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Soudan : un doyen d’université bat ses étudiantes qui protestent sur le campus

Par Eléonore Abou Ez (avec afp)@GeopolisAfrique | Publié le 12/01/2018 à 12H19, mis à jour le 12/01/2018 à 12H19

Des étudiantes dans université Khartoum en 2015.
Des étudiantes dans une université de Khartoum en mai 2015. © Mohamed Nureldin Abdallah/ Reuters

Lors d’une mobilisation contre la hausse des prix du pain le 10 janvier 2018, des étudiantes d’une université de Khartoum ont été frappées par le doyen de l'établissement. Les images qui circulent sur les réseaux sociaux suscitent une vive émotion.


L’affaire aurait pu passer sous silence si des étudiantes n’avaient pas filmé les scènes avec leur téléphone portable. Sur les images, on voit un homme à bout de nerfs qui s’en prend physiquement aux jeunes filles qui l’entourent. On apprend qu’il s’agit du doyen de l’université réputée d’Al Ahfad.
Qassem Badri gronde, gifle, frappe à tout va.

Vidéo mise en ligne sur YouTube par Omar Ahmed le10 janvier 2018. 

Que s’est-il passé ?
Dans cette université pour femmes, les étudiantes s’étaient mobilisées pour contester les prix élevés de produits alimentaires vendus à la cafétéria. La colère est vite montée lorsqu’elles ont été empêchées de sortir du campus pour manifester dans la rue contre la flambée des prix du pain. Le face-à-face avec le doyen a vite dégénéré, comme le montre les images devenues virales sur les réseaux sociaux.
 



Les images qui choquent
Alors que certains médias arabes (comme Al Jazira) tentaient de circonscrire l’affaire en parlant d’images datant de 2013, des voix soudanaises se sont élevées pour réclamer des explications. «Qassem Badri doit s'excuser lors d'une conférence de presse et expliquer ce qui s'est exactement passé», a écrit la militante des droits des femmes Amal Habbani sur sa page Facebook. Elle défend la publication des images qui font «prendre conscience des violences faites aux femmes».

Un défenseur des droits de la femme
Qassem Badri est issu d'une famille réputée, notamment pour avoir été parmi les premiers à lutter en faveur de l'éducation des femmes au Soudan,comme le fait remarquer l’AFP. On apprend que sa famille a fondé la première école privée pour filles, il y a plusieurs décennies, avant de lancer l'Université Al Ahfad, très respectée au Soudan et à l'étranger.
 
«Il essayait de les calmer»
Pour les proches du doyen de l’université, les images partagées sur les réseaux sociaux ne montrent pas toute l’histoire. «Il essayait de les calmer quand une d'elles, qui tenait une pierre dans sa main, lui a donné un coup de pied (…). C'était cette étudiante qu'il a frappée. Il s'est par la suite excusé auprès d'elle et lui a même baisé le front, mais la vidéo ne le montre pas», affirme Balkis Badri, professeure à l’université. 

Une élève de l'université a pour sa part posté une vidéo pour défendre le doyen et dénoncé le comportement de certaines étudiantes qui menaçaient de mettre le feu sur le campus. 

«Une affaire interne» à l'université
Pour de nombreux Soudanais de l'université Al Ahfad, il s'agit d'une «affaire interne». Un mot dièse en arabe #BabaQassem ou Papa Kassem a même circulé sur Twitter pour défendre le professeur et doyen de l'université qui aurait agit comme un père. 

«Un père qui jette sa fille sur le sol, puis la pourchasse pour la frapper brutalement, puis lui tire les cheveux (...). Quel est ce père qui insulte, gifle, donne des coups de pieds à sa fille majeure? (...) Je suis triste pour mon pays, pour cette nouvelle génération. La voilà humilée, résignée et justifiant l'injustifiable», écrit une Soudanaise sur sa page Facebook.