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Société,  Afrique

Tchad, Haïti, mais aussi Soudan du Sud: «Une culture d’abus sexuels» chez Oxfam

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 14/02/2018 à 15H26

Logo l'ONG apposé sur devanture d'une boutique charité à Londres
Logo de l'ONG apposé sur la devanture d'une boutique de charité à Londres.

Le scandale de l’ONG Oxfam ne cesse de s’étendre. Après Haïti et le Tchad, les accusations de viol de la part d’employés touchent désormais des missions au Soudan du Sud et au Liberia. Le fonctionnement même de l’ONG est mis en cause. Helen Evans, une ancienne directrice de la prévention interne, parle même d’une «culture d’abus sexuels dans certains bureaux».


Il y aurait eu quatre viols ou tentatives de viol au Soudan du Sud. Helen Evans, ancienne directrice de la prévention interne d’Oxfam, a révélé sur la chaîne britannique Channel 4 l’existence d’une enquête interne à l’ONG qui prouve des dérives répétées. En 2013 et 2014, 120 personnes dans trois pays différents ont été interrogées. Selon elles, entre 11 et 14% des personnels sur le terrain ont été victimes ou témoins d’agressions sexuelles.

Elle précise que «cela concerne des agissements de salariés sur d’autres salariés. Nous n’avons pas réalisé d’enquêtes sur les bénéficiaires de nos programmes.» Autant dire que, élargie, l’enquête est susceptible de révéler d’autres exactions.
 
Le coup est rude pour l’ONG et il prouve que les agissements répréhensibles ne concernent pas qu’un seul homme, à savoir Roland van Hauwermeiren. Le chef de mission en Haïti, lors du tremblement de terre de 2010, est accusé d’y avoir organisé des «orgies», selon le mot employé par le Times, avec des prostituées. Oxfam a fait le ménage, se séparant du chef de la mission et de sept salariés.

Première démission
Mais Roland van Hauwermeiren était déjà dans le collimateur de l’ONG pour des faits similaires lors d’une mission précédente au Tchad. Apparemment, la direction d’Oxfam lui conservait toute sa confiance. Le directeur général de l’ONG, Mark Goldring, a reconnu n’avoir «pas agi assez rapidement». Il a toutefois assuré avoir pris la question «au sérieux». Réponse un peu courte qui n’a pas convaincu et qui a poussé la directrice adjointe, Penny Lawrence, vers la sortie le 12 février 2018.

L'actrice Minnie Driver, ambassadrice de bonne volonté pour Oxfam, a annoncé qu'elle quittait l'ONG, dévastée.


Où s’arrêteront les révélations? En tout cas, le gouvernement britannique s’est fait menaçant. Sur la BBC, la secrétaire d’Etat au Développement international a été très claire. Penny Mordaunt a réclamé «un leadership moral au sommet» pour toutes les ONG recevant de l’argent public. En clair, l’éthique des dirigeants doit être indiscutable pour pouvoir prétendre aux aides de l’Etat. Pour Oxfam, ces aides s’élèvent à 35,7 millions d’euros, environ un tiers du montant des dons privés. Sans ces aides, l’ONG devrait profondément revoir son activité.

Présente dans 35 pays, Oxfam emploie 5000 salariés et 27.000 bénévoles.