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Trafic d’enfants en Côte d’Ivoire: dans l’enfer des plantations de cacao

Par Martin Mateso@GeopolisFTV | Publié le 08/01/2016 à 11H37

Un jeune garçon récolte cabosses cacao
Un jeune garçon récolte des cabosses de cacao dans une plantation de Divo en Côte d'Ivoire, le 31 octobre 2010. © Photo AFP/Sia Kambou

Ils seraient entre 300.000 et un million d’enfants à travailler dans le cacao ivoirien. Corvéables à merci, ils peuvent être affectés à toutes les tâches possibles. Abidjan met en place un plan de lutte pour tenter d’y mettre fin. Mais la tâche s’avère difficile face à une mafia opérant dans les pays frontaliers. Elle a fait du trafic d'enfants vers la Côte d’Ivoire, un marché juteux.


Entre 2012 et 2014, environ 4000 enfants victimes de traite et d’exploitation dans le secteur du cacao ivoirien ont été arrachés à leurs bourreaux. C’est le maigre bilan fourni par ICI, une organisation créée par l’industrie du chocolat pour lutter contre le travail des enfants dans la filière.
 
23 personnes ont été jugées en Côte d’Ivoire, dont 18 seulement ont été condamnées à des peines d’emprisonnement ferme et cinq à des peines avec sursis. Pas de quoi décourager les organisateurs de ce fléau auquel la chaîne franco-allemande ARTE avait consacré en septembre 2011 un documentaire intitulé La face cachée du chocolat.

Parti enquêter au Mali et en Côte d’Ivoire, notre confrère Miki Mistrati en a ramené des preuves accablantes. Des images filmées en caméra cachée dans les plantations confirment le calvaire que vivent des milliers d’enfants, parfois enlevés de force dans leurs villages, pour être revendus aux exploitants des plantations de cacao en Côte d’Ivoire.
 
Des enfants esclaves qui récoltent des fèves de cacao
«On voit tous les jours des enfants partir de la gare routière», témoigne Idrissa Kanté, Secrétaire général du syndicat des chauffeurs de bus de Cissako au Mali.
 
«Les trafiquants transportent entre deux et quinze enfants par voyage», précise un chauffeur d’autocar qui conduit les enfants maliens jusqu’à Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire. «La bas, ils disposent d’un lieu où les enfants sont retenus avant d’être vendus aux fermiers», explique-t-il. 
 
Dans le village malien de Zegoua, frontalier de la Côte d’Ivoire, les trafiquants font traverser les enfants à moto ou en taxi, par de petites routes. «Si les gens vous disent qu’il n’y a pas de trafic d’enfants, ils mentent. Les planteurs nous payent pour faire passer les enfants. J’en ai fait passer plusieurs», confirme un jeune homme, bien introduit dans ce trafic juteux.
 

Enfants burkinabè interceptés par police à Abidjan

Des enfants burkinabè destinés aux plantations de cacao débarquent d'un bus à Abidjan après avoir été interceptés par la police le 1er juin 2001. © Photo AFP/Issouf Sanogo


Les enfants, parfois enlevés à l’insu de leurs parents, ont 12, 13 et 14 ans. Un enfant coûte 230 euros, mais le prix est négociable, précise Miki Mistrati qui a mené l’enquête. La somme sert à financer le voyage de l’enfant jusqu’à la plantation. Et en contrepartie, on peut l’exploiter à volonté. Sans aucune rémunération. Ce sont des enfants esclaves qui récoltent des fèves de cacao.
 
«Si on est lent, si on refuse de travailler, on est battu», témoigne Zanga Traoré, ancien enfant esclave.
 
Selon le bureau d’interpol à Abidjan, ces enfants esclaves, prisonniers dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire, sont originaires du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Nigeria, du Togo et du Bénin.
 
Le groupe Nestlé accusé de profiter du travail forcé des enfants
Depuis la diffusion de ce documentaire, peu de choses ont changé pour ces milliers d’enfants qui sont maltraités pour que les consommateurs puissent manger du chocolat.
 
Visés par trois plaintes collectives pour traite et travail forcé des enfants dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire, les groupes Nestlé, Mars et Hershey’s, leaders de la chocolaterie mondiale, déclinent toute responsabilité.
 
Les plaignants leur reprochent de fermer les yeux et de profiter du travail des enfants. Les plaintes ont été déposées fin septembre 2015 auprès d’un cabinet spécialisé dans le droit des consommateurs en Californie (Etats-Unis).
 
«Les consommateurs qui sont venus nous consulter ont été indignés d’apprendre que les sucreries qu’ils mangent avaient un arrière-goût si sombre et amer, que le travail des enfants et l’esclavagisme faisaient partie de la production de chocolat par Nestlé», affirme un membre du cabinet.
 
Nestlé nie formellement et assure que le travail des enfants n’a pas sa place dans sa chaîne d’approvisionnement. Mais le groupe s’est engagé à prendre «des mesures pour éliminer par étapes le travail des enfants en examinant chaque cas».
 
Pas assez pour rassurer les plaignants qui comptent sur la justice américaine pour envoyer un signal fort à ceux qui profitent de l’exploitation des enfants dans les champs de cacao en Côte d’Ivoire.

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