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Syrie,  Moyen-Orient

Syrie: la mort d’un «héros» kurde symbolise la bataille de Raqqa

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 07/06/2016 à 18H41, mis à jour le 07/06/2016 à 18H45

Obsèques au Rojava
Obsèques de combattants kurdes en lutte contre l'Etat Islamique (Daech) dans le nord de la Syrie, le 4 juin à Kobane. Dimanche 5 juin c'est un haut commandant kurde Abou Leyla qui a été tué dans ces combats. © DELIL SOULEIMAN / AFP

Les Kurdes du Rojava, la province syrienne dirigée par les Kurdes, ont honoré lundi 6 juin 2016 Abou Layla, un de leurs commandants qui a trouvé la mort dans la bataille pour la reprise de Raqqa, la capitale autoproclamée de l’EI. Depuis quelques semaines, les combats se rapprochent de la ville tenue par Daech.

Abou Layla, qui commandait une brigade des Forces démocratiques syriennes (FDS, émanation des YPG, regroupant Kurdes, Arabes et Turkmènes) à majorité kurde, a été touché par des tirs de snipers à la périphérie de Minbej, un bastion de l’Etat Islamique (Daech) qui contrôle la route d'approvisionnement entre la frontière turque et Raqqa.  

Sa mort a suscité une grande émotion dans la communauté kurde, qui lui a rendu hommage, notamment sur les réseaux sociaux.


Abou Layla (ou Abu Leyla, selon les transcriptions) est connu chez les combattants kurdes pour avoir participé à la bataille de Kobané en 2015, où il s'était notamment illustré en sauvant un combattant de Daech au nom de ses valeurs humaines. C’est cette bataille qui a donné le premier coup d’arrêt à la progression des forces djihadistes et qui a scellé l’alliance militaire entre les Kurdes, pourtant proches du PKK, et les forces américaines, traditionnellement alliées aux Turcs. 



Dans une lettre à sa fille, Abou Layla (Père de Layla), écrivait notamment : « Chère Layla, Notre devoir est de te protéger toi et les autres enfants comme toi. C’est pour cela que nous faisons la guerre. Nous affrontons tous les dangers pour que les enfants de ces terres aient un bel avenir et vivent en toute liberté. Nous poursuivrons sur le chemin de la révolution jusqu'à libérer notre pays saint, Syrie».

Même les Américains ont rendu hommage au combattant kurde tué. 


Minbej, ville de la province d'Alep est stratégique car elle se situe sur l'axe que l'EI utilise pour faire transiter hommes, armes et argent de la frontière turque - à une trentaine de km plus au nord - vers Raqqa. Dans ce but, les avions de la coalition antijihadiste conduite par les Etats-Unis ont encore mené neuf frappes sur des positions de l'EI dans la  région de Minbej, a annoncé le 5 juin le centre de commandement Centcom américain. Priver l'EI de tout accès à la frontière turque représenterait une victoire clé, selon les responsables américains, car cela permettrait d'isoler encore plus les territoires contrôlés par le groupe en Syrie.

La mort du chef kurde à Minbej, à 150 km à l’ouest de Raqqa, semble être un signe de la double attaque actuellement menée contre Raqqa. Les forces syriennes, appuyées par les Russes et les Iraniens, progresseraient par le sud, et les soldats de la coalition kurdo-arabe, soutenue par les Américains, par l’ouest. Sans que l’on sache si cette opération en tenaille est coordonnée.