Panama Papers : la Tunisie touchée…

Policiers en faction près d'un drapeau tunisien dans le sud du pays le 8 mars 2016 (REUTERS/Zoubeir Souissi)

La Tunisie est touchée par le scandale des paradis fiscaux révélés par les Panama Papers. Un nom émergerait, révélé par le site tunisien Inkyfada qui a été piraté par la suite: celui de Mohsen Marzouk, ex-directeur de campagne du président Béji Caïd Essebsi. Inkyfada figure parmi les 107 médias dans 76 pays qui ont eu accès aux archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca, spécialiste de la domiciliation de sociétés offshore…

Mossack Fonseca a des ramifications dans le monde entier. Notamment en Tunisie.

Résultat : «On y trouve notamment les noms d’avocats d’affaires tunisiens qui traitent pour le compte d’entreprises, ou en leur nom propre. Des hommes politiques font également partie de la liste tunisienne, comme d’anciens responsables politiques ou gouvernementaux ou encore le propriétaire d’un média. Entre eux, un point commun : ils sont tous en lien avec une société offshore», révèle Inkyfada.

Selon businessnews.com, des policiers seraient également impliqués.

Un seul nom émergerait pour l’instant, révèle Inkyfada : celui de Mohsen Marzouk, ancien directeur de campagne de l’actuel président tunisien Béji Caïd Essebsi et ex-responsable du parti de ce dernier, Nidaa Tounès. Mohsen Marzouk, «en plein entre deux tours de l’élection présidentielle» «a pris contact avec Mossack Fonseca pour tenter de constituer une société offshore pour ‘‘détenir des placements financiers et s’engager dans des affaires à l’international’’.» 

Capture d'écran du site Inkyfada le 5 avril 2016

Capture d'écran du site Inkyfada le 5 avril 2016

«Je n'ai aucun rapport avec ce cabinet (Mossack Fonseca, NDLR), je ne leur ai jamais envoyé de courrier et je n'en ai jamais reçu de leur part», a rétorqué l'homme politique qui a quitté Nidaa Tounès et fondé une nouvelle formation, le Mouvement du projet de la Tunisie,«Je me suis tu sur plusieurs campagnes visant à me dénigrer. Mais cette fois, je ne me tairai pas», a-t-il ajouté. Il a annoncé son intention de porter plainte pour diffamation. Il a demandé à Inkyfada de présenter les mails censés l'accuser.

«Nous n’avons jamais accusé M. Marzouk d’être dans l’illégalité. Nous disons que son nom apparaît dans des mails échangés avec le cabinet Mossack Fonseca, en expliquant le niveau d’implication des différents acteurs. Nous avons évidemment cherché à avoir des explications de l’intéressé, à de nombreuses reprises, comme cela est précisé dans l’article, mais il n’a jamais donné suite à nos demandes d’interviews», a précisé Inkyfada, cité par le site realites.com.tn.

Le magazine en ligne a été victime le 5 avril d'un piratage informatique. «Les pirates ont réussi à publier des fausses informations en notre nom», a précisé le magazine en ligne sur Twitter.

Le lendemain, Inkyfada, toujours sur Twitter, annonçait être «à nouveau en ligne avec une sécurité renforcée et prêt pour la suite». En clair: prêt pour de nouvelles aventures. A noter que ce site est le seul, parmi les 107 médias internationaux qui ont eu accès aux fameux Panama Papers, à avoir été piraté...

«Caste politico-financière»
Pour tenir le public en haleine, Inkyfada procède comme ses confrères ailleurs qu'en Tunisie: il annonce que «dans les jours à venir», il «publiera différentes enquêtes sur les liens existant entre des citoyens tunisiens, qu’ils soient actionnaires, avocats ou directeurs et des sociétés offshore, domiciliées dans les paradis fiscaux». D’ores et déjà, précise le média numérique, «on voit se dessiner une caste politico-financière qui joue sans problème sur la limite de la légalité»

Dans l'état actuel des choses, «le procureur général de la cour d'appel de Tunis a ouvert une enquête, après accord du ministre de la Justice, et 127 parlementaires» (sur les 217 de l'Assemblée) ont demandé l'ouverture d'une telle enquête, révèle Le Point.

«Il y a quelque chose de Sisyphe dans ce travail de moralisation», écrivait, en France, le quotidien Libération le 5 avril. Sisyphe, fils d’Eole et d’Enarétée, fut condamné par les Dieux à remonter chaque jour un énorme rocher qui redescendait de la colline où il était attaché. «En 2015, la publication du premier volet de notre enquête sur les listings tunisiens du scandale SwissLeaks, avait conduit le procureur de la République de Tunis à ouvrir une instruction pour ‘‘blanchiment d’argent’’ ‘‘à l’encontre de toutes les personnes que l’enquête révélera’’ dans l’affaire des comptes bancaires détenus à la HSBC Private Bank Suisse». Problème : jusque là, il n’y a eu ni procès, ni sanction… Sysiphe, on vous dit !

Publié par Laurent Ribabeau Dumas / Catégories : Non classé
  • wahid

    L'impunité est la devise en Tunisie. Comme tout autre pays complétement corrompus les révélations n'aurons aucun impact réel sur le paysage politique en Tunisie tout comme pour SwissLeaks . D'ailleurs le site d'Inkifada, le partenaire tunisien dans le consortium de journalistes travaillant sur ce scandale, est aujourd'hui fermé par une entité non identifiée. Se sont des pratiques qu'on a crue ne pas revoir après 2011.

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