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Somalie: les shebabs montrent de nouveau leur capacité de nuisance

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 15/10/2017 à 17H50, mis à jour le 16/10/2017 à 10H23

Un attentat au camion piégé fait au moins 140 morts 300 blessés à Mogadiscio.
Un attentat au camion piégé fait au moins 140 morts et 300 blessés à Mogadiscio. © Reuters/ Feisal Omar

C'est l'attaque la plus meurtrière de l'histoire de la Somalie, affirment les autorités. L'explosion d'un camion piégé a fait au moins 300 morts et autant de blessés samedi 14 octobre 2017 dans le centre de Mogadiscio. On disait les shebabs somaliens affaiblis, ils viennent de montrer leur capacité de rebond. 500 000 Somaliens ont été tués dans cette guerre qui dure depuis plus de 20 ans.

«Tous les hôpitaux de Mogadiscio sont remplis des victimes de l'explosion. Ce qui s'est passé est une tragédie sans précédent», a déclaré à l'AFP Abdukadir Haji Aden, directeur du principal service ambulancier de Mogadiscio. Le président somalien a décidé un deuil de trois jours.
 
L'explosion s'est produite devant l'hôtel Safari, un établissement populaire qui n'est d'ordinaire pas fréquenté par des responsables gouvernementaux. Habituellement, les islamistes shebabs ciblent plutôt les hôtels dans lesquels résident les responsables officiels. 

Toute la nuit et dans la journée de dimanche, les secouristes ont fouillé les décombres des immeubles touchés, pour essayer de retrouver de nouveaux corps, et le bilan pourrait encore augmenter. Les shebabs ont juré la perte du fragile gouvernement central somalien, soutenu par la communauté internationale et par les 22.000 hommes de la force de l'Union africaine (Amisom).

Affaiblis mais toujours dangereux 
Les shebabs ont été chassés de Mogadiscio en août 2011 et ont ensuite perdu l'essentiel de leurs bastions. Mais ils restent bien enracinés dans le pays où ils contrôlent toujours de vastes zones rurales. De là, ils mènent des opérations de guérilla et des attentats-suicides, souvent dans la capitale, et contre des bases militaires, somaliennes ou étrangères.
 
L'attentat du 14 octobre a eu lieu deux jours après l'annonce de la démission du ministre de la Défense et du chef de l'armée. Aucune explication officielle n’a été donnée pour éclaircir cette spectaculaire double démission. Certains font le lien avec une série de revers subis par l’armée face aux shebabs depuis début septembre. Les terroristes islamistes ont attaqué des bases militaires à Bulogadud, Beled Hawo, El Wak et Barire, faisant de nombreuses victimes au sein de l’armée.

Les effectifs des shebabs, estimés à 9 000 hommes, se répartissent entre recrutés locaux et combattants islamistes étrangers, venus notamment des pays arabes et du sous-continent indo-pakistanais.

Versant dans tous les trafics (ivoire, drogue, rançons), les shebabs sont aujourd’hui affaiblis, et leur mouvement est divisé en factions rivales mais leur capacité de nuisance est encore forte, comme vient de le montrer ce terrible attentat. Les contestations internes se sont accentuées à mesure de la montée en puissance du groupe Etat islamique. Les combattants de Daech, défaits en Iraq et en Syrie, pourraient rejoindre la Somalie. Un pays stratégique, sur la mer Rouge, et le canal de Suez.