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SOS Méditerranée: «Nous ne pouvons pas laisser les gens mourir sans rien faire aux portes de l’Europe»

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 08/01/2017 à 18H16, mis à jour le 28/06/2017 à 15H58

Sauvetage d'un migrant en Méditerranée 3 octobre 2016
Sauvetage d'un migrant en Méditerranée à plusieurs dizaines de kilomètres au nord des côtes libyennes, le 3 octobre 2016. © Photo AFP/Aris Messinis

Le 27 juin 2017, l'ONG SOS Méditerranée s'est vu décerner le prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix remis par l'Unesco, ex-aequo avec l'ex-maire de Lampedusa, «en raison de ce qu’elles font d’extraordinaire en portant secours au migrants et réfugiés». Six mois plus tôt, Sophie Beau, la directrice générale de l’ONG qui a affrété le navire «Aquarius», lançait un appel désespéré.


L’Aquarius est la seule grosse unité à être encore en mer cet hiver. Il entreprend un nouveau voyage de trois semaines pour tenter de sauver des vies. Depuis le début de l’année, 375 personnes ont survécu en Méditerranée grâce à lui.
 
«A la différence des années précédentes, l’hiver n’a pas découragé les traversées. Dès qu’il y a une fenêtre météo, une mer à peine calme, les traversées reprennent», déplore-t-elle. Elle appelle les autorités et les opinions publiques à prendre conscience du drame qui continue à se jouer en Méditerranée centrale.
 
Des centaines de volontaires pour porter secours aux migrants
SOS Méditerranée est une association de citoyens européens qui se mobilisent pour financer le sauvetage des migrants perdus en Méditerranée. Son bateau opère en partenariat avec Médecins sans frontières. A bord de l’Aquarius, des centaines de volontaires en provenance de plusieurs pays.
 
La Française Mathilde Auvillain est de ceux-là. Pour la deuxième fois, elle sera le lundi 9 janvier à bord de ce navire pour aller secourir des migrants en détresse.
 
«Je croyais que je savais ce qui se passait en Méditerranée, Je croyais savoir tout sur cette route migratoire, sur cette traversée périlleuse. Et en fait j’ai découvert que je ne savais rien. J’ai découvert une situation que je ne pouvais même pas imaginer», témoigne Mathilde Auvillain au micro de Radio France Bleu Besançon.
 
«Victimes de viols et de travail forcé»
Comme l’explique la directrice général de SOS Méditerranée, Sophie Beau, la plupart des migrants embarquent des plages libyennes, autour de Tripoli. Ils viennent majoritairement d’Afrique subsaharienne, de la corne de l’Afrique et d’Afrique de l’Ouest. Ils fuient les violences, mais aussi la pauvreté. Certains s’étaient installés en Libye où ils travaillaient depuis quelques années avant de fuir le chaos qui règne dans ce pays.
 
«Les migrants sont enfermés dans des camps et sont victimes de violences répétées, de viols, de travail forcé. On leur demande des rançons pour pouvoir sortir des camps et pour pouvoir ensuite monter sur ces embarcations de la mort. Ils n’ont absolument aucune chance d’arriver vivants sur les côtes italiennes s'ils ne sont pas secourus très rapidement en haute mer», raconte la directrice de SOS Méditerranée à RFI.
 
Et ceux qui ont la chance d’être retrouvés à temps sont souvent entre la vie et la mort.
 
«On vient en aide à des gens qui sont complètement désespérés, qui sont traumatisés. Il arrive aussi de ne pas pouvoir réanimer certaines personnes qui sont en hypothermie. De trouver des corps au fond des embarcations. Il y a beaucoup de moments dramatiques. Mais il y a quand même des moments de joie, comme le 11 décembre dernier, quand un petit garçon est né à bord de l’Aquarium ; sa maman enceinte de neuf mois avait été secourue la veille. Et là, ça nous a conforte dans notre mission, témoigne Mathilde Auvillain qui reprend la mer à bord de l’Aquarium.
 

Des migrants tentent sortir enfant l'eau
Des migrants tentent de sortir un enfant de l'eau en attendant d'être secourus après leur naufrage le 4 Octobre 2016 au nord de la Libye. © Photo AFP/Aris Messinis

Des bateaux de migrants disparus sans laisser de trace
Selon l’Agence européenne de contrôle des frontières (Frontex), plus de 180.000 migrants sont arrivés en 2016 sur les côtes italiennes, un record par rapport aux années précédentes. En revanche, il est impossible de savoir combien de bateaux ont disparu en mer avec leurs occupants sans laisser de trace.
 
«Un exemple très précis. Sur une des dernières opérations de sauvetage que nous avons faites, on a reçu un appel de détresse des autorités italiennes, donc nous sommes allés le plus vite possible vers cette zone située à 9 heures de navigation de là où nous étions. Quand nous sommes arrivés nous avons pu porter secours à une embarcation, mais un rescapé nous a indiqué qu’il y avait au total six bateaux. Deux autres embarcations ont été secourues par des bateaux qui passaient dans la zone. Et donc il reste au moins trois bateaux qui n’ont pas été retrouvés et dont on ne sait absolument pas ce que sont devenues les personnes qui étaient à bord. On ne comptabilise pas les personnes qui sont disparues sans laisser de traces.»
 
«Même les petits dons peuvent sauver des vies»
SOS Méditerranée se finance à 99% avec des dons privés. L’ONG vient de lancer un appel aux dons sur son site internet y compris de la part des pouvoirs publics nationaux et européens.
 
«Même le plus petit don est utile. Dix euros peuvent suffire pour acheter par exemple quelques gilets de sauvetage qui sont essentiels dans nos opérations de sauvetage et qui peuvent sauver des vies», suggère Mathilde Auvillain sur France Bleu Besançon.
 
SOS Méditerranée rappelle que l’année 2016 a été l’une des plus meurtrières en Méditerranée pour les migrants, avec plus de 5.000 morts et disparus. «Nous ne pouvons pas laisser les gens mourir sans rien faire aux portes de l’Europe», lance Sophie Beau, la directrice-générale de l’association.