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Somalie: on les disait affaiblis, pourtant, les shebabs ne désarment pas

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 29/02/2016 à 12H31, mis à jour le 14/10/2017 à 17H01

Bâtiment détruit par attaque 26 février 2016 à Mogadiscio
Un civil somalien passe devant un hôtel détruit à la suite d'une attaque des shebabs à Mogadiscio le 26 février 2016. © AFP - MOHAMED ABDIWAHAB

Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées lors de deux attentats à la bombe le 28 février 2016 à Baidoa (sud-ouest). Des attaques d'une extrême violence revendiquées par les shebabs. Alors qu’on les disait affaiblies par la présence de l’Amisom (force de maintien de la paix de l’Union africaine), ces milices islamistes shebabs ont lancé des opérations spectaculaires dans le pays.

«Le chiffre officiel (des deux attaques) est de 30 morts, tous des civils, et 61 autres ont été blessés, dont 15 grièvement», a indiqué à l'AFP le gouverneur de la province de Bay, Abdurashid Abdulahi. De son côté, l’agence Bloomberg fait état d’au moins 40 morts.

Une première voiture piégée a explosé devant un restaurant populaire d'un quartier fréquenté de la capitale régionale, située à environ 200 km au nord-ouest de Mogadiscio, la capitale du pays. Puis un kamikaze s'est fait exploser au milieu des gens qui fuyaient la scène du premier attentat. «L'explosion a eu lieu dans une zone densément peuplée», a expliqué un officier de police. Les explosions, d'une violence extrême, ont détruit les toits des immeubles avoisinants, pulvérisé les voitures alentours, et dispersé des corps, des tables et des chaises dans toute la rue.

C'est la seconde attaque en 48 heures mené par les shebabs. Le 26 février au soir, ils avaient attaqué un hôtel et un jardin public de Mogadiscio, faisant au moins 14 morts.

Opérations de guérilla
Confrontés à la puissance de feu supérieure de l'Amisom (Mission de maintien de la paix, déployée en 2007 par l’Union africaine en Somalie), les shebabs ont été chassés de Mogadiscio en août 2011. Ils ont ensuite perdu l'essentiel de leurs bastions. Comme l’expliquait Géopolis le 26 novembre 2015, le mouvement islamiste est divisé entre partisans d’al-Qaïda et de Daech.

Mais il n’en reste pas moins «nuisible» dans le pays, poursuivait Géopolis. Il contrôle toujours de vastes zones rurales d'où ses commandos mènent des opérations de guérilla et des attentats-suicides, souvent jusque dans la capitale.

Ces derniers mois, les miliciens islamistes ont revendiqué des opérations spectaculaires, tant à Mogadiscio que contre des bases de l'Amisom. Courant janvier, ils ont ainsi entièrement détruit une base du contingent kenyan de l'Amisom à El-Adde, dans le sud de la Somalie, troisième attaque en quelques mois contre des bases de l'Amisom. Des attaques qui leur auraient permis de faire main basse sur de l'armement et des munitions.

L'UE réduit sa participation financière à la force de maintien de la paix
Le 28 févier, les dirigeants des pays contributeurs de l’Amisom (Ouganda, Burundi, Djibouti, Kenya et Ethiopie), se sont réunis en sommet à Djibouti. Objet : discuter de l’annonce par l’Union européenne qu’elle va réduire de 20% sa contribution au financement de la force. L’UE évoque des contraintes financières.

Conséquence : si l’ONU n’intervient pas pour compenser ce que fournissait Bruxelles, l’Union africaine «se verrait obligée de reconsidérer la mission Amisom», ont déclaré les dirigeants des cinq pays réunis à Djibouti. Le président kenyan, Uhuru Kenyatta, s'est dit déçu par la décision européenne. Il a estimé que l'Amisom avait au contraire besoin de plus de soutien international pour en finir avec les shebabs. «Alors que le continent paye par le sang et dans sa chair la facture de la stabilisation de la Somalie, il est décourageant de voir que la communauté internationale envisage de réduire son soutien à l'Amisom», a-t-il déclaré.