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Sahel: le Niger, un maillon faible face aux islamistes radicaux ?

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 28/05/2013 à 09H50, mis à jour le 28/05/2013 à 10H02

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Militaires nigériens près d'un bâtiment militaire à Agadez le 26 mai 2013. Bâtiment endommagé trois jours plus tôt par un attentat revendiqué par des islamistes.  © AFP - BOUREIMA HAMA

Deux attaques suicide ont été menées le 23 mai 2013 contre un camp militaire à Agadez et la mine d’uranium d’Arlit, dans le nord du Niger. Ce pays, engagé dans l’opération française au Mali, est-il en train de devenir le nouveau maillon faible dans la lutte contre les islamistes radicaux au Sahel ?

Les deux attentats ont été revendiqués par le groupe Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). De son côté, Les signataires par le sang, le groupe du jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar, a affirmé les avoir supervisés. «Nous allons lancer plus  d'opérations» au Niger, a affirmé le mouvement, dans un communiqué mis en ligne sur des sites islamistes et signé de Belmokhtar, alias « Le Borgne », lui-même. Lequel avait jusque-là été donné pour mort.

De quoi donner quelques cheveux blancs aux responsables d’un pays qui partage quelque 800 km de frontières avec le Mali, à l’ouest, et 1500 km avec le Nigeria, aux prises avec la secte Boko Haram. Un pays également voisin de la Libye au nord-est et de l’Algérie au nord-ouest, situé sur la route des trafics régionaux de drogue et d’armes. Par ailleurs, la stabilité y reste précaire après plusieurs rébellions touarègues (les Touaregs représentent un million de personnes sur une population de 12 millions d’habitants). Cette communauté se plaint notamment de ne pas recevoir suffisamment de retombées de l’exploitation de l’uranium.

Euronewsfr, 24 mai 2013

Dans ce contexte, le Niger est une cible potentielle pour les groupes radicaux opérant dans la région. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ceux-ci y mènent des actions. Fin 2009 et en 2010, une douzaine de militaires avaient été tués dans l’ouest, lors d’attaques venues du Mali. Et plusieurs Occidentaux ont été enlevés, notamment deux jeunes Français kidnappés le 7 janvier 2011 en plein centre de la capitale Niamey (et tués le lendemain). Le 16 septembre 2010, sept personnes travaillant à la mine d’uranium d’Areva à Arlit avaient été prises en otages.
 
Drones américains
«La crise malienne constitue un problème de sécurité intérieure pour le Niger», expliquait en février 2013 le président de la République nigérienne, Mahamadou Issoufou. «Niamey est la capitale la plus proche du théâtre d’opérations», précisait par ailleurs son ministre de la Défense. Parmi l’un des plus grands risques, les infiltrations de jihadistes chassés du Mali dans une zone montagneuse du nord. Conséquence : 5000 militaires ont été déployés le long de la frontière malienne.

Double attentat: «Les jihadistes venaient de Libye»
France 24, 25 mai 2013

Autre suet de préoccupation : la Libye. Selon Mahamadou Issoufou, les auteurs des deux attentats du 23 mai venaient d’ailleurs de ce pays qui «continue d’être une source de déstabilisation» pour le Sahel. Une analyse partagée par nombre d’observateurs occidentaux : le Sud libyen serait devenu au cours des derniers mois l’un des sanctuaires où se sont reformés les cellules d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et autres groupes islamistes armés après l’offensive française au Mali.

Une opération dans laquelle le Niger a engagé près de 700 hommes. Mais son armée ne compte que 12.000 militaires pour un territoire qui fait plus de deux fois la France. Mahamadou Issoufou a donc demandé l’aide des Occidentaux. Dans ce contexte, des militaires français opèrent sur le terrain. Des commandos des forces spéciales sont ainsi intervenus lors de l’attaque d’Agadez. De plus, Paris utilisait l’aéroport de Niamey pour acheminer du matériel et des troupes pendant l’offensive contre les groupes salafistes.

«Je ne pense pas que l'intervention française soit terminée avec la libération des principales villes du nord du Mali. Le problème n'est pas réglé car l'objectif de cette guerre, pour nous, n'est pas seulement de libérer cette zone, mais de débarrasser l'ensemble du Sahel des criminels», explique le chef d’Etat nigérien, selon des propos rapportés par Le Monde.
 
Pour cette raison, Mahamadou Issoufou a accepté l’installation, en février 2013, par les Etats-Unis d’une base de drones de surveillance, a révélé le New York Times. Le Niger permet ainsi à Washington de compléter son dispositif militaire sur le continent noir. Selon le Washington Post, c’est la partie nigérienne, inquiète de l’évolution de la situation dans le Sahel, qui serait à l’origine de cette installation.

Le Niger et les drones américains
AlJazeera, 30-1-2013 (en anglais)

L’administration américaine a confirmé qu’une centaine de personnes avaient été déployées au Niger pour une mission de «collecte d’information». Mais ces personnels seraient en fait plus nombreux.

Pour autant, cette présence militaire étrangère pourrait, à terme, poser des problèmes dans un pays musulman à 90%, en raison de son passé colonial. La plupart des Nigériens sont opposés aux salafistes, constate un imam de Niamey, Boureima Abdou Daouda, qui dirige un conseil de dignitaires religieux chargé d’aider le gouvernement sur les questions de terrorisme, cité par le Guardian. Pour lui, le gouvernement nigérien se doit de mener un travail d’explication sur la présence des drones. Car, dit-il, «quelqu’un de mal intentionné pourrait dire : ‘‘(Ces étrangers, NDLR) sont ici pour provoquer des conflits avec les musulmans’’. Les gens pourraient alors descendre dans la rue. Il pourrait y avoir des émeutes. Les grandes flammes commencent avec des petites flammes».