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Soudan du Sud,  Afrique

Soudan du Sud: des milliers d’enfants toujours enrôlés par les groupes armés

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 18/02/2018 à 16H45, mis à jour le 18/02/2018 à 19H00

Enfants soldats libérés par groupes armés sud-soudanais 7 février 2018
Enfants soldats libérés par les groupes armés sud-soudanais le 7 février 2018 à Yambio (ouest). © REUTERS/Denis Dumo

Le 7 février 2018, la mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss) annonçait la libération de 311 enfants-soldats dans le sud de ce pays ravagé par une guerre civile depuis décembre 2013. Pour autant, les recrutements de ces enfants se poursuivent. Près de 20.000 d’entre eux seraient toujours embrigadés par toutes les parties au conflit.

La libération de ces 311 enfants est la première phase d'un programme qui doit au total permettre la démobilisation de 700 enfants-soldats dans la région de Yambio (sud du pays). En tout, la Minuss aurait obtenu la libération de 2000 de ces petits combattants, dont 10% auraient moins de 13 ans, rapporte la chaîne américaine ABC. Les négociations se poursuivent dans d'autres régions, notamment dans l'est et le nord du pays. Pour arriver à ses fins, la mission de l’ONU collabore avec l'Unicef, des chefs religieux locaux et les autorités locales.

L’un des groupes combattants, le South Sudan Liberation Movement (SSLM), a affirmé qu’«au départ, les enfants n’étaient pas obligés» de rejoindre ses rangs. Mais l’évolution du conflit les a «forcés à rester avec nous», a-t-il ajouté.

30% des enfants libérés le 7 février sont des filles «qui ont probablement enduré des souffrances, dont des abus sexuels», a précisé la Minuss dans un communiqué.  

«Ils m'ont dit de l'abattre»
Un des enfants libérés a raconté à ABC qu’il avait été enlevé à l’âge de 10 ans. Sa mère avait réussi à localiser l’endroit où il était détenu et s’y était rendue pour demander aux chefs du groupe kidnappeur de le laisser partir. «Ils m’ont dit de l’abattre ou que sinon, ils me tueraient. Je n’avais pas le choix, j’ai juste demandé à Dieu de me pardonner», explique l’enfant. Mais l’arme s’est enrayée et la mère a réussi à s’enfuir…

Vidéo d'Al Jazeera mise en ligne le 12 février 2018.

Selon des témoignages recueillis par HRW, «de nombreux garçons ont déclaré que des soldats les avaient enlevés dans leurs maisons ou dans la rue. Ils ont ensuite été détenus, parfois attachés, pendant des jours ou des semaines dans des containers surpeuplés». Plusieurs de ces jeunes ont décrit des entraînements dans des conditions très difficiles et émaillés de châtiments corporels.

«Nous n’avions pas de nourriture en quantité suffisante. Nous devions courir, sauter avec des fusils en bois. Si nous refusions, ils nous punissaient en nous laissant debout en plein soleil», a ainsi raconté Makuach, 17 ans, recruté en 2016, toujours cité par HRW. 

Recrutements : toujours et encore…
Leur libération ne signifie donc pas la fin de leurs souffrances. Nombre d’entre eux «n’ont aucune idée de l’endroit où se trouvent leurs familles», rapporte Al Jazeera. Comme l’a souligné l’Unicef à la chaîne qatarie, «le plus grand défi, désormais, c’est leur réintégration dans la société. C’est un processus qui prend du temps. Il faut un délai de deux ou trois ans pour que chaque enfant rentre chez soi et se réinstalle» dans son ancienne vie.

Dans le même temps, «les forces armées du Sud Soudan et les groupes d’opposition armés continuent à recruter des enfants soldats et les forcent à se battre», fait savoir Human Rights Watch.   Selon un rapport de l’UNICEF, diffusé en décembre 2017, «quelque 19.000 ont été recrutés» par les groupes armés. «Plus de 2300 ont été tués ou ont été mutilés», rapporte la même source.

Deux ans après sa partition avec le Soudan, le Soudan du Sud s'est enfoncé en décembre 2013 dans une guerre civile marquée par des atrocités à caractère ethnique. Une guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts, près de quatre millions de déplacés et provoqué une crise humanitaire de grande ampleur.