Le point sur...

Syrie,  Moyen-Orient,  Russie,  Turquie

Syrie: la bataille pour l'eau à Wadi Barada menace de pulvériser la trêve

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 05/01/2017 à 11H09, mis à jour le 05/01/2017 à 11H28

Le fleuve Barada qui arrose Damas en Syrie
Un pont sur le Barada, le fleuve qui arrose Damas, photographié le 3 janvier 2017. © LOUAI BESHARA/AFP

En dépit d’un cessez-le-feu plus que fragile, bombardements et combats font rage entre les forces du régime et la rébellion dans la région de Wadi Barada, près de Damas. L’enjeu de la bataille est l’eau car c’est là que se trouvent les principales sources d’approvisionnement des quatre millions d’habitants de Damas. Les deux camps s’accusent mutuellement d’avoir détruit des installations vitales.

 
La région de Wadi Barada, à quinze kilomètres seulement au nord-ouest de Damas est, depuis deux semaines, le théâtre d’une offensive sans précédent des forces de Bachar al-Assad, appuyées par la milice chiite libanaise pro-iranienne du Hezbollah.
 
Une opération à objectif double: déloger les rebelles qui s’y trouvent et surtout reprendre le contrôle d’une zone stratégique où se trouvent les principales sources d’approvisionnement en eau de la capitale syrienne et ses quatre millions d’habitants.

L'agence Sputnik confirme une intensification de l'offensive
Ignorant le cessez-le-feu sous prétexte que les rebelles de la zone appartiennent au groupe Fath al-Cham (ex-al-Nosra ou al-QaÏda), exclu de l’accord russo-turc, le régime poursuit sa progression. L’agence alliée russe Sputnik a même confirmé une intensification de l’offensive contre les djihadistes dans cette zone, en représailles «aux tirs rebelles qui auraient endommagé les bâtiments d’un hôpital français à Damas.»
 

Bombardements de Wadi Barada. Vidéo mise en ligne le 28 décembre par Al-Jazira sur You Tube.

Ainsi, selon des activistes syriens, en contact avec l’étranger via whatsApp, cités par le quotidien libanais l’Orient-Le Jour, près de 35 missiles sol-sol ont visé les villages de Aïn el-Fijé et Bassimeh et plus de 40 barils d’explosifs ont été largués sur cette zone qui abrite une importante source d'eau potable.

Des pénuries d'eau inquiétantes dans la capitale 
De passage à Damas, une journaliste de cette publication, a pu constater par elle-même «les sérieuses pénuries d'eau occasionnées par ces combats à la périphérie de la ville. Des habitants se plaignaient hier via WhatsApp, du manque et de la hausse des prix des camions-citernes qui approvisionnent la capitale», écrit-elle. 
 
Pour justifier cette nouvelle opération après celle d’Alep, Damas accuse les rebelles de cibler délibérément les infrastructures en «contaminant au diesel» les réserves d'eau et en coupant le réseau d'approvisionnement vers l'agglomération de Damas.
 
De son côté, la rébellion attribue la destruction de la station de pompage d’Aïn el-Fijé aux bombardements et aux tirs d’artillerie du régime. Elle dément également l’idée d'une contamination de l’eau car cela nuirait aussi à la population.
 
Selon Jens laerke, porte-parole d’Ocha, le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, «5,5 millions de personnes à Damas et ses environs ont été coupés du principal réseau d’adduction d’eau depuis le 22 décembre», et l’inquiétude est grande de voir se propager des maladies hydriques, telles que le choléra, la typhoïde et autre gastro-entérite.
 
En l’absence de toute couverture crédible de la situation en Syrie, et en particulier dans la région de Wadi Barada, assiégée par l’armée et les milices alliées depuis mi-2015, les rares informations indiquent que le régime cherche désormais à «nettoyer» les poches des rebelles autour de Damas.

Des groupes rebelles suspendent leur participation à des pourparlers 
Les activistes redoutent pour leur part une réédition du scénario d’Alep. Une dizaine de groupes ont même gelé leur participation aux préparatifs des négociations de paix prévues fin janvier à Astana au Kazakhstan, accusant les forces de Damas de ne pas respecter la trêve en vigueur depuis le 30 décembre. Un hashtag «Sauvez wadi barada» a même fait son apparition sur Twitter pour mettre alerter l'opinion mondiale.


Partie prenante de l’accord passé avec Moscou, la Turquie s’inquiète, elle, des violations répétées du cessez-le-feu qui menacent de dynamiter les pourparlers de paix. «Quand nous regardons qui commet ces violations, nous voyons que c'est le Hezbollah, en particulier, les groupes chiites et le régime (d'Assad)», a clairement accusé le chef de la diplomatie turque.
 
L'Iran, qui soutient le président syrien Bachar al-Assad, doit «faire pression sur les milices chiites et le régime», a déclaré Mevlüt Cavusoglu.