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Après l'échec de Désertec, un nouveau projet solaire dans le Sahara pour alimenter l'Europe

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 09/09/2017 à 09H01

Noor11re phase centrale solaire Ouarzazate inaugurée 4 février 2016
Noor 1, inauguration de la première phase de la centrale solaire de Ouarzazate (Maroc le 4 février 2016). © AFP/ Fadel Senna

La société privée Nur Energie, basée à Londres, veut construire une centrale solaire géante dans le Sud tunisien. Le projet, qui attend le feu vert des autorités tunisiennes, alimentera le marché local, mais aussi Malte et l'Italie. Un projet similaire, Desertec, avait été abandonné en 2014 en raison des coûts des câbles sous-marins et des menaces terroristes dans la région.


Le projet TuNur de 4,5 GW doit desservir en électricité Malte et l'Italie et même à terme le sud de la France. Ce projet de centrale solaire, estimé à 5 milliards de dollars, serait établi sur le site de Réjim Maâtoug dans le sud-ouest de la Tunisie. Sa technologie génère de la vapeur qui entraîne les turbines. Une technologie dont les coûts ont baissé ces dernières années. Selon Daniel Rich, chef de l'exploitation de TuNur, les coûts de production devraient tourner autour de 0,10 dollars le Kwh, un prix très compétitif.

Kevin Sara, Pdg de TuNur, souligne que malgré les coûts de transport par câbles sous-marins pour rejoindre l'Europe du Sud, «le site du Sahara reçoit deux fois plus d'énergie solaire par rapport aux sites en Europe centrale, donc nous pouvons pour le même investissement produire autant d'électricité».

Le projet, s'il va jusqu'à son terme, pourrait avoir une capacité équivalent à trois réacteurs nucléaires EPR. L'électricité sera exportée en courant continu à travers des câbles sous-marins haute-tension. Le premier câble reliera la Tunisie à Malte. L'île est déjà connectée à l'Italie par 100 km d'une ligne sous-marine qui transmet l'électricité à la Sicile. Par conséquence, seule la première partie de l'interconnexion est nécessaire, avec 500 km de câbles entre la Tunisie et Malte.

Un deuxième câble reliera la Tunisie directement au centre de l'Italie, au niveau de la capitale Rome. Ce deuxième itinéraire est toujours à l'étude à Bruxelles. Les industriels espèrent obtenir un soutien de l'Union européenne. Un troisième câble sous-marin entre la Tunisie et Marseille est en cours d'étude.

Un projet qui intéresse la Tunisie 
Selon Daniel Rich, le projet devrait créer plus de 20.000 emplois directs et indirects. Ce qui intéresse nécessairement les autorités tunisiennes.
 
Daniel Rich ajoute: «Le Sud tunisien et l’ensemble du Sahara est une région dotée d'un potentiel solaire extrême. Une région pauvre, qui a besoin d'investissement et de développement. Il existe aujourd’hui des technologies qui peuvent satisfaire la demande d’électricité à des prix très compétitifs et avoir un impact économique local très élevé.»

 
Un projet similaire, Desertec (à capitaux allemands), envisagé il y a quelques années avait été abandonné en raison de l'instabilité politique dans le Sud tunisien. Une menace qui n’a pas totalement disparu.
 
Desertec a démarré dans les années 2000, suite à une étude d’un scientifique allemand affirmant que les déserts reçoivent davantage d’énergie solaire en une journée que la consommation de l’humanité sur une année.
 
Les experts confirment la compétitivité du solaire saharien, avec un rendement deux fois supérieur aux panneaux solaires en Europe, dopé par la chaleur du désert.
 
Toutefois, le coût d’entretien des panneaux solaires dans le désert n’est pas si simple. Ils doivent pouvoir résister aux tempêtes de sable et aux chocs thermiques. Sans parler des tonnes d’eau nécessaires au refroidissement des centrales solaires et au lavage régulier des panneaux.
 
Dans l'attente d'une autorisation
Le projet TuNur verra-t-il le jour? La réponse viendra du ministère tunisien de l’Energie, des Mines et des Energies renouvelables, qui doit maintenant donner son autorisation.
 
La production sera cependant plus rentable si elle alimente en priorité les besoins locaux (au Maghreb), car les coûts de transport d’électricité à travers la Méditerranée s’avèrent lourds. Le besoin de lignes à haute tension en courant continu pour limiter les pertes de puissance sur une si longue distance renchérissent le projet.