Le point sur...

Politique,  Tunisie,  Afrique

Tunisie: la mort de deux cadres d’Aqmi, un coup dur pour sa branche locale

Par Laurent Ribadeau Dumas (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 25/01/2018 à 15H18, mis à jour le 25/01/2018 à 15H18

Militaires tunisiens à Ben Guerdane après attaque djihadiste en mars 2016
Militaires tunisiens à Ben Guerdane, à la frontière libyenne, après une attaque djihadiste en mars 2016. © REUTERS/Zoubeir Souissi

Un cadre algérien d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), recherché depuis des années, et le leader présumé d'une cellule djihadiste locale ont été tués lors d'une opération de la Garde nationale le 20 janvier 2018 au mont Sammama, dans le gouvernorat de Kasserine (centre-ouest de la Tunisie). C’est ce qu’ont annoncé les autorités le lendemain.


Le cadre présumé a été identifié par une source de sécurité comme étant Bilel Kobi, un Algérien proche du leader d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, Abdelmalek Droukdel. Il était chargé de faire le lien entre Aqmi et sa branche tunisienne, la phalange Okba Ibn Nafaa (apparemment du nom d’un général arabe qui a mené la conquête musulmane du Maghreb de 642 à 683). Il jouait le même rôle entre Aqmi et la branche libyenne du groupe.

L’homme a été tué lors d'une opération menée par l'unité spéciale de la Garde nationale. Certaines sources disent ignorer ce qui amenait Bilel Kobi à ce moment-là dans la région. Mais selon les autorités, il était chargé de réorganiser la phalange Okba Ibn Nafaa, décapitée par les forces tunisiennes.

Des affrontements réguliers
Au printemps 2017, ces dernières avaient annoncé avoir tué plusieurs membres de ce groupe djihadiste actif dans les montagnes du Nord-Ouest. Ledit groupe a revendiqué plusieurs attaques meurtrières contre les forces armées tunisiennes. Notamment une action au mont Sammama, qui avait entraîné la mort de trois soldats fin août 2016.

L'opération de la Garde nationale du 20 janvier a eu lieu au même endroit. L'armée y fait régulièrement état d'affrontements avec des groupes affiliés à Aqmi ou à l'organisation djihadiste Etat islamique (EI), rapporte l'AFP.

Bilel Kobi était «recherché par l'Algérie depuis 1993», a indiqué le porte-parole du ministère de l'Intérieur.

Un autre Algérien, Béchir Ben Néji, 35 ans, aussi connu sous le pseudonyme Hamza Ennimr, considéré comme le responsable de la branche tunisienne d'Aqmi pour le mont Sammama, a été retrouvé mort avec une kalachnikov à ses côtés dans la matinée, a précisé le porte-parole. Il servait de guide au groupe Okba Ibn Nafaa pour traverser la frontière vers l'Algérie en raison de sa connaissance du terrain, a précisé le ministère.

«Coup dur»
Pour Mokhtar Ben Nasr, général en retraite et président du Centre tunisien des études de la sécurité globale, cité par RFI, la mort de Bilel Kobi et celle de Hamza Ennimr sont «un coup dur porté» au groupe. Celui-ci est «très affaiblie et à court de ravitaillement». Composé de «quelques dizaines de personnes», il n’en constitue pas moins «une menace importante», rapporte le site de la radio.

Depuis la révolution de 2011, la Tunisie a vu l'essor d'une mouvance djihadiste responsable de la mort de dizaines de soldats et policiers. Mais aussi de civils et touristes étrangers. Depuis 2012, les forces tunisiennes traquent des groupes extrémistes armés retranchés dans les zones montagneuses de la région de Kasserine, près de la frontière algérienne.

Depuis une série d'attentats sanglants en 2015 et une offensive de l'EI, repoussée, dans la ville de Ben Guerdane à la frontière libyenne en mars 2016, la Tunisie n'a pas connu d'attaque majeure. Les autorités affirment avoir fait «des pas très importants dans la guerre contre le terrorisme» mais appellent toujours à la vigilance. Pour autant, certains, en Tunisie comme à l’étranger, s’interrogent sur les capacités réelles du pays à faire face au phénomène.

L'état d'urgence est sans cesse prolongé. D'autant que Tunis s'inquiète du retour de milliers de ses ressortissants partis combattre en Irak, Syrie ou Libye.