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Soudan du Sud: l'incontournable Riek Machar de retour à Juba

Par Falila Gbadamassi avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 17/04/2016 à 18H40, mis à jour le 18/04/2016 à 14H52

Le chef rebelle sud-soudanais Riek Machar 31 août 2015
Le chef rebelle sud-soudanais Riek Machar, le 31 août 2015, lors d'un entretien à Addis-Abeba, en Ethiopie.  © ZACHARIAS ABUBEKER / AFP

Riek Machar, à la tête de la rébellion sud-soudanaise, a réintégré son poste de vice-président dans le cadre d'un accord de paix pour mettre fin à la sanglante guerre civile qui endeuille le jeune Etat du Soudan du Sud depuis décembre 2013. En dépit de ses volte-face, il reste une figure majeure de la scène politique de son pays.


Le chef des rebelles Riek Machar est censé faire son retour le lundi 18 avril 2016 à Juba, la capitale sud-soudanaise, où il n'a plus mis les pieds depuis le début de la guerre civile en décembre 2013. Il doit y former un gouvernement de transition avec le président Salva Kiir dans le cadre de l'accord de paix conclu le 26 août 2015.

La girouette de Juba
Ce dernier prévoit un cessez-le-feu et un mécanisme de partage du pouvoir pour mettre fin à plus de deux ans d'une guerre civile dévastatrice. Elle a fait des dizaines de milliers de morts et plus de 2,3 millions de déplacés. Comme prévu par l'accord, 1.370 soldats et policiers rebelles sont rentrés à Juba pour garantir la sécurité de Riek Machar. 

Il a été nommé vice-président du Soudan du Sud le 12 février 2016, un poste qu'il occupait avant le déclenchement du conflit. Exilé au Kenya et en Ethiopie, Riek Machar a salué sa nomination comme «un pas en avant» dans l'application de l'accord de paix.

Le retour du leader sud-soudanais offre le premier réel espoir de règlement du conflit. Le sort du très jeune Etat sud-soudanais repose, en partie, entre les mains d'un homme qui sème le trouble depuis des decennies dans les rangs de l'élite politique sud-soudanaise. Riek Machar est très controversé dans son pays où ses retournements d'alliances lui valent la méfiance de ses compatriotes. 

Né en 1953 dans l'Etat pétrolier d'Unité, il est Nuer. Ce groupe ethnique est le deuxième plus important, après les Dinka (majoritaires), au Soudan du Sud. Son diplôme d'ingénieur obtenu à Khartoum en poche, Riek Machar Teny décroche un doctorat en philosophie et en planification stratégique dans une université britannique.

Rebelle un jour, rebelle toujours
Alors qu'éclate la Seconde guerre civile soudanaise, il rejoint en 1984, suivi par de nombreux Nuer, la rébellion de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) jusque là essentiellement constituée de Dinka. John Garang, leader historique et charismatique du mouvement de libération sud-soudanais, lui confie la direction de sa représentation à Addis-Abeba, en Ethiopie. 

Après avoir reçu un entraînement militaire, il devient commandant dans la région du Haut-Nil (Western Upper Nile) en 1985. Il évolue très vite dans la hiérarchie avant de rentrer en conflit avec John Garang. Il s'oppose au chef du SPLA et à ses proches, dont Salva Kiir, sur la conduite du mouvement de libération et finit par tenter un putsch en 1991.

La rébellion se fracture le long de lignes ethniques. Riek Machar est alors accusé d'avoir ordonné le massacre par ses troupes de milliers de Dinka à Bor (capitale de l'Etat de Jonglei, située à 200 km au nord de Juba) cette année-là. Il crée un groupe rival qui s'allie à Khartoum. Ses troupes servent alors de supplétifs contre la SPLA. Pour Salva Kiir, rapporte la BBC, Riek Machar est «un prophète de malheur», référence au fait qu’il ait remis en cause le leadership de John Garang.   

Mais Riek Machar va lâcher aussi le président soudanais Omar el-Béchir et se réconcilier en 2002 avec le chef du SPLA qui le soupçonnera néanmoins d'avoir encore le soutien de Khartoum. Ce que Riek Machar a toujours nié. 

Après la signature de l'accord de paix, qui mettra fin à la guerre civile qui oppose Kharthoum à la région du Sud-Soudan, et la disparition John Garang dans le crash d'un hélicoptère, Salva Kiir qui succède au leader du SPLA nomme Riek Machar vice-président de la région semi-autonome du Sud-Soudan en 2005. En juillet 2011, il est reconduit à son poste au sein du Soudan du Sud indépendant.

Riek Machar tente alors de se refaire une réputation, ternie lors de la guerre civile, notamment en menant des négociations, finalement infructueuses, pour persuader le chef de la cruelle rébellion ougandaise de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), Joseph Kony, de déposer les armes.

Riek Machar Salva Kiir à droite avril 2013
Riek Machar et Salva Kiir (à droite), alors vice-président et président du Soudan du Sud, sur le seuil du palais présidentiel à Juba, la capitale du pays, en avril 2013.  © NEWSCOM/SIPA

Guerre fratricide
Le 23 juillet 2013, Salva Kiir met fin à deux ans de cohabitation en limogeant Riek Machar et l'ensemble de son gouvernement. Le president reproche notamment à son vice-president d'avoir fomenté un coup d'Etat. Ce que dément Riek Machar. Il dénonce par ailleurs l'attitude «dictatoriale» du chef de l'Etat, étalant pour la première fois au grand jour les graves dissensions au sein du régime.

Des combats finissent par éclater au sein de l'armée nationale, minée par des tensions politico-ethniques alimentées par la rivalité au sommet du pouvoir entre Kiir et Machar.

Les frères ennemis peinent à faire taire leur inimitié pour donner la possibilité au plus jeune Etat africain de faire face aux multiples défis économiques et sociaux qui sont les siens.

Malgré la signature de l'accord de paix, les affrontements n'ont jamais cessé. Les combats, qui se sont étendus ces derniers mois à des régions jusque-là assez épargnées, opposent aussi à présent de nombreux groupes armés aux intérêts souvent locaux.