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Politique,  Soudan du Sud

Soudan du Sud: «le seul moyen pour les femmes d’être en sécurité, c’est d’être mortes»

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 04/07/2017 à 17H35, mis à jour le 11/07/2017 à 15H36

Une Sud-Soudanaise son bébé dans camp réfugié en Ouganda
Une Sud-Soudanaise et son bébé ont trouvé refuge dans le camp de Bidi Bidi en Ouganda, le 7 décembre 2016. Près d'un million de Sud-Soudanais ont traversé la frontière de l'Ouganda pour échapper aux violences. © Photo Reuters/James Akena

Le rapport que vient de publier Amnesty International sur le Soudan du Sud donne froid dans le dos. Il décrit une situation chaotique dans laquelle ce pays s’enfonce depuis 2013. Les femmes et les filles sont particulièrement visées par les hommes en armes. Là-bas, la nourriture est devenue une arme de guerre, dénonce Amnesty International.


Le pays compte plus d’un million de personnes déplacées de force dans le sud frontalier avec l’Ouganda. Des civils sont abattus, tués à coups de machettes et brûlés vifs chez eux, peut-on lire dans ce rapport. Des femmes et des jeunes filles sont enlevées pour subir des viols collectifs, témoignent les victimes rencontrées par les chercheurs d’Amnesty International dans la région d’Equatoria.
 
«Le seul moyen pour les femmes et les filles d’être en sécurité, c’est d’être mortes. Tant que nous sommes en vie, pas moyens d’être à l’abri. C’est la terrible situation que nous vivons», raconte Mary, âgée de 23 ans et mère de cinq enfants.
 
Sofia, 29 ans, a déclaré que des membres des forces de l’opposition l’ont enlevée deux fois. Ils l’ont retenue captive avec d’autres femmes pendant environ un mois la première fois et une semaine la deuxième fois. Elle a été violée à maintes reprises.

Une fillette sud-soudanaise réfugiée dans camp Bidi Bidi en Ouganda
Une fillette sud-soudanaise dans le camp de Bidi Bidi, dans le nord de l'Ouganda le 7 décembre 2016. Près d'un million de personnes ont passé la frontière de l'Ouganda pour échapper aux violences qui se poursuivent au Soudan du Sud. © Photo Reuters/Jamais Akena

Des représailles sanglantes contre la population civile
Là-bas, les forces du gouvernement et celles de l’opposition détruisent tout sur leur passage. Des civils soupçonnés de soutenir l’opposition subissent les représailles des forces gouvernementales. Ceux qui sont accusés d’être des partisans du gouvernement sont éliminés par les combattants de l’opposition, révèle le rapport d'Amnesty International.
 
Les atrocités se sont intensifiées à la mi-2016, lorsque les forces belligérantes ont déferlé sur Yei, une ville stratégique de 300.000 habitants située à 150 kilomètres au sud-ouest de la capitale Juba, sur une grande route du commerce vers l’Ouganda et la RDC. Près d’un million de personnes ont trouvé refuge en Ouganda.
 
«Des maisons, des écoles, des centres médicaux et des locaux d’organisations humanitaires sont pillés, saccagés et entièrement brûlés. La nourriture est devenue une arme de guerre.»
 
La nourriture se fait de plus en plus rare
L’accès des civils aux denrées alimentaires est devenu problématique. Les belligérants empêchent l’approvisionnement vers certains secteurs, indique le rapport d’Amnesty International.
 
«Les forces gouvernementales et celles de l’opposition pillent systématiquement les marchés et les maisons et prennent pour cibles les civils qui transportent des quantités de nourriture, même infimes, de l’autre côté du front. Chaque camp accuse les civils de nourrir ou d’être nourris par l’ennemi», ont constaté les chercheurs d’Amnesty International.
 
Dans la ville de Yei, vidée de la majorité de ses habitants, les civils qui restent sont quasiment en état de siège. Ils sont confrontés à une grave pénurie alimentaire qui a atteint des niveaux sans précédent, selon l’ONU.
 
Des femmes déplacées par guerre à Juba capitale Soudan Sud

Des femmes font la queue pour recevoir de la nourriture dans un camp protégé par les Casques bleus à Juba, capitale du Soudan du Sud, le 25 juillet 2016. © Photo Reuters/Adriane Ohanesian


Rien ne semble pouvoir arrêter ce conflit fratricide déclenché en 2013, lorsque les combats ont éclaté entre les membres de l’Armée populaire de libération du Soudan, fidèles au président Salva Kiir, et les forces fidèles au vice-président de l’époque, Riek Machar.
 
Les troupes de l’ONU assistent impuissantes au carnage
Toutes les tentatives de réconciliation entre les deux frères ennemis qui se disputent le pouvoir ont échoué. L’ancien vice-président s’est replié avec ses hommes dans le sud du pays devenu le théâtre d’homicides de civils, de pillages et de détentions arbitraires. Les Casques bleus de l’ONU déployés dans le pays assistent, impuissants, à cette descente aux enfers.
 
Amnesty International demande aux parties au conflit de contrôler leurs troupes et de cesser de s’en prendre aux civils. Il appelle les soldats de la paix de l’ONU à «s’acquitter de leur mandat qui consiste à protéger les civils».