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Syrie: l’Iran perd du terrain diplomatique face à la Russie à Astana

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 25/01/2017 à 17H21

Pourparlers d'Astana sur Syrie
Les représentants du régime syrien et de la rébellion posent ensemble pour la première fois, et seulement pour l'ouverture des pourparlers au Kazakhstan, à l'hôtel Rixos d'Astana, le 23 janvier 2017. © Kirill KUDRYAVTSEV/AFP

A défaut d’obtenir un accord entre le régime syrien et les rebelles, les 3 parrains des pourparlers d’Astana ont passé un accord entre eux. La Russie, la Turquie et l’Iran sont convenus de la création d’un mécanisme de mise en œuvre et de surveillance du cessez-le-feu en Syrie. Un arrangement encore virtuel censé ouvrir la voie à la reprise des négociations de paix sous l’égide de l’ONU à Genève.


Les deux jours de pourparlers sur la Syrie dans la capitale kazakhe ont accouché d’une formule destinée plus à éviter l’humiliation d’un échec à Moscou qu’à avancer dans le règlement du conflit.
 
La troïka Russie, Turquie et Iran, n’a pas réussi à nouer un dialogue direct entre les représentants du régime de Bachar al-Assad et les chefs militaires de la rébellion sur le terrain. Elle a toutefois annoncé «la mise en place d’un mécanisme pour surveiller et s’assurer de la complète mise en œuvre du cessez-le-feu et éviter toute provocation» en Syrie.

Moscou a préparé un projet de constitution syrienne
Même si les deux parties syriennes, régime et opposition armée, n’ont pas signé «la déclaration générale» de clôture, le chef de la délégation russe, Alexandre Lavrentiev s’est félicité de «ces négociations positives.» «Malgré beaucoup de temps passé à nous mettre d’accord sur le communiqué, a déclaré l’envoyé spécial de Vladimir Poutine pour la Syrie, nous avons réussi à donner naissance au processus d’Astana.»
 
Dans la foulée, Alexandre Lavrentiev a révélé que la Russie avait donné «pour étude à l’opposition armée un projet de constitution syrienne préparé par les spécialistes russes, afin d’accélérer le processus.»
 
Obligé de la diplomatie moscovite, le chef de la délégation du régime n’a pu que faire écho. Bachar Jaafari, ambassadeur syrien à l’ONU, a estimé que «la rencontre d’Astana a réussi à atteindre l’objectif de consolider le cessez-le-feu pour une période donnée, montrant le chemin vers un dialogue entre syriens.»
 
Représentée par une douzaine de responsables militaires sur le terrain, l'opposition a fait savoir qu'elle était d'accord pour que la Russie soit un des garants de la trêve actuelle, mais pas l'Iran dont les forces combattent aux côtés des forces d'Assad.

Téhéran cède aux desiderata de Moscou 
C’est surtout l’Iran, principal soutien militaire de Bachar al-Assad au sol, qui ne sort pas grandi de la réunion d’Astana. Moscou a imposé à Téhéran la présence des Etats-Unis aux négociations, représentés par leur ambassadeur au Kazakhstan. Les pourparlers ont été menés de manière indirecte, par le truchement des délégués russes et turcs mais pas iraniens.
 
Favorable au maintien de la pression militaire, dans la continuité de la victoire de ses forces à Alep, la République Islamique a perdu du terrain diplomatique auprès de Moscou au profit de l’opposition.
 
Le chef de la délégation des insurgés, Mohamed Allouche, qui a transmis à Alexandre Lavrentiev une proposition de cessez-le-feu général, estime en effet que les Russes «se heurtent aux obstacles dressés par les forces du Hezbollah, par l’Iran et par le régime syrien», ajoutant que les insurgés n’accepteraient jamais que l’Iran ait son mot à dire dans l’avenir de la Syrie.

La rébellion armée admise aux prochains pourparlers de Genève 
Ultime déconvenue pour la stratégie iranienne, la rébellion armée a reçu le feu vert de la Troïka pour participer aux prochains pourparlers de paix sous l’égide de l’ONU, le 8 février 2017 à Genève.
 
Selon le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, des représentants de l’opposition vont même être reçus à Moscou «pour partager les impressions sur les discussions d’Astana» et confirmer «l’immense pas en avant» qu’elles ont constitué.
 
La grande question de l’après-Astana est de savoir si Damas et Téhéran vont poursuivre sur la voie de la reconquête de la totalité du territoire syrien comme ils en ont l'intention, auquel cas la trêve ne sera plus qu'un souvenir.