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Trésors royaux d'Abomey: la demande de restitution du Bénin est «légitime»

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 12/07/2017 à 12H28, mis à jour le 12/07/2017 à 14H43

Le roi Behanzin pose devant statue représentant son ancêtre au Quai Branly
Le roi Béhanzin du Bénin pose devant un statue représentant son ancêtre au musée du Quai Branly, à Paris, le 7 avril 2010. 

© BORIS HORVAT / AFP

Le Bénin réclame à la France depuis 2016 le retour des trésors royaux d’Abomey «emportés» en 1892, ce à quoi Paris s'oppose. Pour la franco-béninoise Marie-Cécile Zinsou, qui dirige la Fondation Zinsou installée à Cotonou et dont l'objectif est de promouvoir le patrimoine culturel et artistique africain, le Bénin relance le débat sur la question du pillage des œuvres pendant la colonisation.


Quel est votre sentiment sur la démarche du Bénin et l’attitude de la France dans cette affaire de restitution de biens culturels qui oppose les deux pays?
La démarche du Bénin est légitime. Il s’agit d’un pillage. La question des objets pillés pendant la colonisation constitue un vrai sujet. La France a le droit de questionner aujourd’hui son histoire sur la colonisation. C’est un sujet sensible comme on a pu le voir pendant la campagne présidentielle. Pour se regarder dans les yeux et aborder la relation à l’Afrique de façon plus sérieuse et adulte, il faut qu’on parle de cette colonisation et de ce qui s’est passé. C’est important et la question de la restitution y renvoie.

La démarche du Bénin, qui appelle à la réflexion et à se pencher sur la problématique du patrimoine, est évidemment essentielle. Même si on peut émettre des réserves aussi bien sur la façon dont le Bénin s’y est pris que sur la façon dont la France a répondu. J’ai bon espoir qu’on puisse avoir un nouveau dialogue, empreint de respect, avec l’actuel gouvernement.

Le dialogue, certes, mais la question reste complexe: d’autres pays s’y sont essayés sans obtenir gain de cause…
La Grèce essaie depuis deux cents ans de récupérer les frises du Parthénon (détenues par le British Museum, en Grande-Bretagne, NDLR). Néanmoins, chaque cas est particulier. D’autant qu’il y a des arrangements possibles: par exemple, des retours dans le cadre de prêts à long terme. L’aspect juridique reste bien évidemment incontournable.

La démarche du Bénin est louable, mais la question que se posent certains est de savoir si ce pays a les moyens de conserver les œuvres qu’il réclame?
Le Bénin fait ce qu’il veut de son patrimoine: c’est un Etat souverain et responsable. Il se trouve qu’il est mal géré, mais ça nous regarde. La France ne peut pas arguer que nous gérons mal notre patrimoine pour ne pas nous le rendre. Nous faisons ce que nous voulons de notre patrimoine à l’instar de la France. Jusqu’ici, le Bénin n’a pas fait le choix du patrimoine, aujourd’hui, il s’agit de le faire parce que c’est notre histoire. On pourrait faire des immenses musées en Afrique avec ce que nous avons. Il va falloir qu’on y réfléchisse, mais cela relève d’un débat interne, contrairement à celui autour de la restitution qui est, lui, international.