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Syrie : six ans de répression et de combats sans aucune solution à l’horizon

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 14/03/2017 à 11H37, mis à jour le 14/03/2017 à 11H38

Citadelle d'Alep
Les portraits du président syrien, Bachar al-Assad, ont refait leur apparition devant la citadelle d'Alep après la reprise de la ville en décembre 2016, par les forces syriennes appuyées par la Russie et le Hezbollah libanais.Photo prise le 9 mars 2017. © JOSEPH EID / AFP

Le soulèvement syrien entre le 15 mars 2017 dans sa septième année. Commencé par des manifestations pacifistes réclamant la chute du pouvoir du clan Assad, il a basculé sous les coups du régime en conflit opposant forces loyalistes et rébellion armée. Six années de châtiment collectif et d’affrontements qui ont transformé la Syrie en champ de bataille des puissances régionales et internationales.

 
Dans la foulée des printemps tunisien, égyptien et libyen, le soulèvement de la population syrienne, daté officiellement du 15 mars 2011, avait pourtant commencé un mois auparavant. Le 17 février, exactement, lorsqu’une manifestation spontanée de damascènes avait rassemblé plusieurs centaines de personnes en plein centre de la capitale pour protester contre deux policiers qui maltraitaient de manière violente un citoyen.

Du jamais vu à Damas sous le règne de la famille Assad 
Du jamais vu à Damas. Trois heures durant, les personnes rassemblées ont scandé inlassablement une même phrase : «Le peuple syrien ne se laisse pas humilier», contraignant le ministre de l’Intérieur à se rendre sur place et s’engager à punir les responsables.
 
Un slogan qui en disait long sur la frustration d’une population maltraitée, elle, depuis une quarantaine d’années par les pouvoirs successifs du président Hafez al-Assad et de son fils Bachar, qui avait pris sa succession en 2001, en remplacement au pied levé de son frère Bassel tué dans un accident de voiture.

Première manifestation du printemps syrien à Damas, le 17 février 2011.

 
Très vite, face à la montée de la contestation, le régime a fait le choix d’une répression féroce. A Damas, Homs, Hama ou Alep, un peu partout dans les grandes villes du pays, les manifestants ont été fauchés à la mitraillette ou raflés par les redoutables Moukhabarats, les services de renseignements, sans toutefois parvenir à éteindre l’incendie.
 
Les mouvements étaient organisés via les réseaux sociaux sur lesquels les meneurs donnaient des conseils vestimentaires et de comportement aux insurgés pour se rendre discrètement aux rassemblements. Mais la répression avait déjà pris la tournure d'un châtiment collectif de la population qui avait osé se révolter, poussant de plus en plus les manifestants vers la seule riposte possible : la résistance armée.

Washington et Paris défendent la rébellion et Moscou le régime 
Dès les premiers salves des forces du régime contre les civils, l’insurrection a été soutenue verbalement par les puissances occidentales. Les Etats-Unis d’Obama et la France de François Hollande, en première ligne, ont aussitôt dénoncé un pouvoir devenu «illégitime» pour avoir tiré sur sa population, et réclamé le départ de Bachar al-Assad.
 
De son côté, la Russie de Vladimir Poutine prenait position pour le régime syrien, son seul et historique allié arabe dans la région, arguant d’une tromperie occidentale en Libye qui avait abouti à la chute et la mort du colonel Kadhafi
 
Dans le même temps les puissances régionales, voisines ou limitrophes de la Syrie, étaient amenées à prendre position dans le conflit, voire à s’y engager carrément. La Turquie, qui partage une frontière de plus de huit cent kilomètres avec un pays tenu d’une main de fer par le pouvoir alaouite, a pris fait et cause pour la rébellion.
 
Soucieux d’empêcher l’apparition d’une zone autonome des Kurdes de Syrie à sa frontière, le régime de Recep Tayyip Erdogan a déclenché l’opération «bouclier de l’Euphrate» impliquant des troupes turques sur le sol syrien. Ankara est allé même jusqu’à entretenir des relations ambigües avec les insurgés, progressivement transformés en groupuscules armés islamistes jouant eux-mêmes un jeu ambigu avec le régime de Damas.

Un soutien des pétromonarchies sunnites pour contrecarrer l'influence iranienne chiite 
Des groupuscules sunnites, à l’image de la majorité de la population syrienne, qui se sont attiré également le soutien des pétromonarchies du Golfe, Arabie saoudite et Qatar en tête, solidaires de leur coreligionnaires syriens.
 
Un soutien financier et mlilitaire destiné surtout à contrecarrer l’influence grandissante de la République islamique d’Iran le long de ce qui était dénoncé par le roi Abdallah de Jordanie comme le croissant chiite. Une zone s’étendant de l’Iran à la frontière israélienne en passant par l’Irak, la Syrie et le Liban dominé par le Hezbollah.
 
Le mouvement chiite libanais sous tutelle iranienne, engagé sur le terrain dans la défense du régime Assad pour assurer une continuité à «l’axe de résistance» contre l’Etat hébreu.
 
Jouant sur toutes ces influences extérieures, Bachar al-Assad a jusque là fait capoter les missions de Kofi Annan et Lakhdar Brahimi, les deux émissaires spéciaux pour la Syrie du secrétaire général des Nations Unies de l’époque, Ban Ki Moon.
 
Une stratégie invariable du président syrien en passe de faire échouer également les efforts de Staffan de Mistura, troisième et dernier émissaire en date de l’ONU, pour tenter de trouver un règlement de la crise syrienne.

Le Kremlin prend la main dans le conflit syrien 
En occupant l’espace diplomatique et militaire laissé vide par l’administration Obama, le Kremlin a pris la main dans le conflit syrien, mais en s’appuyant sur le Turquie et l’Iran. Deux puissances régionales incontournables mais aussi incompatibles, rendant le terrain très glissant à toute initiative russe.

Vladimir Poutine Recep Tayyip Erdogan au Kremlin
Le président russe, Vladimir Poutine, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, accordent leurs violons sur la Syrie lors d'une rencontre au Kremlin le 10 mars 2017. © Alexander Zemlianichenko / POOL / AFP

 
Pour preuve, l’échec des pourparlers organisés par la troïka Moscou-Ankara-Téhéran à Astana au Kazakhstan en janvier et février 2017, pour consolider un vrai-faux cessez-le-feu arraché d’autorité par la diplomatie russe. Echec qui pourrait bien se répéter lors d’un troisième round de négociations. Elles reprennent cette semaine dans la capitale kazakhe malgré l'absence annoncée des factions rebelles cette fois-ci.
 
Une situation qui ne les laisse rien présager de bon pour le cinquième round de négociations sous l’égide de l’ONU à Genève, le 23 mars 2017, et auquel Staffan de Mistura a déjà convié le gouvernement syrien et les groupes d’oppposition.  

Le sort d'Assad et les intérêts opposés d'Ankara et Téhéran bloquent toute solution 
Outre le blocage des autorités syriennes qui refusent d’engager de quelconques pourparlers sur un éventuel départ du président Assad, un nouvel écueil a resurgi. Celui des intérêts opposés des deux co-parrains turc et iranien du fragile cessez-le-feu.
 
La Syrie exige désormais du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres qu’il contraigne «la Turquie de retirer ses troupes d’invasion du sol syrien et de cesser les attaques». De son côté, la Turquie dénonce «le danger du nationalisme persan» et accuse l’Iran de vouloir «transformer la Syrie et l'Irak en pays chiites»  
 
Des rivalités entre les deux puissances régionales qui rendent encore plus complexe toute négociation, et que Vladimir Poutine et Donald Trump auront bien du mal à démêler.