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Syrie: Bachar al-Assad rappelé à l’ordre par la Russie

Par Alain Chemali@GeopolisFTV | Publié le 19/02/2016 à 16H39, mis à jour le 19/02/2016 à 17H03

Banderole à l'effigie d'Assad Poutine brandie à Homs
Des étudiants de l'université al-Bath de Homs brandissent une banderole aux effigies de Vladimir Poutine et Bachar al-Assad, le 18 novembre 2015, en soutien à l'intervention de la Russie en Syrie. © Dmitriy Vinogradov/RIA Novosti/AFP

A deux jours de l’entrée en vigueur d’une «cessation des hostilités» en Syrie, décidée à Munich et prévue pour la fin de la semaine par les chefs de la diplomatie américaine et russe, Moscou a tancé le président syrien. L’ambassadeur russe aux Nations Unies a prévenu Bachar al-Assad que son projet de reconquête de tout le pays nuisait aux efforts diplomatiques russes en vue d’un cessez-le-feu


Pour la première fois depuis que la Russie intervient directement sur le terrain en Syrie pour sauver la mise au pouvoir en place, une petite phrase surprenante de l’ambassadeur russe aux Nations Unies est venue lui demander de revoir ses ambitions à la baisse.

Les projets d'Assad en dissonance avec les efforts diplomatiques russes 
Dans une interview au quotidien moscovite Kommersant, Vitali Tchourkine a prévenu Bachar al-Assad que ses projets de reconquête de la totalité du territoire syrien étaient «en dissonance avec les efforts diplomatiques entrepris par la Russie» pour parvenir à un cessez-le-feu.
 
«Si les autorités syriennes acceptent le rôle directeur de la Russie dans la résolution de cette crise, elles auront alors une chance d’en sortir dignement, a-t-il dit, si elles s’éloignent de ce chemin, cela peut aboutir à une situation très difficile, y compris pour elle-même», a encore précisé le diplomate russe.
 
Une manière pour Moscou de souligner son attachement à l’accord passé à Munich entre John Kerry et Sergueï Lavrov, dans la nuit du 11 au 12 février, prévoyant «une cessation des hostilités dans une semaine» en prélude à une reprise des pourparlers de Genève pour une solution du conflit.
 
Le jour même, Bachar al-Assad accordait un entretien à l’Agence France Presse dans lequel il affirmait que la reconquête de tout le territoire syrien «est un but que nous œuvrerons à atteindre sans hésitation», mais que cela prendrait du temps.

Obama et Poutine d'accord pour une cessation des hostilités 
Des déclarations suivies quelques heures plus tard, le 13 février, d’un entretien téléphonique, entre Barack Obama et Vladimir Poutine. Le président américain y demandait à son homologue russe de jouer «un rôle constructif en cessant sa campagne aérienne contre les forces de l’opposition modérée en Syrie».
 
Selon la Maison Blanche, les deux hommes ont également «insisté sur l’importance de mettre en œuvre rapidement un accès humanitaire aux zones assiégées et d’amorcer une cessation des hostilités sur l’ensemble du territoire».
 
Même si les bombardements de l’aviation russe se poursuivent dans le cadre de la stratégie de sauvetage du régime, il semble bien que les échanges aient repris entre Washington et Moscou sur le dossier syrien.
 
Le Pentagone qui a demandé à la Russie de se tenir à l’écart des zones du Nord de la Syrie, où ses forces spéciales entraînent des membres de l’opposition au combat contre Daech, a même transmis des informations sur la localisation «générale» de ses instructeurs, sans préciser les secteurs, pour assurer leur sécurité.

Un avertissement à qui chercherait à nuire la stratégie du Kremlin 
Le rappel à l’ordre de Bachar al-Assad par Moscou intervient une semaine après les déclarations intempestives du président syrien à l’AFP. Une semaine chargée en bombardements et progression de l’armée syrienne sur le terrain, hypothéquant pour le moment la reprise des pourparlers de Genève initialement prévus pour le 25 février.
 
Il résonne toutefois autant comme un écho du dernier échange téléphonique avec le président américain, que comme un avertissement à qui chercherait à nuire à la stratégie du Kremlin.

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