Eclairage

Sri Lanka,  Asie-Pacifique

Sri Lanka : enquête sur les crimes de guerre reportée, réconciliation en panne

Par Géopolis (avec agences)@GeopolisFTV | Publié le 13/03/2017 à 16H52, mis à jour le 13/03/2017 à 16H52

Sri Lanka
Le pays essaie de se reconstruire après 37 ans de conflit © JOE KLAMAR / AFP

Le Sri Lanka demande à l'ONU deux années supplémentaires pour enquêter sur les crimes de guerre. Environ 40.000 civils tamouls auraient été tués par les forces gouvernementales dans les derniers mois de la guerre qui s’est achevée en mai 2009.

Les espoirs étaient immenses au lendemain de la victoire de Maithripala Sirisena à la présidentielle du 9 janvier 2015. Deux ans plus tard, la réconciliation est en panne et l'enquête tant promise sur les crimes de guerre piétine. Le Sri Lanka vient de demander aux instances onusiennes un délai supplémentaire, alimentant les préoccupations internationales sur la «lenteur inquiétante» du processus.
 
Le Sri Lanka a été déchiré, pendant 37 ans, par de violents combats entre la minorité tamoule et la majorité cinghalaise. Le conflit s'est achevé en mai 2009 par la victoire finale de Colombo, au prix d'un gigantesque bain de sang. Environ 40.000 civils tamouls auraient été tués par les forces gouvernementales dans les derniers mois de la guerre. En octobre 2015, une résolution du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies donnait 18 mois au gouvernement de Maithripala Sirisena, pour mener une enquête crédible sur les exactions.  
 
Membre de la communauté cinghalaise, l’actuel président avait reçu le soutien de Tamouls en promettant de rendre justice pour les abus commis par l'armée, majoritairement composée de Cinghalais. Une fois élu, Maithripala Sirisena a changé de discours. Il a laissé passer le délai fixé par l'ONU pour mener des enquêtes crédibles sur les exactions, déclaré qu'il ne laisserait jamais ses soldats être poursuivis en justice et rejeté un nouvel appel des Nations unies à un tribunal spécial incorporant des magistrats étrangers.

 
«Je ne vais pas permettre que des organisations (internationales) disent comment gérer mon gouvernement», a-t-il déclaré au lendemain d'un rapport de l'ONU s'alarmant de «l'inquiétante lenteur» du processus de réconciliation. Elu député dans la région tamoule de Jaffna (nord), ravagée par les combats, Eswarapatham Saravanapavan se fait le porte-voix de la désillusion de sa communauté vis-à-vis du président: «Nous avons placé trop de confiance en lui. Nous ne demandions pas des aumônes. Nous ne voulions que la justice».
 
Pour les experts, le président doit jongler entre les pressions de la puissante armée, qui s'oppose à tout procès, et les attentes de la coalition qui l'a porté au pouvoir. «Les contraintes politiques auxquelles Sirisena fait face de la part de la populaire armée sont considérables, et beaucoup de Cinghalais ne veulent pas entendre parler de la participation de juges étrangers», observe Alan Keenan, de l'International Crisis Group.