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Sommet Africités : 1,2 milliard d'urbains en 2050, le nouveau défi africain

Par Michel Lachkar, envoyé spécial à Johannesburg@GeopolisFTV | Publié le 30/11/2015 à 12H24, mis à jour le 10/12/2015 à 11H20

Bidonville d'Alexandra à Johannesburg Afrique sud
Johannesburg accueille le sommet Africités, réunion des maires et élus locaux du continent africain. © REUTERS/Juda Ngwenya

L’Afrique des villages laisse la place à l’Afrique des villes. On compte 50 villes de plus d'un million d'habitants, contre deux en 1960. Le 7e sommet Africités, qui réunit tous les trois ans les élus locaux du continent, entend mettre les collectivités locales au cœur des institutions africaines. Réunis à Johannesburg, les élus africains veulent refonder le développement en partant du local.

De notre envoyé spécial à Johannesburg

La croissance urbaine en Afrique explose. De 30 millions de citadins en 1960, on est passé à 415 millions aujourd'hui. En 2050, les villes africaines devraient compter 1,2 milliard d’habitants. Embouteillages, bidonvilles, coupures d’eau et d'électricité, pollution de l’air, délinquance... le développement anarchique des villes africaines est en partie la conséquence du manque de pouvoirs et de moyens financiers des collectivités locales. Le budget par habitant et par an pour la ville de Dakar est de 41 euros, 10 euros à Lomé, contre 3600 euros pour Paris. 

Le développement pour être efficace doit être local
Pour construire l'Afrique de demain, rien ne se fera sans les élus locaux et la participation active des populations. C’est en tout cas la conviction des 2000 maires et experts réunis à Johannesburg dans le cadre du sommet Africités, organisé par CGLUA (Cités et gouvernement locaux unies d'Afrique). «Après avoir obtenu des textes favorables à la décentralisation, il nous manque encore les compétences et les finances locales», affirment en chœur les élus africains. 

L’Afrique des Etats héritée de l’époque coloniale a montré ses insuffisances. Depuis les indépendances, les Etats africains ont eu bien du mal à répondre aux besoins de leurs populations. Pire, pour conserver le pouvoir, certains dirigeants n’ont pas hésité à alimenter le clientélisme, financé par la corruption. «Il faut que les citoyens puissent contrôler et sanctionner les élus qui seraient tentés par la corruption», a lancé dimanche à Johannesburg le maire de Dakar. «Prenons-nous en main, faisons-nous confiance et l'on pourra avancer», a précisé khalifa Sall.

La fragilité de nombre de pays africains vient du manque de légitimité de ces Etats qui ont failli en excluant du pouvoir et des richesses une grande partie de la population. Malgré un taux de croissance moyen de 5% observé sur le continent ces dix dernières années, cela ne s’est pas traduit par une nette amélioration des conditions de vie des habitants là où ils vivent.

Démocratie locale et participative
La question de la démocratie locale et de la participation de la population est au cœur de ce 7e sommet Africités qui à ouvert ses travaux le 29 novembre à Johannesburg. Les maires qui sont au plus près des populations et de leurs besoins ont un rôle essentiel à jouer. Cette proximité les oblige notamment à répondre à l’accès aux services de base: eau, santé, logement, sécurité, transport, environnement…

Face aux immenses défis que doit relever le continent, «rien de durable ne se fera sans la participation active des populations», ont affirmé à la tribune les organisateurs d'Africités.

Le maire de Douala (Cameroun) affirme qu'il construit 1000 logements par an alors qu'il en en faudrait cent fois plus. La course de vitesse engagée entre les besoins d'une population en forte croissance et les réponses apportées par les élus, risque d'être rapidement perdue, sans la particpation active de la population.      

La réflexion porte sur le bon partage du pouvoir entre les Etats, les élus locaux et la société civile afin que toutes les forces vives puissent être efficacement mobilisées pour améliorer le quotidien des populations. Ce 7e sommet, qui s’ouvre dans un pays à peine sorti de l’apartheid, se veut le symbole d’une Afrique nouvelle déterminée à compter sur ses propres forces pour prendre la place qui lui revient dans le monde.