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Tunisie: des étudiants en médecine dans la rue pour défendre leur diplôme

Par Dominique Cettour Rose@GeopolisAfrique | Publié le 14/03/2018 à 09H30

Médecins résidents étudiants en médecine manifestent à Tunis.
Médecins résidents et étudiants en médecine manifestent à Tunis, le 8 février 2018, pour réclamer des hausses de salaires. © Mohamed KRIT / CrowdSpark

En Tunisie, une manifestation d'étudiants et résidents en médecine, l'équivalent des internes, a rassemblé plus de 1.500 personnes dans la capitale, le 12 mars 2018. Ces futurs médecins veulent pouvoir obtenir leur diplôme de médecine générale, qui leur donne accès à des formations ou des stages à l'étranger, sans devoir attendre la fin de leur spécialisation, comme le prévoit la réforme actuelle.


Il s'agit de la troisième marche nationale organisée dans le pays depuis le 6 février 2018, à l'appel de l’Organisation tunisienne des Jeunes médecins (OTJM). «Diplôme en otage», «Formation endommagée=patients en danger», pouvait-on lire sur les banderoles des étudiants en médecine de Tunis, Sousse, Monastir et Sfax, rassemblés lors d'une marche partie de la Faculté de médecine de Tunis en direction du siège du ministère de la Santé.

A l'origine de leur colère, une réforme qui repousse la délivrance du diplôme national de docteur en médecine à la fin de la spécialité, soit au bout de dix à onze ans d’études. Les protestataires réclament donc le maintien du diplôme à l’issue des sept ans du tronc commun de formation séparément et indépendamment du diplôme de spécialiste.

Autre mécontentement, la réforme actuelle ne prévoit aucun mécanisme pour délivrer un diplôme aux internes achevant leurs études de médecine générale cette année, et ne s’orientant pas vers une spécialisation. «En décembre, toute une promotion va se retrouver sans diplôme, au chômage, il faut régulariser cette promotion et les suivantes», a plaidé Aymen Bettaieb de l'OTJM.


Alors que la santé publique du pays fait face à des difficultés chroniques, notamment en raison du manque d'investissements, les internes, en grève depuis début février pour défendre leur statut, envisagent en outre d'élargir leurs actions. Après 33 jours de grève, ils ont été entendus sur leur principale revendication: obtenir un statut légal qui a fait l'objet d'une publication au Journal officiel, statut qui leur garantit notamment des repos compensateurs obligatoires.

«L’interne fait office de bouche-trou. En France, par exemple, on ne peut pas travailler au-delà de 24 heures de suite mais en Tunisie, on peut nous obliger, faute de législation, à travailler au-delà de 50 heures. Il y a un danger vis-à-vis de nos patients. On ne peut pas fournir le niveau requis pour la prise en charge», dénonçait Oussema Bouabdallah, interne en pédiatrie, sur RFI.


Les jeunes médecins ont intitulé leur mouvement de protestation, «mouvement 76». Le chiffre 7 correspond à sept ans de revendications non-satisfaites et le 6, aux six ministres de la Santé qui se sont succédés depuis 2012, sans que rien ne change.

Les hôpitaux publics tunisiens sont confrontés à des départs massifs vers l'étranger de jeunes médecins en fin de formation. Selon l'Ordre des médecins, 45% des nouveaux diplomés en 2017 sont partis exercer hors des frontières tunisiennes.