Synthèse

Burkina Faso,  Afrique

Terrorisme : Le Burkina Faso enterre pour de bon l’ère Compaoré

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 14/08/2017 à 17H02

Force sécurité Ouagadougou
© AHMED OUOBA / AFP

La nouvelle attaque terroriste que vient de subir Ouagadougou prouve définitivement que le Burkina Faso n’est plus épargné par les djihadistes. Blaise Compaoré l’ancien homme fort du pays avait œuvré à mettre son pays à l’abri. Son successeur semble payer son changement de stratégie vis-à-vis des islamistes.


Un camouflet pour le pouvoir burkinabé. L’attentat a été mené à quelques centaines de mètres seulement de celui de 15 janvier 2016. Le pouvoir ne parvient pas à sécuriser la capitale, pas plus qu’il ne contrôle le pays. En fait explique Jeune Afrique, «la situation sécuritaire a progressivement dérapé tout au long de 2015.»

En guise de dérapage, le journal cite les différents enlèvements, les attaques répétées contre les soldats, et bien sûr les attentats. Celui de janvier 2016, a été revendiqué par le groupe Al Mourabitoune (les Almoravides) de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar.  Brusquement, le Burkina Faso jusqu’alors épargné, rejoignait les cibles des djihadistes.

Blaise Compaoré, seigneur de la sous-région
Faut-il y voir une conséquence du renversement en 2014 de Blaise Compaoré, qui durant 27 ans a dirigé le pays ? L’homme tenait le Burkina d’une main de fer. Le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) la garde prétorienne de Compaoré était forte de 1200 hommes, et très bien équipée.  Le Dictateur était aussi le monsieur bons offices dans la crise malienne en 2012. A l’époque, Ouagadougou servait même de décor aux négociations de paix avec les Touaregs du Mali. Compaoré tenait le rôle de médiateur. Rien de la région, et surtout pas les alliances, ne lui était étranger.

Ansar dine négo à Ouaga
Le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, s`entretient avec une délégation d'Ansar Dine, le 16 Novembre 2012 à Ouagadougou (Burkina Faso). © AFP

Des liens se sont tissés avec les groupes djihadistes, des liens qualifiés de «relations avec le diable» par Jeune Afrique. En fermant les yeux sur leurs trafics, précise le journal, Blaise Compaoré  obtenait la tranquillité pour son pays. En chassant Compaoré et ses hommes du pouvoir le 31 octobre 2014, le peuple burkinabé s’est privé d’une protection anti-islamiste. Or le moins que l’on puisse dire, est que le nouveau régime burkinabé n’est pas dans la même tournure d’esprit.
 
Le  nord n’est plus sous contrôle
Selon le journal Le Monde, depuis 2015, le nord du Burkina n’est plus contrôlé par Ouagadougou. Une vingtaine d’attaques terroristes ont endeuillé la zone, poursuit le journal. En fait, des postes militaires ou policiers sont régulièrement attaqués par des «hommes non identifiés». Et c’est en 2016 qu’est apparu le premier groupe islamiste du Burkina :Ansaroul Islam, dirigé par un certain Malam Dicko. Peu connu pour l’heure, il cherche à s’associer à l’Etat islamique croit savoir Le Monde. Ile journal cite une source militaire :«Si les deux groupes cherchent vraiment à s’unir, ils vont vouloir faire un gros coup pour annoncer leur alliance.» Des propos prémonitoires ?
 
Pied de nez au G5 Sahel
L’attaque contre le café Istanbul est aussi un redoutable pied de nez à la création de la force antidjihadiste conjointe entre les cinq pays de la bande Sahélo-saharienne, le fameux G5 Sahel. Pour l’heure ce n’est qu’une coquille vide, et il faudra trouver 423 millions d’euros pour la remplir. La force qui doit être composée de 5000 hommes n’est pas prête. Les terroristes, eux, le sont.