé. Seuls deux d’entre eux ont été blessés et le reste est en sécurité», a indiqué Joe Kibet.

Des témoins et l'armée ougandaise infligent un démenti à l'AMISMO
Pourtant selon les résidents de la région, les forces de l’UA ont bel et bien été attaquées dans le village de Golweyn alors qu’elles escortaient un convoi de matériel sur la route reliant Mogadiscio au Bas Shabelle.
 
«Les combats ont éclaté et duré plus d’une heure», a indiqué à l’AFP Ali Osman, témoin des affrontements. Une version corroborée par l’armée ougandaise qui a reconnu, le lendemain, la perte de douze soldats oeuvrant dans le cadre de l’AMISOM.
 
«Il est maintenant confirmé que l’UPDF a perdu douze vaillants soldats, sept autres ayant été blessés», a déclaré le porte-parole de l’armée ougandaise, précisant que les blessés avaient été évacués vers la capitale somalienne.
 
Toujours selon Xinhua, un nouveau contingent de soldats ougandais était arrivé en Somalie il y a une semaine pour rejoindre l’AMISOM et relever un contingent sortant.
 
Les troupes ougandaises sont habituellement basées dans les régions de Mogadiscio, de moyen et de bas Shabelle. Et au moins une cinquantaine d’entre eux ont été tués dans des attaques des Shebab à Janaale en septembre 2015.

Le Kenya, cible des Shebab depuis son intervention dans le sud de la Somalie 
Ces opérations interviennent alors que les Shebab multiplient depuis plusieurs mois les attaques contre des localités kenyanes frontalières. Dans la région de Lamu à l’est du pays, plus de vingt policiers et une dizaine de civils ont été tués depuis mai.
 
«La Somalie toute proche subit une guerre sanglante entre les djihadistes et la Mission de l’UA, à laquelle contribue fortement Nairobi. La frontière est si poreuse qu’il ne se passe pas une semaine sans qu’un attentat soit commis, ou qu’une milice n’attaque des villages kenyans», écrit le correspondant de Libération à Nairobi.
 
Cette recrudescence d’attaques intervient avant et au moment des élections générales au Kenya. Un pays que les islamistes somaliens prennent pour cible en raison de son intervention militaire dans le sud du pays, lancée en 2011 aux côtés d’autres contingents d’Afrique de l’Est.
 
Une volonté manifeste d’affaiblir le dispositif africain de défense de la Somalie. L’Union africaine y a déployé quelque 22 000 soldats pour combattre les Shebab et soutenir le gouvernement central appuyé par la communauté internationale.