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Soudan du Sud: la guerre plus que la sécheresse condamne le pays à la famine

Par Dominique Cettour Rose@GeopolisAfrique | Publié le 06/03/2017 à 11H34, mis à jour le 06/03/2017 à 16H03

Une mère son enfant 17 février 2017 à Juba Soudan sud.
Un enfant sud-soudanais soigné, le 17 février 2017, dans un centre de la Protection des civils (PoC) de l'ONU à Juba, au Soudan du Sud. © © UNICEF/Gonzalez Farran

Les Nations Unies ont récemment déclaré l'état de famine au Soudan du Sud. Dans la région pétrolière d'Unité, plus de 100.000 personnes sont touchées par ce fléau, selon les critères établis par les agences humanitaires. Une situation inédite dans le monde depuis six ans.


Quand la famine est déclarée, il est déjà souvent trop tard. «Cela veut dire que des hommes et des femmes ont déjà commencé à mourir de faim», rappelle Serge Tissot, représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans Libération. Si le nombre des Sud-Soudanais déjà touchés s'élève à 100.000, ils seront un million dans les prochains mois, préviennent les ONG onusiennes, le Fonds pour l'enfance (Unicef), le Fonds pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM).

Précédée par les phases «urgence» et «crise alimentaire», la «famine» représente le niveau le plus élevé de l’échelle IPC (cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire) des Nations Unies, en vigueur depuis 2007.

Une famine «causée par l'homme»
L’ONU considère que l'origine de la famine au Sud-Soudan n’est pas climatique, mais «causée par l'homme». Le plus jeune Etat d'Afrique, qui a obtenu son indépendance du Soudan en 2011, a sombré dans la guerre civile en 2013 quelques mois après la décision du président Salva Kiir, de l'ethnie des Dinkas, de limoger son adjoint Riek Machar, de l'ethnie Nuer. Bilan: des dizaines de milliers de morts et plus de 3 millions de déplacés, malgré le déploiement de 12.000 casques bleus. 

Ces trois années de lutte fratricide ont fait chuter la production agricole, provoqué la destruction des stocks et forcé les gens à fuir les combats. L'aide humanitaire ayant été bloquée par les deux camps rivaux, les habitants ont dû quitter leurs foyers pour se mettre à l'abri dans les marécages. Menacés par le choléra, ils boivent l'eau des rivières et des mares et en sont réduits à se nourrir de racines de nénuphars flottant sur le Nil, de noix de coco ou de poisson. Quand elles n'ont pas mangé depuis plusieurs jours, des familles marchent des heures pour tenter d'atteindre des points de distribution d'aide humanitaire traversant des zones contrôlées par des groupes armés.

«Le plus gros problème, c'est l'insécurité dans certaines de ces zones», explique George Fominyen, un représentant du PAM. C'est la première fois depuis un an que des rations de sorgho ont pu être distribuées à Thonyor, dans le comté de Leer (province d'Unité, Nord). Le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, a promis récemment qu'un «accès sans restriction» serait accordé aux humanitaires. Quant au président soudanais Omar el-Béchir, il a ordonné que soit facilitée la distribution d'aide internationale à son voisin du Sud.

Somalie, Biafra, Ethiopie
Si le Soudan du Sud est pour l'instant le seul pays déclaré en famine, l'ONU a prévenu que le risque de famine menace aussi le Nigeria, la Somalie et le Yémen et pourrait faire 20 millions morts dans les six mois.

Ces dernières décennies, l'Afrique a connu plusieurs famines. La précédente remonte à 2011 en Somalie, avec un bilan s'élevant à environ 260.000 morts. Celle qui a touché le Biafra (Nigeria) dans les années 1970 avait déclenché un élan humanitaire international. L'Ethiopie avait à son tour traversé un épisode de famine entre 1983 et 1985 suscitant à l'époque une émotion planétaire. Ce pays d'Afrique de l'Est est à nouveau menacé par la famine en raison de la sécheresse.